Editorial : Pénurie d'Etat, état de pénurie
Depuis plusieurs décennies, le capitalisme s’est engagé dans une dynamique qui pourrait sembler contradictoire. D’un côté, il a méthodiquement détruit l’État social, fruit de luttes populaires et outil de régulation indispensable à la stabilité des sociétés industrielles avancées. D’un autre côté, cette « pénurie d’État » n’a pas conduit à l’abondance promise par les idéologues néolibéraux : elle a engendré un véritable « état de pénurie » généralisée.
« Une chose est sûre : l’avenir de l’écologie ne passe pas par l’environnementalisme, mais par la lutte des classes. »
Clément Sénéchal est diplômé de philosophie et de sociologie et aujourd'hui chroniqueur chez Frustration magazine. Ancien porte-parole de Greepeace et spécialiste des questions environnementales, il a récemment publié au Seuil "Pourquoi l'écologie perd toujours ?". A l'occasion de la sortie de son ouvrage, nous avons interrogé avec lui les raisons de cet échec.
« Il faut s’interroger sur les modalités par lesquelles les mutations récentes du capitalisme participent à la solidification de l’extrême droite. »
Félicien Faury est sociologue et politiste et vient de sortir Des électeurs ordinaires: Enquête sur la normalisation de l'extrême droite au Seuil (2024). Nous l'avons interrogé pour comprendre les ressorts du vote RN et pour déterminer quel contre-projet opposer à celui proposé par l'extrême-droite.
« L’histoire de la Sécurité sociale est aussi une histoire de lutte de classes. A nous de continuer à tirer le fil rouge. »
Nicolas DA SILVA est maître de conférences en sciences économiques à l’université Sorbonne Paris Nord et spécialiste de l’histoire économique de la protection sociale. Par cet entretien, nous espérons nous donner des clés de compréhension et des armes pour la lutte : savoir ce qui nous a amené à la catastrophe que nous vivons dans le soin et dessiner un projet politique pour un système de soin public qui soigne tout le monde le mieux possible.
« Un programme de gauche ne mobilisera que des gens qui estiment qu'ils respireront mieux dans un monde plus égalitairement libre. »
Michel Feher est un philosophe qui a notamment travaillé sur la politique migratoire sous le mandat de Nicolas Sarkozy, sur l'avènement du capitalisme financier et en 2024, est paru son dernier livre : Producteurs et parasites. L'imaginaire si désirable du Rassemblement national dans lequel il développe la notion de producérisme et l'imaginaire politique que celle-ci sous-tend. A l'occasion de cet entretien, nous l'avons interrogé sur les possibilités de combattre cette imaginaire et de lui opposer un autre imaginaire, cette fois-ci égalitaire.
Les fonctionnaires : des salauds ?
Le mot « fonctionnaire » amalgame et dissimule cent métiers. Mais les fonctionnaires sont d’abord et très largement des travailleuses et travailleurs populaires, mal payé·es, exposé·es aux risques chimiques et biologiques, ou aux gestes douloureux. Leur travail échappe au marché et aux marchands et s’emploie à corriger la marchandisation et les inégalités croissantes que celui-ci produit.
L'Etat capitaliste
La dynamique contemporaine du capitalisme mondialisé nous emmène dans des directions étonnantes. Qui aurait pu prédire qu’après quarante ans de néolibéralisme forcené, la propriété étatique ferait un retour fracassant sur la scène de l’économie mondiale et retrouverait une place centrale dans l’accumulation du capital ? C’est pourtant bien ce qu’il se passe.
« Il n’y a plus aucune promesse de progrès social compatible avec les réformes néolibérales »
Bruno Amable et Stefano Palombarini sont économistes, l'un est professeur à l'université de Genève et l'autre maître de conférences à l’Université Paris VIII. Il ont récemment coécrit Blocs sociaux, conflits et domination : Pour une économie politique néoréaliste (Raison d'agir, 2024). A cette occasion, nous les avons interrogé sur leur lecture des dynamiques politiques actuelles à la lueur de la crise que rencontre le néolibéralisme.