ABEL, ou quand la « libération » est un crime
En clair, Abel bouscule l’imaginaire occidentale en matérialisant une cruelle réalité : la chute de l’URSS racontée comme une libération des peuples, un souffle après un étouffement, fut en réalité une grande violence pour des communautés entières.
# Une vie dans la recherche française
Partout où je suis passé, j’ai travaillé dur pour étoffer des dossiers et monter des projets, et à chaque fois, on m’a évincé, en gardant mes recherches et mes idées, et en les poursuivant sans moi. Ce témoignage est le récit de mon expérience au sein de l'Université française.
# Une vie de réceptionniste
Je pensais faire ça quelques mois, mettre de l'argent de côté, puis reprendre mes études. On est en 2026. Ça fait six piges. C’est un travail mécanique, avec peu de marge de manœuvre. Soit il ne se passe rien et on attend seul derrière un comptoir, soit tout arrive en même temps et on encaisse les problèmes des autres. On travaille la nuit, les weekends, les jours fériés, pour un salaire qui ne correspond pas à ce que ces horaires coûtent réellement. On peut faire ce métier dignement. On peut même l’aimer. Mais je ne vais pas mentir : moi, cette place me pèse.
Mémoires du sous-développement
Cuba, 1959. Fulgencio Batista et sa dictature pro-américaine tombent face à l’offensive castriste. Au lendemain de la révolution socialiste, des afro-cubains chantent et dansent pendant que les blancs bourgeois rejoignent au plus vite l’aéroport pour se réfugier dans les bras du capitalisme étasunien. Mais il y a un vilain petit canard dans cette fuite : Sergio. Un intellectuel écrivain qui, lui, choisit de rester dans ce nouveau Cuba. Tomas Gutiérrez Alea interroge dans son film le devenir d’un intellectuel progressiste dans la révolution communiste.
# Une vie de travailleuse sociale
J’ai bientôt trente ans et voilà neuf ans que je suis travailleuse sociale. Les institutions tiennent parce que les professionnels absorbent ce qui déborde : la violence, l’urgence, les manques, et parfois les contradictions mêmes du système. Dans ce cadre, le travail social ne fonctionne pas malgré ses défaillances : il fonctionne à travers elles. La DRESS souligne qu’un éducateur sur deux se reconvertit au bout de 9 ans d’exercice. La question qui m’habite est : vais-je dépasser cette date de péremption ?
# Une vie d'ouvrier agricole
Il fallait absolument que je me barre de chez mes parents, je ne voulais plus habiter là-bas, l'idée de retourner morner chez eux, coincé dans cette petite ville, me glaçait le sang. J'y avais déjà passé trop de temps, et l'expérience de vivre loin était grisante, aucun membre de la famille n'ayant jamais travaillé dans une autre région. Quand je leur ai dit que j'avais un entretien à 500 kilomètres, ils n'étaient pas très contents et trouvaient ça discutable de partir aussi loin juste pour trouver un poste. Moi je voulais partir à l'aventure, alors j'ai pris la route.
Travail du sexe et travail reproductif : l’angle mort du mouvement social
Clivante après plus de 150 ans de débats dans les luttes des femmes, la question du travail du sexe continue de diviser. Versant tantôt dans la réaction, tantôt dans le libéralisme, les organisations du mouvement social abandonnent une partie des classes laborieuses. Sous couvert d’abolitionnisme, ces mêmes organisations refusent de regarder la réalité en face et privent les travailleuses du sexe de la possibilité de construire un rapport de force face à l’Etat ; et privent, de fait, le reste de notre classe d’un front supplémentaire contre les exploiteurs.
# Une vie dans un studio de jeux vidéo
J'ai été embauché dans un studio de jeux vidéo indépendant français qui avait pour objectif de produire un jeu AA (jeu à budget moyen). Une des pires expériences de travail de ma vie.
Les profs sont-ils des collabos ?
Attaquer les profs est une stratégie assez classique à gauche. Les profs incarnent l’autorité, la discipline, la conformité à l’ordre, l’obéissance. Il y a presque quelque chose de militaire à l’école. « Quoi d’étonnant si la prison ressemble aux usines, aux écoles, aux casernes, aux hôpitaux, qui tous ressemblent aux prisons ? », questionne Foucault dans Surveiller et punir. Cette ressemblance entre les modes disciplinaires de ces institutions aux finalités pourtant si différentes est troublante. Les profs ne seraient-ils pas, dans le fond, des contremaîtres, des flics, des gardiens, des petits kapos ?
L’affaire Abdallah
C’est sur Abdallah et son houleuse affaire judiciaire que porte le long métrage réalisé par Pierre Carles. Plusieurs possibilités s’offraient à lui, occidental du centre impérialiste, habitant du pays ayant emprisonné un militant arabe. Le film accomplit ce qui était peut-être le plus judicieux : dévoiler les rouages du système idéologique français, son emprise sur la « justice » et le sens commun, et le camouflage des crimes impérialistes.
Palestine 36
Dès la rentrée 2026, l’offre cinématographique illustre l’urgence politique de notre époque. Le besoin de bousculer, d’ouvrir les sens et les chemins de la conscientisation, se retrouve dans un film actuellement au cinéma, Palestine 36, réalisé par Annemarie Jacir. Drame historique se situant dans la Palestine sous mandat britannique, le film remonte aux sources de la Grande révolte arabe de 1936 et de l’expropriation des terres arabes au profit des colons juifs européens.
Le marché de l’aide alimentaire
Violence et exploitation dans le cycle de circulation des déchets-denrées
Le nombre de personnes ayant recours à l'aide humanitaire en France était de 7,9 millions de personnes au lendemain de la crise Covid. L’aide alimentaire est souvent perçue comme un geste de solidarité. Mais derrière ce geste humanitaire, c’est un véritable marché qui s’est développé. Ce marché de l’aide repose sur une triple exploitation : des produits déclassés, une main-d’œuvre gratuite et des bénéficiaires relégués au rang de sous-citoyens alimentaires.
Désembourgeoiser l'école maternelle
entretien avec Fabienne Montmasson-Michel
Fabienne Montmasson-Michel est sociologue à l'université de Poitiers, enseignante à l'Inspé et chercheuse au Gresco. Elle vient de sortir Petite histoire de la maternelle (La Dispute (2025), ouvrage dans lequel elle fait la généalogie historique et politique de cette institution. A cette occasion, nous l'avons interrogée pour comprendre quels enjeux traversent l'institutionnalisation de l'éducation des jeunes enfants et quels sont les sujets collectifs derrière.
# Une vie de mathématicien itinérant
Je suis contractuel dans la recherche en mathématiques appliquées depuis une dizaine d’années maintenant. Je fais partie de cette multitude de petites mains plus ou moins invisibles qui font tourner la recherche publique et qu’on range sous les fiches de postes « ingénieur d’étude », « ingénieur de recherche » et beaucoup plus rarement sous des postes ouverts aux post-doctorants.
Sariri, ou l'aridité du patriarcat
Au cœur du désert chilien vit un petit village minier isolé : La Làgrima. Emmurés par des montagnes de sable, ses habitants vivent de l’extraction et du petit marché. Là où les structures patriarcales traditionnelles conditionnent le monde, deux jeunes filles s’y conforment et se questionnent.
# Une vie d'opératrice dans un centre d’appels
Je cherche un taf que je peux oublier dès que j’ai posé le pied en dehors de l’entreprise. « Banco ! » me dit le chef. Eloxal ça s’appelle. Ils prennent des rendez-vous téléphoniques pour des cabinets médicaux. On ne doit pas mentir mais on ne doit quand même pas dire aux patients qu’on n’est pas des vrais secrétaires et que le toubib on ne l’a jamais vu de nos yeux. Numéro d’équilibriste. Scripts. Chronométrage.
“We will coup whoever we want”
“We will coup whoever we want” : ces mots d'Elon Musk, prononcés en 2020 après la chute du Gouvernement d'Evo Morales (dans laquelle les États-Unis ne sont pas tout à fait étrangers) résonnent aujourd'hui avec la situation vénézuélienne. À quoi joue le capitalisme états-unien à La Paz, Caracas (et peut-être demain à La Havane, à Bogota ou à Nuuk ?) ?
Que signifie "abolir la monnaie" ?
Le récent débat ouvert par la Paduteam sur l'abolition de la monnaie mérite un prolongement et une explication la plus claire et la plus pédagogique sur ce qu'elle est et sur les possibilités de sortie de la loi de la valeur.
US Go Home : la guerre, éternelle solution impérialiste à la crise ?
Qu’importent les mensonges du pouvoir états-unien, la situation est limpide : pour le profit de leurs compagnies, la rentabilité de leur modèle économique et parce que le gouvernement vénézuélien a résisté à la domination états-unienne, Washington mène contre l’Etat et le peuple du Venezuela une guerre meurtrière et criminelle.
# Une vie de développeur informatique
Voilà bientôt un an que j’ai fini ma reconversion pour devenir développeur web et j’ai la gnaque. Alors, quand il me propose de venir l'aider sur des projets, en complément de mon travail, j'accepte. Ça paraissait être un bon deal.
La gauche morale refuse de compter les noirs : nos sincères excuses à François Bégaudeau
Est apparue une stratégie nouvelle, chez une certaine gauche, qui consiste à qualifier de « gauche morale » toute critique interne à la gauche qui dénonce des agissements a minima problématiques, quand ils ne sont pas directement dangereux et contraires aux principes, valeurs et idées de la gauche. Retour critique sur un faux concept et ce qu'il recouvre.
# Une vie de technicien de l'audiovisuel
Ces 6 derniers mois j’ai travaillé au sein d'une Université, mon établissement de formation jadis, en tant que technicien audiovisuel. J’ai rejoint l’équipe des BIATSS (Personnels des bibliothèques, Ingénieurs, Administratifs, Techniques, pédagogiques, Sociaux et de Santé) de la faculté de droit en mai 2025.
Non, les chars russes ne sont toujours pas à Paris !
Depuis 2022 et l’invasion de l’Ukraine par la Russie, on entend régulièrement des voix s’élever s’inquiétant de la menace d’une attaque du Kremlin contre le reste de l’Europe. Face à la terrible armée Russe, les Européens seraient démunis et devraient multiplier leurs dépenses militaires pour faire à ce défi. Seule une menace concrète et réelle pourrait éventuellement justifier une telle militarisation de la société et il convient donc de se demander si l’ours Russe ne serait pas un tigre de papier.
# Une vie de doctorant
J'ai vu des collègues se noyer dans le travail et arrêter leur thèse. J'ai vu des collègues méprisés par leur directeur de recherche. J'ai vu des doctorants s'isoler en silence jusqu'à ce qu'on apprenne leur départ. J'ai vu des doctorants tomber lourdement malades. J'ai vu des doctorants vriller en plein vol par crainte de ne jamais pouvoir avoir d'enfant. J'ai vu, entre autres causes, des doctorants arrêter faute de débouchés. Perdu entre l’espoir futur de devenir Maître de conférences et le surmenage institutionnalisé, le docteur survit mais ne vit jamais.
Le rire et le couteau
"Le rire et le couteau" est un choc du cinéma contemporain. Par son courage et sa radicalité formelle, il porte à lui seul l’idée de nombreuses œuvres : échapper aux conventions narratives et filmiques de la fiction, pour saisir la richesse d'une réalité qui n’aurait pu être aussi finement auscultée autrement. C’est ainsi qu’en déconstruisant nos habitudes de regard, il réinvente le film décolonial.
# Une vie en intérim dans un parc d'attraction
Pendant environ 2 ans, j’ai travaillé dans la restauration dans un parc d’attraction. Je n’étais pas formé à la cuisine, j’avais une licence et un master en sciences sociales. En parallèle de tout ça, j’étais en début de transition, avec les galères administratives et les errances médicales que ça impliquait.
Du métal sans Mittal
Nationaliser pour rompre, pas pour éponger
« Du métal sans Mittal » : à Dunkerque, la formule n’a rien d’un refrain mélancolique. Elle dit une nécessité politique immédiate, celle de la reprise en main, par l'Etat et les travailleurs, du contrôle sur leur outil de production. L’État intervient déjà massivement et structurellement dans la sidérurgie. La question est celle de son sens social : intervention pour qui, contre qui, et au profit de quel horizon productif.
Qu'est-ce que le racisme ?
J’ai souhaité clarifier les objections qui ont suivi ma communication sur le racisme, objections qui témoignent souvent d’un malentendu sur la consubstantialité de la race et du capitalisme. J’y rappelle que le racisme n’a aucune autonomie réelle : il n’est qu’un moyen au service des fins économiques du capitalisme, à l’image de la violence selon Engels. J’explique ensuite que la lutte antiraciste est prioritaire, car sans résolution des antagonismes raciaux, aucune unité de classe n’est possible ; mais qu’en dernière instance, l’abolition de la race dépendra de l’abolition de la bourgeoisie. Enfin, je réponds à l’accusation absurde selon laquelle je « blanchirais » Trần Đức Thảo, en montrant que sa pensée, loin de rompre avec l’universalisme, en propose une version dialectique et concrète, inséparable du marxisme. Au fond, toutes ces objections se cristallisent autour d’une seule question : comment penser le racisme en tant que produit historique du capitalisme, et comment s’en défaire ?
Face à la crise du capitalisme : la militarisation de l’enseignement
Dans un contexte de crise avancée du capitalisme, la militarisation de l'enseignement devient un enjeu central. La création des Classes de défense et de sécurité globale répond à un triple objectif : rappeler le pouvoir de la force et de l’ordre à des publics considérés comme problématiques ; recruter des effectifs pour l’armée en offrant un débouché dans des zones géographiques frappées par le chômage ; préparer les esprits et les corps à la guerre. Elles annoncent à la fois un retour à la conscription et au conditionnement imposé des forces vives et un tournant économique et idéologique.
Privatisation et militarisation : l’aide humanitaire à Gaza comme nouvel outil colonial
Cet article aborde l'actualité et les répercussions des actions menées par les nouvelles structures (in)humanitaires privées récemment mises en place à Gaza. Ce type de structure a causé la mort directe de plusieurs centaines d’habitants venus chercher de l’aide. Les paradigmes humanitaires sont en plein renouvellement dans un système-monde maintenu par un capitalisme globalisé, révélant un aggiornamento de l’impérialisme parasitaire.
L’impasse Viktorovitch : une rhétorique creuse pour une crise béante
Star de l’analyse politique sur les réseaux, Clément Viktorovitch entend s’imposer dans le débat intellectuel. Sous des airs de pamphlet anti-Macron, son livre "Logocratie" recycle un vieux fantasme centriste : celui d’une démocratie harmonieuse et rationnelle, subitement trahie par des démagogues venus fausser les règles du jeu.
Muganga - Celui qui soigne, Un peuple marginalisé au profit d’un biopic occidentaliste
La distribution en France d’un film au sujet aussi tabou est une précieuse avancée. Muganga - Celui qui soigne avait tout pour devenir un bon film au sujet rare et précieux. Cependant, c'est une déception, voire un échec ; une œuvre balbutiante de bonnes intentions mais dont les limites esthétiques affaiblissent la dimension politique et morale souhaitées.
Le syndrome de Pierre l’Ermite, Critique de "Rester barbare" de Louisa Yousfi
“Rester barbare” de Louisa Yousfi est un livre original, tout à la fois essai de théorie politique, commentaire culturel et œuvre poétique, il propose aux descendants de l’immigration postcoloniale un “récit stratégique” ayant pour ambition de guider la lutte antiraciste. Construire un récit d’identification « indigène » dans une perspective de lutte antiraciste a donc sa pertinence dépendamment des potentialités qu’il ouvre. C'est ce que nous allons juger ici.
# Une vie de modérateur
C’est dimanche et il faut que j’aille au boulot. Je ne sais pas encore que c’est ce dimanche que je vais regarder un homme habillé d’une combinaison orange être brûlé vif dans une cage. Je ne sais pas encore, à 8 heures du matin, que je vais regarder cette vidéo en entier, et ensuite fixer le vide pendant une dizaine de minutes et recommencer à travailler.
Dissoudre l'extrême droite : un piège pour la gauche ?
De la campagne de soutien aux Soulèvements de la Terre à la dissolution de la Jeune Garde, la procédure de dissolution revient sur le devant de la scène. Associée tantôt à la « trempette de Roger Rabbit », tantôt à la clandestinité de la résistance, elle inquiète celles et ceux qui s’organisent dans les luttes. Alors que des collectifs camarades en font les frais, certain·es à gauche continuent d’en réclamer contre l’extrême droite. Mais peut-on demander à l’État de dissoudre ces groupes quand la même arme vise les antifascistes qui les combattent ? Cet article propose une critique politique et historique de cet outil répressif et avance des pistes pour renforcer la solidarité et relancer le débat.
# Une vie de commis de cuisine
Dans ma tête, devenir cuisinier, ça se justifiait comme ça : « J’ai toujours été naze à l’école, je serai incapable de faire des études dites supérieures, l’école me l’a fait comprendre, mes proches me l’ont fait comprendre ; je m’en suis aussi beaucoup persuadé. Alors, la cuisine ça ira sûrement, je serai en alternance, j’aurai un salaire, je trouverai une forme d’indépendance, ça ira, j’en suis sûr. ».
Au coeur de la lutte : les marges racisées entre asymétrie raciale, symétrie réactionnaire
Le véritable enjeu est de repenser le matérialisme, en restant fidèle à sa rigueur tout en l’ouvrant aux expériences situées, afin de sortir l’antiracisme à la fois de l’impasse de la reconnaissance institutionnelle et du risque de dissolution dans une reconnaissance purement populaire. À partir de ce constat, ce texte se propose d’explorer quelques moments historiques où les trajectoires des catégories racisées ont été prises en étau entre ces deux formes de reconnaissance, afin de mieux comprendre les stratégies déployées, leurs contradictions, mais aussi les horizons qu’elles dessinent
Philippe Aghion, prix Nobel de la bourgeoisie
Philippe Aghion est le nouveau prix Nobel d'économie. Il constitue la figure archétypale de la science économique, elle-même l'instrument scientifique de l'idéologie capitaliste. Elle est l'ennemie de la société amputée de la classe bourgeoise. Elle travaille contre elle dans l'intérêt de la bourgeoisie. Pour nous, elle est un adversaire redoutable, l'instrument mystificateur de justification de toutes les violences néolibérales. Voilà ce que récompense le prix Nobel d'économie.
Connaissances, lutte des classes, et stratégie politique : un éclairage par Lucien Goldmann
Chez Goldmann, la conscience possible devient l’instrument d’analyse privilégié de la vie sociale elle-même, car elle permet de saisir l’écart entre ce que les hommes pensent effectivement et ce qu’ils pourraient penser à partir de leur position dans le monde. Cet écart, loin d’être pure illusion, est le lieu même où se joue la transformation de la réalité.
Les fonctionnaires : des salauds ?
Le mot « fonctionnaire » amalgame et dissimule cent métiers. Mais les fonctionnaires sont d’abord et très largement des travailleuses et travailleurs populaires, mal payé·es, exposé·es aux risques chimiques et biologiques, ou aux gestes douloureux. Leur travail échappe au marché et aux marchands et s’emploie à corriger la marchandisation et les inégalités croissantes que celui-ci produit.
L'Etat capitaliste
marasme économique, crise du capital, et revanche de la propriété étatique
La dynamique contemporaine du capitalisme mondialisé nous emmène dans des directions étonnantes. Qui aurait pu prédire qu’après quarante ans de néolibéralisme forcené, la propriété étatique ferait un retour fracassant sur la scène de l’économie mondiale et retrouverait une place centrale dans l’accumulation du capital ? C’est pourtant bien ce qu’il se passe.
Editorial : Pénurie d'Etat, état de pénurie
Depuis plusieurs décennies, le capitalisme s’est engagé dans une dynamique qui pourrait sembler contradictoire. D’un côté, il a méthodiquement détruit l’État social, fruit de luttes populaires et outil de régulation indispensable à la stabilité des sociétés industrielles avancées. D’un autre côté, cette « pénurie d’État » n’a pas conduit à l’abondance promise par les idéologues néolibéraux : elle a engendré un véritable « état de pénurie » généralisée.
« Une chose est sûre : l’avenir de l’écologie ne passe pas par l’environnementalisme, mais par la lutte des classes. »
entretien avec Clément Sénéchal
Clément Sénéchal est diplômé de philosophie et de sociologie et aujourd'hui chroniqueur chez Frustration magazine. Ancien porte-parole de Greepeace et spécialiste des questions environnementales, il a récemment publié au Seuil "Pourquoi l'écologie perd toujours ?". A l'occasion de la sortie de son ouvrage, nous avons interrogé avec lui les raisons de cet échec.
« Il faut s’interroger sur les modalités par lesquelles les mutations récentes du capitalisme participent à la solidification de l’extrême droite. »
entretien avec Félicien Faury
Félicien Faury est sociologue et politiste et vient de sortir Des électeurs ordinaires: Enquête sur la normalisation de l'extrême droite au Seuil (2024). Nous l'avons interrogé pour comprendre les ressorts du vote RN et pour déterminer quel contre-projet opposer à celui proposé par l'extrême-droite.
« Un programme de gauche ne mobilisera que des gens qui estiment qu'ils respireront mieux dans un monde plus égalitairement libre. »
entretien avec Michel Feher
Michel Feher est un philosophe qui a notamment travaillé sur la politique migratoire sous le mandat de Nicolas Sarkozy, sur l'avènement du capitalisme financier et en 2024, est paru son dernier livre : Producteurs et parasites. L'imaginaire si désirable du Rassemblement national dans lequel il développe la notion de producérisme et l'imaginaire politique que celle-ci sous-tend. A l'occasion de cet entretien, nous l'avons interrogé sur les possibilités de combattre cette imaginaire et de lui opposer un autre imaginaire, cette fois-ci égalitaire.
« Il n’y a plus aucune promesse de progrès social compatible avec les réformes néolibérales »
entretien avec Bruno Amable et Stefano Palombarini
Bruno Amable et Stefano Palombarini sont économistes, l'un est professeur à l'université de Genève et l'autre maître de conférences à l’Université Paris VIII. Il ont récemment coécrit Blocs sociaux, conflits et domination : Pour une économie politique néoréaliste (Raison d'agir, 2024). A cette occasion, nous les avons interrogé sur leur lecture des dynamiques politiques actuelles à la lueur de la crise que rencontre le néolibéralisme.
« L’histoire de la Sécurité sociale est aussi une histoire de lutte de classes. A nous de continuer à tirer le fil rouge. »
entretien avec Nicolas Da Silva.
Nicolas DA SILVA est maître de conférences en sciences économiques à l’université Sorbonne Paris Nord et spécialiste de l’histoire économique de la protection sociale. Par cet entretien, nous espérons nous donner des clés de compréhension et des armes pour la lutte : savoir ce qui nous a amené à la catastrophe que nous vivons dans le soin et dessiner un projet politique pour un système de soin public qui soigne tout le monde le mieux possible.
Fausse redistribution, vraie pacification : critique marxiste de la taxe Zucman
Il est une constante dans l’histoire récente de la gauche : sa tendance maladive à se chercher des prophètes de substitution, des oracles économiques censés délivrer enfin la recette de la justice dans le cadre du capitalisme. Tous nous assurent qu’il suffira d’un impôt progressif, d’une taxe mondiale, d’une ponction sur les milliardaires pour que l’égalité redevienne possible.
# Une vie de caissière en librairie
En 2017, j'obtiens ma licence LLCER espagnol. J'avais dans l'idée de faire de la traduction littéraire et il fallait poursuivre en master. Sauf que ça me demandait d'aller dans une autre ville et je commençais à saturer des villes. En 2018, j'ai réussi à être embauchée dans une librairie qui me plaisait et l'environnement littéraire me permettait de rester proche de ma licence et de mes aspirations. La chute n'en a été que plus violente.
Une Décroissance Écosocialiste ?
Le Rejet de l’Opulence pour l’Abondance Communiste
En opposition à la perspective écomoderniste, il s’agira ici de développer la nouvelle occurrence écologique de la critique de l’économie politique, contre l’économie politique critique qui ne comprend le socialisme que comme la continuation du capitalisme par d’autres moyens. Il nous faut renouer, d’un point de vue écologique, avec “la critique impitoyable de tout l’ordre établi”.
Nous défendons la grève générale
Nous ne renverserons ni n'affaiblirons le capitalisme par la mollesse. Nous ne le renverserons pas non plus par la lutte désorganisée. Nous ne le renverserons que par la pratique concrète du mouvement social, par la mise en pratique concrète des idéaux formels que la bourgeoisie ne voudra, ni ne pourra, jamais réaliser. C'est pourquoi, le 10 septembre et les jours qui suivront, nous défendons la grève générale.
# Une vie de saisonnière
Il est cinq heures, Paris s’éveille. Il est sept heures, je m’éveille. Je m’éveille dans une caravane pourrie, qui sent le chaud et la moisissure. J’ai 17 ans, on est début août, je dors sur un matelas en mousse, et je prends une grande inspiration pour profiter des quelques heures de fraîcheur avant la fournaise.
Trans rights are workers rights
Pour une lutte trans de classe
« Trans rights are human rights » est un mauvais slogan. Nous aurons beau le mettre sur nos plus belles pancartes, l’humanité comme état de fait nous est inaccessible. Ce slogan est à l’image du libéralisme lorsqu’il se saisit de nos luttes, de nos identités et de nos existences : inutile, passif, moral et maniant des concepts qu’il ne maîtrise pas au point de basculer bien rapidement dans une proto-réaction. Comparons le prisme réactionnaire et libéral, et voyons quelle alternative à cette dualité, qui n’en n’est pas une, nous avons.
# Une vie dans l’associatif
Après une L1 réussie de peu, deux L2 ratées en plein confinement, je lâche tout sur un coup de tête et je me lance dans un service civique dans un café associatif. J’y découvre un monde nouveau : le monde de l’associatif et avec, le burn-out.
Reconstruire le mouvement communiste au delà du PCF et du MJCF
Un regard critique sur ce que nous avons vécu, et sur ce qu’il reste à faire.
Marx et l'individu : contre les pièges du structuralisme et de la psychanalyse
C’est un lieu commun de l’antimarxisme que de dénoncer son mépris théorique pour l’individualité. Si les adversaires du marxisme reconnaissent sa capacité à produire des analyses critiques des phénomènes sociaux, il est critiqué pour ce qui serait un manque criant de son système de pensée : l’individu. Pour comprendre à la fois l’individualité et le développement historique, il faut saisir l’unité concrète entre histoire et individus, entre structures et sujets.
# Une vie de pigiste
Dans le journalisme, il y a ce mode de rémunération ingrat que l’on nomme « la pige », où l’on est payé à la tâche. Qu’elle soit subie ou voulue, cette condition rime généralement avec précarité, et la variabilité des revenus selon les mois pousse souvent celles et ceux qui pratiquent la pige à rester inscrits à France Travail afin de pouvoir cumuler activité et droits au chômage.
Décolonial mais linéaire : une nouvelle impasse
On ne sort pas des impasses du marxisme occidental en se réclamant simplement des théories décoloniales. Trop souvent, une critique légitime de l’universalisme se retourne en miroir, reconduisant malgré elle les schémas qu’elle prétend dépasser. Ce texte part d’un autre point de vue. Il cherche à penser l’articulation entre marxisme et pensée décoloniale depuis les luttes concrètes et les contradictions réelles qui traversent les racisé·es en France
#Une vie de technicien dans l’archéologie préventive
Ça fait une douzaine d’années que j’écume le milieu de l’archéologie préventive. De façon anecdotique, je dirais que je me suis retrouvé dans ce milieu parce que j’ai vu de la lumière et que je suis rentré. Au départ, j’ai suivi une formation professionnelle industrielle, un CAP et un bac pro. C’était il y a 20 ans.
Trần Đức Thảo et l'union des Beaufs et des barbares
Prolétaires blancs et racisés partagent des intérêts de classe objectifs communs. Mais prolétaires blancs et bourgeois blancs partagent des intérêts de race objectifs communs. C'est pourquoi il est nécessaire d'abolir la race ; avant même d'imaginer pouvoir abolir la classe. Dans une perspective révolutionnaire, la lutte contre le racisme est absolument prioritaire.
# Une vie de bergère
Hier, j'ai passé un « entretien d'embauche », et tant que c’est frais, je me suis dit qu’il fallait que ce soit relaté.
Totalité contre Éclectisme chez le jeune Trần Đức Thảo
Trần Đức Thảo est à l'ordre du jour. Non pas seulement parce que des éditeurs un peu zélés auraient décidé de le republier, mais parce que sa pensée est au cœur d'au moins trois grands questionnements du temps présent : le colonialisme, le marxisme et la subjectivité.
La nature : opposer une analyse matérialiste à l’écofascisme grandissant
Si l’écologie en France anime surtout les petits bourgeois, l'enragement de ces derniers est à la fois la cause et la conséquence de la fascisation générale de la société. Nous devons urgemment porter un discours et une analyse clairs sur l’écologie pour éviter que celle-ci soit récupérée par les franges réactionnaires et conservatrices de la société.
Discussion au sujet de l'épistémologie marxiste – Retour sur les débats engagés par Norman Ajari
Trois choses peuvent être contestées à Ajari. La première est sa lecture de l’épistémologie marxiste. La deuxième est son attachement à un certain idéalisme, hérité des pensées décoloniales latino-américaines, de son approche psychologique du fait politique. La troisième, qui est la plus importante, est sa croyance dans l’inefficacité politique du marxisme, dont nous serions les témoins actuels.
# Une vie de magasinier au CROUS
J’ai été embauché en septembre 2023 en tant que magasinier dans un restaurant universitaire du Crous, pour un CDD de 2 mois renouvelable. Je connaissais déjà la réputation du Crous, je savais que je mettais les pieds dans un bordel sans nom, et je ne comptais pas y rester toute ma vie mais cela s’avéra pire que ce que je pensais…
Fanon
Pour la première fois, le cinéma rend hommage sous la forme d’un biopic à celui qui fut l’un des penseurs anticoloniaux les plus célèbres de son temps : Frantz Fanon. C’est dans une petite salle de quartier surchauffée, entouré d’un public très largement blanc, que nous avons pu assister à sa projection. Retour critique.
# Une vie d'ouvrier du bâtiment et de mécanicien
J'ai 33 ans, je vois le jour dans le 79 dans un bled trop gros pour être considéré à la campagne et trop petit pour être une ville. Mon père est cheminot et syndicaliste de la CGT et au conseil des prud’hommes tandis que ma mère est au foyer et fait quelques boulots d'intérim pour palier quand c'est la galère ou quand les grèves sont trop longues et qu'il n’y a plus d'argent. Voici mon récit.
# Une vie de serveuse en restauration
2018, je suis en seconde, je vais avoir 16 ans en avril et je pense déjà à travailler durant l’été pour me faire un peu d’argent. Mon frère, plus âgé, a déjà travaillé dans un restaurant pas loin de chez moi. Je me rends donc là-bas et on me dit que je peux venir faire un essai quelques semaines/jours avant mon anniversaire. J’ai donc encore 15 ans, mais ça m’arrange bien, je me dis que je vais me faire de l’argent.
# Une vie d'ingénieure dans le bâtiment
En 2014, je réalise mon stage de fin d’année dans un bureau d’études Fluide qui me propose un poste en CDI directement après l’obtention de mon diplôme d’Ingénieure, que j’accepte avec d’autant plus de plaisir que tout s’était très bien passé et qu’il y avait une bonne ambiance dans l’entreprise. Tout le monde est disponible pour me former et pour m’apporter son expérience, j’apprends vite et passe rapidement sur un poste de Chargée d’Etudes sur un projet défini.
Syrie : ‘‘Une opportunité historique’’
La Syrie d’Assad n’est plus, les révolutionnaires ont gagné. Mais le plus dur n’était peut-être pas seulement de faire tomber un régime assez largement haï par sa population, il faut désormais construire un futur désiré par le grand nombre.
François Bégaudeau, Nietzsche et la morale de ressentiment
La thèse défendue ici est que Bégaudeau s'approprie les théories nietzschéennes écrites contre la morale chrétienne pour les réduire à un système qui fait des mécanismes singuliers de cette morale les soubassements de toute espèce de morale. Cela lui permet d'opposer systématiquement la morale aux faits, dans une démarche positiviste assez naïve.
Orthodoxie contre dogmatisme : Lukács contre le post-marxisme universitaire
En 1923, dans Qu’est-ce que le marxisme orthodoxe ?, Georg Lukács pose les bases d’une lecture rigoureuse du matérialisme historique, insistant sur le fait que l’orthodoxie marxiste ne se définit pas par l’adhésion à un corpus dogmatique de thèses, mais par la fidélité à un cadre théorique et épistémologique : la dialectique matérialiste. Cette position, loin d’être une simple querelle théorique, garde une actualité brûlante face aux dérives contemporaines du post-marxisme universitaire, qui fragmente l’analyse sociale et dilue le projet révolutionnaire dans un éclectisme stérile.
Maid, ou l’illustration du cycle des violences conjugales
Au 6 décembre 2024, 128 féminicides ont eu lieu dont 90 féminicides par un conjoint ou ex-conjoint. Cet article a pour objectif, à partir de la série Maid sortie en 2021 et qui servira d’illustration, de comprendre comment le cycle des violences s'installe dans un couple, comment il fonctionne, et comment il tue. Les violences conjugales sont des violences patriarcales.
La société civile face aux VSS, deux siècles d’histoire
Depuis 2017, l’affaire Weinstein, #Metoo, #balancetonporc, #Metooinceste, les dénonciations de VSS dans le cinéma, tous ces mouvements incluent la saisie des violences sexuelles comme autant d’expressions ou de symptômes de la domination masculine, du sexisme et des abus de pouvoir du patriarcat. Après des siècles de déni et de refus, la société civile fait, enfin, face aux VSS.
Au cœur du contrôle du corps des femmes : la norme gynécologique
Naturalisée et invisibilisée, articulée à la médicalisation plus globale des corps des femmes d’une part, et à la délégation plus vaste à ces dernières des tâches de santé de l’autre, la norme gynécologique n’est pas perçue par les femmes comme une dépossession du contrôle sur leur corps. Il s’agit d’un moment qui est présenté comme à la fois nécessaire et banal dans la vie, si bien qu’il suscite peu de questionnements.
Pourquoi le capitalisme n’a-t-il pas socialisé le travail ménager ?
La forme moderne du travail ménager résulte non pas d’une impossibilité de socialiser cette forme de travail, mais plutôt de choix politiques et de stratégies capitalistes destinés à individualiser les logements et les équipements.
Masculinisme et radicalisation d’extrême droite
Le 6 décembre 1989, Marc Lépine entre dans l’école Polytechnique de Montréal, et y assassine 14 femmes. Marc Lépine est celui qui a poussé l'idéologie masculiniste dans ses derniers retranchements. Celui qui a pris une revanche définitive sur les féministes rejetant les injonctions patriarcales. Anatomie d'une porosité entre masculinisme, extrême-droite et violence.
#MeToo : en faire une lutte politique révolutionnaire
La portée politique de #MeToo réside dans le fait qu’il ne s’agit pas seulement de lever le voile. Il s’agit de saisir la société entière par le col, de lui maintenir les paupières ouvertes, et de lui tendre un miroir sous une lumière crue : c’est de toi qu’on parle, vois ce que tu es et ce que tu produis. Ces violences sont politiques, et nous voulons y apporter des solutions politiques.
« La question de l’incarcération n’est pas celle du mieux enfermer ou moins enfermer, mais c’est celle de ne plus enfermer. »
entretien avec Gwenola Ricordeau
Gwenola Ricordeau est professeure associée en justice criminelle à la California State University, Chico. Elle a publié Pour elles toutes. Femmes contre la prison (Lux éditeur, 2019) et récemment 1312 raison d’abolir la police (Lux éditeur 2023) et, en collaboration avec Joël Charbit et Shaïn Morisse brique par brique, mur par mur (Lux éditeur, 2024).
« L’histoire humaine nous apprend que les différenciations de genre sont des constructions politiques, sociales, économiques et culturelles »
entretien avec Francis Dupuis-Deri
Francis Dupuis-Deri est professeur de science politique à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Il a récemment publié Les hommes et le féminisme (éditions Textuel, 2023). A l’occasion de ce numéro, nous avons cherché à comprendre avec lui ce que « la crise de la masculinité » recouvrait véritablement
Editorial : à l'assaut de l'empire masculin
Le procès Mazan pose celui de toute une organisation sociale : celle d'une société patriarcale ou la distribution des genres et des pouvoirs assujettit un sexe à la volonté d'un autre. Une sujétion genrée, économiquement récupérée et pénalement encadrée. Ce numéro interroge l'empire masculin fondé sur le patriarcat, la domination masculine et les violences sexistes et sexuelles.
# Une vie d’assistant opérateur
Il y a toujours cette idée selon laquelle on fait un film toutes et tous ensemble. Et donc qu’on est un peu dans le même bateau. Cette philosophie explique et justifie les conditions difficiles de travail. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai entendu la phrase : “On doit chacun y mettre du sien” dès lors que je dénonçais un laxisme de la part de la production et des conditions de travail impossibles.
# Une vie d'agent de tri polyvalent
Si le récit de ma première expérience professionnelle s’achève en mars 2022, il pèse encore de tout son poids sur ma vie personnelle. Cette expérience débute au mois d’avril 2017 et va durer 4 ans et demi, emportant mes études et une partie de ma santé physique et psychique.
Abolition des prisons. Histoire de l'abolitionnisme pénal.
Le terme « abolitionnisme » est utilisé depuis longtemps. Il englobait, par exemple, la résistance et la lutte contre l'esclavage avant d'incarner la lutte contre le système carcéral. Trois auteur·es français, Joël Charbit, Shaïn Morisse et Gwenola Ricordeau, ont écrit sur cette lutte un livre intitulé Brique par brique, mur par mur. Une histoire de l'abolitionnisme pénal. Recension par Thom Holterman.
# Une vie d'animatrice de quartier
Toute jeune diplômée d’un master en “communication et développement des territoires”, après avoir enchaîné stage et service civique doublé d’un contrat d’assistante d’éducation en collège (va vivre et te loger avec une indemnité de service civique à Paris), je trouve la perle rare : mon premier vrai boulot dans une ville du 93.
# Une vie de prof
Je suis prof d’histoire-géo, dans un petit collège rural au sein d’une région viticole. J’enseigne sur trois niveaux. C’est un collège sympathique, on est une quarantaine de profs, dont certains sont à cheval sur deux voire trois établissements, les gamins sont issus de familles de classes moyennes ou populaires. Ce sont des enfants plutôt respectueux, encore imprégnés d’une forme de respect traditionnel dans le monde rural pour l’institution scolaire...
# Une vie de paysan
Tué par les gendarmes le 20 mai 2017, Jérôme Laronze était éleveur bovin en Saône-et-Loire. Dans ce texte qu’il a écrit et envoyé à la presse, pendant qu’il était seul et traqué par les gendarmes et donc peu de temps avant son assassinat, il relatait l’acharnement administratif qu’il a subi et ses combats contre la traçabilité, un des outils de l’écrasement planifié des paysans.
# Une vie d'employée polyvalente
J’ai 22 ans, j’ai eu mon Bac en 2020 en contrôle continu, en plein Covid. A ce moment-là, je vivais une situation familiale compliquée et je n’avais aucune idée de ce que je voulais faire de ma vie. Après un an à chercher sans trouver, je décide donc de m’inscrire dans une agence d’intérim, histoire de me faire un peu d’argent en attendant de trouver ma voie.
# Une vie de professeure des écoles
Septembre 2015. Première rentrée, j'ai 23 ans. "les professeurs stagiaires ne seront pas placés sur des écoles difficiles ou dans des classes à double niveau pour leur faciliter l'entrée dans le métier" : je suis nommée en classe de CE1-CE2 dans une "école à aider", la classe est difficile avec un enfant autiste. Je travaille jusqu'à 21h30, le week end et les vacances pour préparer ma classe. En janvier je veux déjà démissionner.
# Une vie de livreur chez Domino's pizza
Je suis étudiant aux Beaux-Arts. J'avais déjà fait un master en Direction Artistique, mais je m'ennuyais trop, beaucoup trop de com', de travaux peu qualitatifs. Je m'étais juré que si je rentrais dans ce milieu, ce serait avant tout pour faire des choses dont je suis fier, pas pour recopier bêtement la dernière tendance Instagram.
# Chroniques de l'exploitation : présentation
Les chroniques de l’exploitation ont pour objectif de rendre à toutes celles et tous ceux qui se sont trouvés un jour, ou se trouvent toujours, exploités et dégradés, la dignité qui leur a été ôtée.
# Une vie d'étudiante en médecine
J’ai débuté des études de médecine car je voulais faire un métier alliant l’utilité sociale, les sciences, et le contact humain. Je n’avais pas de médecins dans mon entourage proche et j’avais une vision assez idéalisée des études et du métier.
D'un barrage l'autre
À l'impasse politique et institutionnelle issue du 7 juillet, s'ajoute maintenant une impasse culturelle. Ces deux impasses maintiennent en vie Macron et son monde, empêchant ainsi aux forces progressistes d'accéder au contrôle de la société. Cette impasse sera résolue lorsque la vision progressiste sortira d'une simple vision abstraite, esthétique et passagère, pour devenir concrète et permanente.
Macron est mort, que meure la Ve !
Le sujet principal ne doit plus être de s’entendre sur un hypothétique premier ministre dont on sait par avance qu’il ne sera capable de rien, sauf à avoir renoncé à tout, mais de réfléchir aux moyens de sortir de la Ve république.
À propos du 9 juin. Des jours d’avant et des jours d’après
Une tribune d'Olivier Mateu
De Gaza à Nouméa : l'arc colonial se tend
Entre Gaza et Nouméa séparés par un continent et des spécificités uniques, un continuum s'étire : l'arc colonial. Celui-ci est en train de se briser et, dans cette crise qui ne vient plus mais qui est chaque jour un peu plus intense, il tire ses dernières flèches.
Pour un premier mai unitaire, populaire et progressiste : le pain, la paix, la liberté !
La situation devient critique. Chaque jour un peu plus le mode de production capitaliste montre les effets de sa crise. Chaque jour il détruit un peu plus les conditions d'existence de ceux qu'il exploite. Chaque jour il se déploie dans la guerre et l'impérialisme.
Kobanê, quand la défaite de Daesh crève l'écran
Si ce long métrage relate une bataille ayant eu lieu il y a 9 ans, le scénario reste encore d’actualité. Les territoires conquis face à l'Etat Islamique nécessitent toujours une vigilance particulière pour les YPG car des cellules dormantes de Daesh commettent toujours des attentats dans la région.
La tentation fasciste
En 1933, le nazisme est venu répondre à la crise que traversait la bourgeoisie allemande. Il a constitué un débouché aux contradictions de celle-ci. La bourgeoisie en crise, menacée par un mouvement ouvrier fort, a choisi Hitler et le nazisme, à la révolution et au communisme.
Sur l’arc réactionnaire : quelques thèses à propos de la crise politique en 2024
L'année 2023, s'achève dans la crise politique pour la gauche : divisions, désaccords et échecs à contrer concrètement le pouvoir macronien. Parallèlement le bloc bourgeois, incapable de régler les crises qu'il provoque, se barricade dans ses certitudes néolibérales tout en se confondant de plus en plus avec le bloc néofasciste. Paul Elek tente ici de mettre en avant les principaux thèmes et défis que la gauche radicale doit prendre en compte et relever en 2024.
« Quand on meurt à Raqqa on est des héros, mais quand on revient ici on est considérés comme des terroristes.»
entretien avec Berivan Firat
Paris est (aussi) une ville kurde. Elle accueille en son sein une partie de la diaspora kurde et de son histoire, y compris les parties les plus douloureuses. 11 ans après l’assassinat de militantes kurdes à Gare du Nord et 1 an après celui de 3 autres militants rue d’Enghien, Positions Revue a pu s’entretenir, grâce à Thermidor, avec Berivan Firat, porte parole du Centre Démocratique Kurde en France.
Comment les enseignants aux Etats-Unis s’organisent et font grève pour le bien commun
Depuis 2018, d’abord à Chicago, puis dans les Etats pourtant très marqués droite et enfin à Los Angeles, le monde enseignant a réussi à mener des batailles victorieuses, tant au niveau de la revalorisation salariale que sur le plan des conditions de travail, la taille des classes, les modalités de contrôle tout en remettant en cause le modèle scolaire élitiste et entrepreneurial.
Editorial : Que vive la grève !
Dans ce numéro, nous avons cherché à comprendre à travers divers exemples historiques, ce en quoi consiste une grève, réussie ou défaite. Ses conditions de production, de naissance et de mort, doivent nous servir à éclairer notre actualité et à tracer les sillons de notre futur.
Les Gilets jaunes, une « jacquerie moderne » ?
La Jacquerie porte avec elle un imaginaire puissant, celui d'un soulèvement populaire spontané, éruptif, que l'on a pu réinvoquer lors du mouvement des Gilets jaunes à propos d'un mouvement social unique depuis 1968. Mais derrière le mythe orientant le débat public, Isabelle d'Artagnan, docteur en histoire médiévale, rappelle quels étaient les véritables enjeux historiques de ce qui se joua entre 1356 et 1358.
1968, essai d'historiographie subjective
A partir d’une réflexion de départ sur le rapport entre mémoire et histoire autour du moment 1968 en France, il s'agit ici d'élaborer une histoire sociale de l’événement en s’appuyant sur l’usage des sources écrites et audiovisuelles et en passant par un examen attentif des textes, des paroles et des actes des protagonistes de tous bords.
Les grèves de 1936 et leurs suites
11 mai 1936. En France, le temps semble en suspens. Au second tour des élections législatives qui a eu lieu la semaine précédente, le Front populaire [...] l’a emporté assez largement, avec près de 58 % des voix. C’est alors qu’éclatent d’importantes grèves. Retours sur les événéments.
L’effet de grève
Poussé par une bourgeoisie dans l’impasse, consciente de ses difficultés et incapable d’appliquer la moindre régulation au capital, l’État macronien détruit la démocratie sociale. Une destruction facilitée par le recul de l'influence des organisations révolutionnaires [...] Il nous semble que l’enjeu pour les organisations progressistes est de se donner les moyens de construire des propositions et des actions visant à affirmer la souveraineté des travailleurs sur la production.
« Sortir de la naturalisation de la souffrance au travail, c’est, contre cette classe dirigeante, engager le fer sur le contenu même du travail »
entretien avec Bernard Friot
Bernard Friot est un marxiste iconoclaste. Dans son œuvre il n'hésite pas à prendre des écarts avec le marxisme orthodoxe, notamment sur la valeur ou sur le travail. En parallèle il réactive la vision fondamentale marxiste du mouvement communiste et de l'activité des classes sociales, de toutes les classes sociales dans le processus historique. Nous lui devons le fait que communiste peut encore est un projet concret et attractif. Son dernier ouvrage Prenons le pouvoir sur nos retraites(La Dispute, 5 février 2023) donne un aperçu lisible de ce projet pensé par Bernard Friot. Une œuvre indispensable.
« Sans rapport de force avec la bourgeoisie, pas de rééquilibrage possible […] On le sait désormais très bien : c’est ça ou la fin du monde. »
entretien avec Nicolas Framont
Nicolas Framont est le cofondateur du magazine en ligne Frustration Magazine. Sociologue, ex attaché parlementaire, il a publié avec Selim Derkoui La guerre des mots (Le passager clandestin, 2020) et vient de sortir cette année Parasites (La Fabrique). Nous l’avons questionné sur l’analyse qu’il porte de la situation et sur les perspectives possibles pour notre camp.
« Contrairement à ce qu’aiment répéter les directions syndicales françaises […] il existe bien un bouton permettant de mettre la production à l’arrêt. »
entretien avec Politicoboy
Alors que les Etats-Unis ont connu une grève retentissante dans le secteur automobile, il nous a semblé opportun d’interroger Christophe (Politicoboy sur X) sur la situation états-unienne. Christophe est spécialiste des Etats-Unis et co-auteur avec Christophe Le Boucher et Clément Pairot du livre Les illusions perdues de l’Amérique démocrate (Vendémiaire, 2021).
Un Guernica en haute définition
La puissance de feu déchaînée par Israël sur une bande de terre à peine plus grande que Marseille est colossale. L’armée israélienne affirme avoir largué 6 000 bombes sur Gaza en moins d’une semaine. Il s’agit, selon les conseillers de l’ONU, de l’équivalent annuel d’un bombardement des États-Unis sur l’Afghanistan.
« L'interdisciplinarité n'est pas une option, mais une nécessité absolue »
entretien avec Bernard Lahire
Bernard Lahire, sociologue et directeur de recherche au CNRS, vient de publier Les structures fondamentales des sociétés humaines (La Découverte, 2023). Cet essai est un tournant dans la manière de concevoir la recherche en sciences sociales. Suite à ce livre majeur et nécessaire, nous avons décidé de l'interroger sur les thèmes d'interdisciplinarité, de refus du constructivisme absolu et de retour au matérialisme.
Comme des fourmis face à l'incendie
Cette crise de légitimité qui touche tous les partis et qui vient à la fois des résultats effectifs des appareils politiques palestiniens et à la fois d’un rejet particulier dans la jeunesse ont été parmi les éléments qui ont motivé le Hamas a lancé l’opération Déluge d’Al Aqsa.
Ein Samiya, entre pression coloniale et pression idéologique
L’implantation de colonies israéliennes dans les territoires palestiniens réduit non seulement l’espace naturel existant mais amène aussi sur place une structuration de l’espace selon les nécessité du mode de production capitaliste.
L'amour, François Bégaudeau
Tout l’enjeu du roman peut se résumer à cette phrase : comment rendre compte d’une histoire d’amour sur le long terme en moins de 100 pages ? A une époque où la durée moyenne d’un mariage est d’environ 15 ans, ce livre a le mérite d’éveiller la curiosité.
Unir les leurs, briser les nôtres
La politique c’est aussi unir les siens et diviser les autres. Cette mesure raciste n’est pas une diversion. Elle a pour effet politique de réunir la droite et de diviser la gauche à partir du racisme.
Tribune : Que brûle la colère
Il est du devoir de la gauche, et de toutes celles et ceux qui s’en revendiquent, sans fausse conscience, sans racisme sous oripeaux souverainistes, de se tenir aux côtés de tous les Nahel de France qui brûlent de l’oubli qu’il leur a été fait, de ce qu’ils sont et de ce qu’ils vivent.
« Le contrôle ouvrier peut prendre une multitude de formes, du contrôle sur les cadences, à la « socialisation de l’entreprise », il contribue à redonner un sens politique au travail. »
entretien avec Juan Sebastian Carbonell
Juan Sebastian Carbonell est chercheur en sciences sociales du travail, dans son dernier essai Le futur du travail, aux éditions Amsterdam, il détail les évolutions du monde du travail, sur le plan technique mais également sur le plan des rapports sociaux et de l'accroissement de l'exploitation.
L’après Mélenchon : le temps de la refondation
Aujourd'hui, les divisions au sein de la FI révèlent qu'il est temps de passer la main et d’appeler à la naissance d’une nouvelle organisation révolutionnaire en capacité de mener la lutte pour un renversement du capitalisme. Remercions Mélenchon pour ce qu'il a fait et tenons-nous en à son testament : faire mieux.
Quelles perspectives pour un parti de masse ?
Quelques pistes de réflexion
L’ambition d’un parti de masse devra être de s’inscrire dans les classes populaires et de vivre de leur vitalité propre afin de pouvoir construire une organisation véritablement révolutionnaire.
Chili : que reste-t-il du soulèvement populaire ?
18 Octobre 2019 : une mobilisation populaire sans précédent depuis la fin de la dictature se déclenche au Chili. Du nord au sud, le pays s'embrase, le pouvoir vacille et la camisole de peur héritée de Pinochet se fissure. Trois ans après, le Chili a été malaxé en profondeur par un processus de rénovation sociale et politique.
Athena, ou le fantasme d'une Cité en guerre
Pour Romain Gavras, comme pour Eric Zemmour, la guerre a déjà commencé. Une guerre de civilisation, prélude à une guerre civile que le second appelle de ses vœux quand le premier feint de le redouter d’une main tout en la mettant en scène de l’autre. Athena est la mise en scène d’un fantasme. Celui d'une Cité en guerre.
Suicidée d’un cri, pour accoucher d’un silence
On crève d'enseigner. On crève de travailler. Au sein de l'éducation nationale, il existe une omerta terrible sur la souffrance au travail sous-estimant amplement les dépressions et les suicides. Christine Renon s'est donnée la mort, épuisée d'avoir donnée sa vie à une institution qui ne reconnut jamais son existence.
Aya, ou l'effacement d'un monde.
En ces confins du globe dont la distance n’est pas tant géographique qu’historique, les habitants constatent désespérés le changement de leur monde, victimes des conséquences d'un mode de production suicidaire et inique.
Pour la fondation d’un parti de masse
La NUPES, dans toutes ses imperfections, offre une possibilité historique de fondation d’un parti de masse anticapitaliste et démocratique à même de joindre et de rejoindre, une vision idéologique avec une action directe, réelle et quotidienne.
Allons enfants
Ils sont des morceaux. De vies, d’origines, de milieux, de douleurs. Tous recousus du fil vibrant de la danse.
Tenir la situation, de la nécessité de comprendre le moment politique
Non par efficacité, non par utilité, mais par cohérence et nécessité, à Positions nous voterons L’Union populaire.
La possibilité Mélenchon, entretien avec Stathis Kouvélakis
Stathis Kouvélakis a été membre de l’aile gauche du parti grec Syriza jusqu’en 2015, puis s’est opposé à Alexis Tsipras après que celui-ci ait trahi le résultat du référendum du 5 juillet 2015. Son expérience est donc très précieuse pour préparer ce que serait une victoire de Mélenchon à la présidentielle.
L'Ukraine, prise au piège de l'impérialisme.
Il s’agira de poser un regard froid sur les tendances économiques, politiques et militaires de la période récente et les éclairer à la lumière de la poursuite par les acteurs de leurs intérêts.
Tribune : Mélenchon, candidat de la souveraineté nationale et populaire
La revue Positions publie un appel du collectif Citoyens souverains, qui rassemble des électeurs LFI de 2017 s'étant abstenus aux élections européennes. Il s’adresse aux ex-insoumis, aux gilets jaunes et aux souverainistes réfugiés dans l'abstention, pour soutenir Mélenchon.
« Face à l’urgence climatique, la seule réponse est l’urgence révolutionnaire. »
entretien avec Anasse Kazib
Anasse Kazib est un cheminot, syndicaliste, membre du parti Révolution permanente et candidat à la présidentielle. Nous l'avons interviewé pour l'interroger sur son parcours, les raisons de son engagement politique, et sa conception des dynamiques et rapports de force actuels dans un contexte de crise organique du capitalisme.
MMT#2 : L'économie internationale et ses rapports de force
Enregistrée le samedi 29 janvier 2022, la deuxième émission s’est concentrée sur l’analyse MMT de l’économie internationale et ses rapports de force, avec la participation de l’économiste sénégalais et champion de scrabble N’Dongo Samba Sylla.
MMT#3 : la souveraineté monétaire dans le sud global, entretien avec Fadhel Kaboub
Ce samedi 26 février 2022, nous avons reçu Fadhel Kaboub, professeur associé d’économie à l’université de Denison dans l’Ohio et président du think tank Global Institute for Sustainable Prosperity aux Etats-Unis. Les travaux de Kaboub visent à appliquer la MMT aux pays du Sud.
« L’hégémonie néolibérale ne se défait pas dans l’espace d’une élection. »
entretien avec Stefano Palombarini, saison 2
Stefano Palombarini est économiste et maître de conférences à l’Université Paris VIII. Il a publié La Rupture du compromis social italien (éditions du CNRS, 2001) et, avec Bruno Amable, L’Économie politique n’est pas une science morale (Raisons d’Agir, 2005) et L’illusion du bloc bourgeois (Raisons d’agir, 2017). Ayant été, avec Bruno Amable, le premier à avoir saisi le bloc bourgeois qui se constituait en 2017 autour d’Emmanuel Macron, nous l’avons interviewé pour savoir si cette lecture était encore valable aujourd’hui, ou s’il fallait réanalyser les rapports de force politiques. Seconde partie.
MMT#1 : comprendre la création de monnaie
La revue Positions s’associe à l’association MMT France pour une série d’émissions sur la Théorie Monétaire Moderne.
Enregistrée le samedi 15 janvier 2022, la première émission visait à présenter les bases de la Théorie Monétaire Moderne (MMT), en décrivant le processus de création monétaire dans un Etat monopoliste de sa devise. L’émission a été réalisée en partenariat avec l’association MMT France, représentée par Robert Cauneau et Ivan Invernizzi, et animée par Ramzi Kebaïli étudiant en économie et membre du collectif Citoyens Souverains.
« C’est ça la gauche, à mes yeux : c’est ne perdre personne. »
entretien avec Kaoutar Harchi
Kaoutar Harchi est écrivaine et chercheuse en sociologie, associée au Cerlis (Centre de recherche sur les liens sociaux). Elle a publié plusieurs essais et romans, dont le dernier, Comme nous existons, a paru chez Actes sud en août 2022. Nous l’avons interviewée sur sa vision de la « gauche » et du projet qu’elle doit porter.
La fracture
La Fracture est un film de Catherine Corsini. Asphyxiant. Comme un nuage de lacrymogène. Comme un climat social éruptif. Comme une souffrance si grande qu’aucune gorge ne saurait l’avaler.
Dé-BAC-le
Ce film, en tant qu’objet de culture, doit, pour ne pas être nocif et un renfort au discours d’extrême-droite, nous servir de matière pour autopsier la vision qu’il porte. Pour se faire, nous construirons notre contre-discours analytique par un dialogue fictif avec Cédric Jimenez que nous interrogerons et auquel nous prêterons des réponses servant de contre-points aux nôtres.
« On a besoin d'un discours qui valorise les victimes du capitalisme et leur donne fierté et unité. »
entretien avec Nicolas Framont
Nicolas Framont est un des fondateurs du magazine en ligne Frustration. Nous l'avons interrogé sur son analyse des forces politiques en place, et plus particulièrement, sur les perspectives possibles pour la « gauche ».
"Une fois que tu sais"… que feras-tu ?
« Mon père m’a dit regarde. Ma mère m’a dit écoute. ». Emmanuel Cappelin a retenu la leçon et revient à travers son documentaire sur plusieurs décennies d’aveuglement et de surdité.
La louve noire
Elle est louve dans notre regard. Elle est noire dans le leur. Nous voyons son combat. Ils ne voient que ses origines. Ethniques, géographiques, sociales, tribales. Arrachons le masque noir pour démasquer le regard blanc.
Fourest, Riss, Valls : et si une extrême-droite avait déjà pris le pouvoir ?
Ce débat salutaire sur le front républicain nécessite une clarification qui n'a pas encore été posée avec suffisamment de précision : peut-on encore considérer le RN comme étant la seule incarnation de l'extrême-droite ?
Un dîner presque parfait
« Plutôt qu'un Etat qui revendique le monopole de la violence, on devrait avoir un Etat qui revendique le monopole de la justice. »
entretien avec David Dufresne
David Dufresne est un ancien journaliste (Libération, i-télé, Médiapart) qui a choisi de raccrocher les gants en soie du petit monde médiatique parisien pour enfiler ceux plus râpeux du ring politique. Depuis, il a multiplié les enquêtes au long-court, derrière la caméra (Quand la France s’embrase, Prison Valley) ou derrière la plume (Maintien de l’ordre : Enquête,Tarnac, Magasin général, On ne vit qu’une heure, Une virée avec Jacques Brel…). Durant le mouvement des Gilets jaunes, il passe derrière le clavier et se rend célèbre via son compte Twitter grâce à ses fameux « Allô place Beauvau ? » où il interroge directement le politique sur les multiples violences policières que tout le monde semble chercher à ignorer. En octobre 2019, il revient avec Dernière sommation, un roman haletant sur son expérience de ces derniers mois. A l’occasion de la sortie de son film Un pays qui se tient sage, nous l’avons interrogé pour comprendre la genèse de ce film et ses objectifs politiques.
« S'il existe encore un barrage pseudo-républicain en France, c'est désormais contre la gauche antilibérale »
entretien avec Stefano Palombarini
Stefano Palombarini est économiste et maître de conférences à l'Université Paris VIII. Avec Bruno Amable, il est le premier à avoir saisi le bloc bourgeois qui se constituait en 2017 autour d’Emmanuel Macron, nous avons été l’interviewer pour savoir si cette lecture était encore valable aujourd’hui, ou s’il fallait réanalyser les rapports de force politiques.
Résister ou mourir
Il n’est plus possible de se taire. Il n’est plus possible de rester dans la demi-mesure, de chercher la nuance, de vouloir tempérer. Indéniablement, il faut qualifier les choses telles qu’elles sont : la France sombre chaque jour un peu plus dans la dictature, et cela est rendu possible par le concours zélé d’une police immonde. Immonde par ce à quoi elle participe, et davantage, par le plaisir incontestable qu’elle en retire.
Dans le capitalisme, il ne peut être d’égalité véritable
Samuel Paty est mort, atrocement, et depuis le concert médiatique n’a de cesse de tambouriner sa mélodie républicaine à toutes les oreilles.
Un pays qui se tient sage
David Dufresne, revient, après son excellent roman Dernière sommation, avec un documentaire ébouriffant intitulé Un pays qui se tient sage. Ici, il n’est plus question de s’intéresser uniquement aux Gilets jaunes, mais davantage d’interroger ce que cette séquence historique révèle de notre société concernant une thématique chère à David Dufresne : le maintien de l’ordre. Alternant vidéos capturées lors des manifestations et retours critiques par différents intervenants (témoins, historiens, sociologues, policiers…), ce documentaire est une formidable occasion d’interroger à la fois la société dans laquelle nous évoluons, et celle vers laquelle nous nous dirigeons.
Classes moyennes, des vies sur le fil
Ils appartiennent à la classe moyenne et consacrent la quasi entièreté de leur existence au travail. Un travail qui ne les quitte jamais et qui ne se borne pas aux heures notées sur leur contrat. Ce fardeau, il le transporte avec eux, jusque dans leur famille, leur assiette, et leurs rêves – quand ils arrivent à dormir. Ils sont les esclaves modernes d’un système économique qui ronge la majorité au profit d’une extrême minorité.
Convoquez la nation ! Aux Etats généraux !
Les politiques conduites en France depuis de trop nombreuses années ont plongé notre pays dans une série de crises desquelles il ne parvient pas à sortir. Crises sociale, économique, écologique, démocratique, et dorénavant sanitaire. Ces crises ont toute une origine : l’échec de nos gouvernants à penser en dehors du carcan austéritaire.
Révolution : ne pas énerver
La révolution n’est pas un beau rêve que l’on réalise dans une nuit sacrée, elle est un combat de longue haleine qui se prépare mentalement, physiquement et politiquement. La révolution n’est pas seulement une irruption, elle n’est pas qu’un grand soir. Elle suppose une subversion radicale de nos manières de penser et d’agir, une sorte de révolution anthropologique qui bouleverse les mesures et les critères.
« Nous voulons une révolution, ne nous obligez pas à la faire »
Lire de l’histoire c’est toujours un peu se doter d’une rêverie, d’un point d’appui, d’un imaginaire qui n’est pas exactement un mythe mais fait office de mythe, de récit qui nous aide à vivre et à savoir comment vivre et réfléchir, non pour répéter mais pour s’orienter, avancer, savoir ouvrir un chemin de traverse. L’histoire raconte des choses vraies mais malgré tout sélectionnées, construites dans un récit savant, des choses fictionnées par ce récit. Quels chemins de traverse peut offrir l’histoire des années qui ont précédé la Révolution française ?
Editorial : l'ère des crises
Dans son œuvre magistrale, l’historien John Eric Hobsbawm nomme la séquence historique 1789-1848 : l’ère des révolutions. C’est de cette analogie que ce numéro 2 de Positions est né.
D’une révolution à l’autre
A l’automne 2019, nous assistons au phénomène de surgissement simultané de mouvements insurrectionnels en différents points du globe. Partout s’exprime surtout la colère des classes moyennes et populaires contre leur dépossession économique et démocratique, ainsi que leurs désirs de justice sociale, de justice fiscale et de souveraineté réelle
L'héritage politique de la Commune
On mesure l'importance d'un mouvement social en combinant le plus souvent plusieurs critères : sa durée, son ampleur, les idées nouvelles dont il est porteur, les transformations qu’il impacte, etc. Mais quels que soient les critères que l’on utilise, un mouvement social ne peut totalement s’y réduire. Il laisse dans la conscience collective une trace qui va au-delà des faits et qui l’apparente à une forme de mythe. Il en va ainsi pour la Révolution française, mais aussi pour la Commune, Mai 68, et sans doute à l’avenir pour le mouvement des Gilets jaunes.
Un autre monde, un autre chemin : le zapatisme
Le zapatisme n’est pas une nouvelle idéologie politique, ni un réchauffé de vieilles idéologies. Le zapatisme n’est pas, n’existe pas. Il se contente de servir, comme servent les ponts, pour traverser d’un côté à l’autre. C’est pourquoi, dans le zapatisme, tous ont leur place, tous ceux qui veulent traverser d’un côté à l’autre… Il n’y a ni recettes, ni lignes, ni stratégies, ni tactiques, ni lois, ni règlements, ni consignes universelles. Il y a seulement une aspiration : construire un monde meilleur, c’est-à-dire neuf. En résumé : le zapatisme n’appartient à personne, et pour cela, il est à tout le monde.
« C'est d'un changement radical dont nous avons besoin. »
entretien avec François Boulo
François Boulo, avocat au barreau de Reims, devient lors du mouvement des Gilets jaunes l’une des principales figures médiatiques. Le 3 octobre 2019 est sorti son manifeste La ligne jaune aux éditions Indigènes. Nous l’avons interviewé pour établir un panorama de la situation politique actuelle et à venir.
Policiers, quel ordre défendez-vous ?
Nous assistons à une transition. Le passage d'un Etat libéral à un Etat sécuritaire et policier. Les forces de l'ordre accompagnent ce changement avec une délectation qui inquiète et qu'il faut interroger. En tant que gardiennes de l'ordre social, il devient plus que nécessaire de se demander quel ordre elles souhaitent.
Splendeur et misère d'une société du vide
La Grande peur
Ce système s’essouffle. Le bloc bourgeois, pourtant unifié et immensément puissant, est en décrépitude. Il ne survit qu’à la faveur de forces de l’ordre dont la servilité et la déconnexion psychologique avec la population étonne. Cela ne durera pas.
« La Guerre sociale en France. Aux sources économiques de la démocratie autoritaire » de Romaric Godin
Romaric Godin, journaliste économique à Médiapart, vient de publier un ouvrage de combat contre le néolibéralisme macronien.
« Ce film doit défoncer des portes »
entretien avec Ladj Ly
Dans cet entretien sans langue de bois, nous revenons aux côtés de Ladj Ly sur la situation de ces Misérables. Plus qu’un entretien, une prise de Positions.
Gilets jaunes : la révolution ne se fera pas en un an
"Qu'est-ce qu'un mouvement révolutionnaire ? Un mouvement incompatible avec l'ordre qui l'a vu naître. Le mouvement des gilets jaunes n’a rien à voir avec un mouvement syndical encadré et légitimiste. Il s’agit bien au contraire d’une lutte pour la légitimité politique."
Gilets jaunes et lutte de classe
Pour certains chefs de files modernes de courants dits « populistes », il y a déjà une provocation à parler, dans une même phrase (a fortiori dans un seul titre) de gilets jaunes et de lutte de classe. Pour ces « penseurs », le concept de classe serait dépassé. Non pas qu’il n’ait pas été pertinent, autrefois, mais il ne l’est plus. Ce raisonnement sous-entend que le capitalisme a résolu de lui-même ses antagonismes de classe (une révolution mondiale a-t-elle eu lieu sans que nous n’ayons été mis au courant ?).
La répression n’éblouit pas les yeux des citoyens
Que l’on se souvienne un instant du XIXème siècle. En 1891, Ravachol, inaugure en France une vague d’attentats anarchistes qui perdura jusqu’en 1905, avec la tentative d’assassinat du roi d’Espagne et du président de la République. L’Etat prend peur, les inégalités sont au plus haut (les 10 % les plus riches touchent alors en France 45 % des revenus du pays), la population est mécontente, il faut agir, il faut obtenir la paix sociale, par la force, afin de protéger les biens de ceux qui « enrichissent » la France.
Dernière sommation
Dans Dernière sommation, un roman haletant et fascinant, David Dufresne revient sous une forme semi-fictionnelle sur son expérience du mouvement Gilet jaune sous les traits d’Etienne Dardel, ex-journaliste écœuré par un univers médiatique corrompu et un monde politique en déliquescence.
Du réel au virtuel, des ronds-points à Facebook, sociologie des Gilets jaunes.
Voici un an que le mouvement des Gilets jaunes a démarré, ouvrant la voie au plus spectaculaire mouvement social de la Ve République. Si celui-ci n’a pas su muter de la révolte à la révolution, nous postulons que cela tient en sa trop grande division. Ainsi, nous avons vu s’ériger, à mesure des semaines, une séparation de plus en plus marquée entre les Gilets jaunes des ronds-points et ceux présents en manifestation qui ont largement contribué à déplacer le combat sur le terrain virtuel des réseaux sociaux.
Panorama sociologique d'un « troisième tour social »
Il y a un an, les milieux populaires ont surgi spontanément dans l’espace public, avec des modalités de luttes et une endurance sans précédent dans l’histoire récente.Dans la mesure où les revendications et les valeurs implicites des « Gilets jaunes » ont heurté de solides intérêts et toute une conception néolibérale de la vie en société, on peut dire qu’on est en présence d’un mouvement autant social que politique, et plus précisément d’un « troisième tour social » qui signifie à la majorité actuelle qu’elle dispose de peu de légitimité auprès de la majorité de la population.
Les Gilets Jaunes, l'Europe et la nation
Le soulèvement des Gilets Jaunes est la conséquence directe de décennies de libéralisme et d'austérité. Alors que tous nos présidents, y compris Macron, s'étaient engagés à lutter contre le chômage et la baisse du niveau de vie, force est de constater qu'ils n'ont même pas été en mesure de mettre en œuvre leurs timides promesses. Mais une question de fond reste posée : pourquoi tous les présidents n'ont-ils même pas pu mettre en œuvre leurs propres engagements ?
« Quelque chose est pulvérisé. »
entretien avec David Dufresne
David Dufresne est un ancien journaliste institutionnel (Libération, i-télé, Médiapart) qui a choisi de raccrocher les gants en soie du petit monde médiatique parisien pour enfiler ceux plus râpeux du ring politique. Depuis, il a multiplié les enquêtes au long-court, derrière la caméra (Quand la France s’embrase, Prison Valley) ou derrière la plume (Maintien de l’ordre : Enquête,Tarnac, Magasin général, On ne vit qu’une heure, Une virée avec Jacques Brel…). Durant le mouvement des Gilets jaunes, il passe derrière le clavier et se rend célèbre via son compte Twitter grâce à ses fameux « Allô place Beauvau ? » où il interroge directement le politique sur les multiples violences policières que tout le monde semble chercher à ignorer. En octobre 2019, il revient avec Dernière sommation, un roman haletant sur son expérience de ces derniers mois, sous les traits d’Etienne Dardel, ex-journaliste écœuré par un univers médiatique corrompu et un monde politique en déliquescence. Nous l’avons rencontré à cette occasion afin d’évoquer avec lui le thème des violences policières.
Editorial : Gilets Jaunes, un arrêt d'urgence
53 actes. 53 semaines de colères, de solidarité, d’espoir mais également de déception et de rancœur. Nous avons changé. Nous sommes désormais dans l’ère des crises et des révoltes. Même si nous ne l’avons pas vu venir, les « gilets jaunes » avaient été annoncés, promus même par les médias, et par beaucoup de politiciens. Le 17 novembre n’a surpris personne, c’est la suite qui elle fut complètement imprévisible. Du 17 novembre au 10 décembre 2018, le pays fut plongé dans un état de flottement proche du basculement.
Guerre de pauvres, guerre de rue.
Quand les Misérables se rencontrent
Après un court-métrage plusieurs fois récompensé, Ladj Ly revient avec un film étourdissant sur le quartier du Bosquet à Montfermeil : les Misérables. Suivant une équipe de la BAC, Ladj Ly nous transporte au milieu d’un univers muet et invisible parce qu’invisibilisé. Et pourtant, c’est un véritable torrent de vie qui déborde de l’écran trop petit de sa caméra pour nous envahir.
« Pourquoi je ne suis plus anti-autoritaire ? »
L'antiautoritarisme, à force de refuser toute structure, empêche purement et simplement de gagner. De Saint-Imier aux cantines à prix libre, de la Gauche Prolétarienne aux ZAD désertes, la multiplication des initiatives ne suffit pas à faire système — car la quantité ne produit jamais, seule, un changement de nature. Reste alors un mouvement qui sait mobiliser mais jamais organiser, et une horizontalité de façade où le capitalisme reprend ses droits par défaut. Face à cette impasse : le centralisme des organisations communistes et marxistes.
Les décoloniaux comprennent-ils quelque chose au communisme ?
Là où le décolonialisme tend à penser la modernité comme une totalité déterminante et l’universalisme comme un instrument de domination, le marxisme conçoit la totalité comme contradictoire et inachevée : une société peut être dépassée à partir de ses contradictions propres. Il distingue ainsi l’universalisme abstrait de son accomplissement concret. L’enjeu n’est donc pas de choisir entre antiracisme et communisme, mais de comprendre comment la dialectique permet de dépasser les rapports sociaux qui produisent le racisme.
« L'Iran a fait évoluer le rapport de force stragégique en sa faveur dans ce conflit »
entretien avec Thierry Coville
Thierry Coville est chercheur à l’IRIS, spécialiste de l’Iran. Docteur en sciences économiques, il effectue depuis près de vingt ans des recherches sur l’Iran contemporain. Il a notamment publié, en 2022, L'Iran, une puissance en mouvement, aux éditions Eyrolles. Pour analyser les dynamiques de la guerre opposant l’Iran à Israël et les Etats-Unis, nous l’avons interrogé pour déterminer quels enseignements nous pouvions en tirer. Entretien réalisé en juillet 2026.
Pour un communisme vegan
De l'augmentation de la productivité agricole à la gestion collective de l'alimentation
La consommation de viande n'est pas un besoin mais une habitude construite par le capitalisme, les rapports de classe et le patriarcat, doublée d'une impasse sanitaire (cancers, diabète, maladies cardiovasculaires). Contre le véganisme néolibéral du choix individuel, l'auteur défend la collectivisation des moyens de production et les cantines publiques comme support matériel d'une transition alimentaire végétale.
À propos du 9 juin. Des jours d’avant et des jours d’après
Une tribune d'Olivier Mateu
L'Ukraine, prise au piège de l'impérialisme.
Il s’agira de poser un regard froid sur les tendances économiques, politiques et militaires de la période récente et les éclairer à la lumière de la poursuite par les acteurs de leurs intérêts.
Comme des fourmis face à l'incendie
Cette crise de légitimité qui touche tous les partis et qui vient à la fois des résultats effectifs des appareils politiques palestiniens et à la fois d’un rejet particulier dans la jeunesse ont été parmi les éléments qui ont motivé le Hamas a lancé l’opération Déluge d’Al Aqsa.
Un Guernica en haute définition
La puissance de feu déchaînée par Israël sur une bande de terre à peine plus grande que Marseille est colossale. L’armée israélienne affirme avoir largué 6 000 bombes sur Gaza en moins d’une semaine. Il s’agit, selon les conseillers de l’ONU, de l’équivalent annuel d’un bombardement des États-Unis sur l’Afghanistan.
Ein Samiya, entre pression coloniale et pression idéologique
L’implantation de colonies israéliennes dans les territoires palestiniens réduit non seulement l’espace naturel existant mais amène aussi sur place une structuration de l’espace selon les nécessité du mode de production capitaliste.
La nature : opposer une analyse matérialiste à l’écofascisme grandissant
Si l’écologie en France anime surtout les petits bourgeois, l'enragement de ces derniers est à la fois la cause et la conséquence de la fascisation générale de la société. Nous devons urgemment porter un discours et une analyse clairs sur l’écologie pour éviter que celle-ci soit récupérée par les franges réactionnaires et conservatrices de la société.
Non, les chars russes ne sont toujours pas à Paris !
Depuis 2022 et l’invasion de l’Ukraine par la Russie, on entend régulièrement des voix s’élever s’inquiétant de la menace d’une attaque du Kremlin contre le reste de l’Europe. Face à la terrible armée Russe, les Européens seraient démunis et devraient multiplier leurs dépenses militaires pour faire à ce défi. Seule une menace concrète et réelle pourrait éventuellement justifier une telle militarisation de la société et il convient donc de se demander si l’ours Russe ne serait pas un tigre de papier.
Au coeur de la lutte : les marges racisées entre asymétrie raciale, symétrie réactionnaire
Le véritable enjeu est de repenser le matérialisme, en restant fidèle à sa rigueur tout en l’ouvrant aux expériences situées, afin de sortir l’antiracisme à la fois de l’impasse de la reconnaissance institutionnelle et du risque de dissolution dans une reconnaissance purement populaire. À partir de ce constat, ce texte se propose d’explorer quelques moments historiques où les trajectoires des catégories racisées ont été prises en étau entre ces deux formes de reconnaissance, afin de mieux comprendre les stratégies déployées, leurs contradictions, mais aussi les horizons qu’elles dessinent
Trans rights are workers rights
Pour une lutte trans de classe
« Trans rights are human rights » est un mauvais slogan. Nous aurons beau le mettre sur nos plus belles pancartes, l’humanité comme état de fait nous est inaccessible. Ce slogan est à l’image du libéralisme lorsqu’il se saisit de nos luttes, de nos identités et de nos existences : inutile, passif, moral et maniant des concepts qu’il ne maîtrise pas au point de basculer bien rapidement dans une proto-réaction. Comparons le prisme réactionnaire et libéral, et voyons quelle alternative à cette dualité, qui n’en n’est pas une, nous avons.
Dissoudre l'extrême droite : un piège pour la gauche ?
De la campagne de soutien aux Soulèvements de la Terre à la dissolution de la Jeune Garde, la procédure de dissolution revient sur le devant de la scène. Associée tantôt à la « trempette de Roger Rabbit », tantôt à la clandestinité de la résistance, elle inquiète celles et ceux qui s’organisent dans les luttes. Alors que des collectifs camarades en font les frais, certain·es à gauche continuent d’en réclamer contre l’extrême droite. Mais peut-on demander à l’État de dissoudre ces groupes quand la même arme vise les antifascistes qui les combattent ? Cet article propose une critique politique et historique de cet outil répressif et avance des pistes pour renforcer la solidarité et relancer le débat.
François Bégaudeau, Nietzsche et la morale de ressentiment
La thèse défendue ici est que Bégaudeau s'approprie les théories nietzschéennes écrites contre la morale chrétienne pour les réduire à un système qui fait des mécanismes singuliers de cette morale les soubassements de toute espèce de morale. Cela lui permet d'opposer systématiquement la morale aux faits, dans une démarche positiviste assez naïve.
Décolonial mais linéaire : une nouvelle impasse
On ne sort pas des impasses du marxisme occidental en se réclamant simplement des théories décoloniales. Trop souvent, une critique légitime de l’universalisme se retourne en miroir, reconduisant malgré elle les schémas qu’elle prétend dépasser. Ce texte part d’un autre point de vue. Il cherche à penser l’articulation entre marxisme et pensée décoloniale depuis les luttes concrètes et les contradictions réelles qui traversent les racisé·es en France
Marx et l'individu : contre les pièges du structuralisme et de la psychanalyse
C’est un lieu commun de l’antimarxisme que de dénoncer son mépris théorique pour l’individualité. Si les adversaires du marxisme reconnaissent sa capacité à produire des analyses critiques des phénomènes sociaux, il est critiqué pour ce qui serait un manque criant de son système de pensée : l’individu. Pour comprendre à la fois l’individualité et le développement historique, il faut saisir l’unité concrète entre histoire et individus, entre structures et sujets.
Privatisation et militarisation : l’aide humanitaire à Gaza comme nouvel outil colonial
Cet article aborde l'actualité et les répercussions des actions menées par les nouvelles structures (in)humanitaires privées récemment mises en place à Gaza. Ce type de structure a causé la mort directe de plusieurs centaines d’habitants venus chercher de l’aide. Les paradigmes humanitaires sont en plein renouvellement dans un système-monde maintenu par un capitalisme globalisé, révélant un aggiornamento de l’impérialisme parasitaire.
Reconstruire le mouvement communiste au delà du PCF et du MJCF
Un regard critique sur ce que nous avons vécu, et sur ce qu’il reste à faire.
Totalité contre Éclectisme chez le jeune Trần Đức Thảo
Trần Đức Thảo est à l'ordre du jour. Non pas seulement parce que des éditeurs un peu zélés auraient décidé de le republier, mais parce que sa pensée est au cœur d'au moins trois grands questionnements du temps présent : le colonialisme, le marxisme et la subjectivité.
Trần Đức Thảo et l'union des Beaufs et des barbares
Prolétaires blancs et racisés partagent des intérêts de classe objectifs communs. Mais prolétaires blancs et bourgeois blancs partagent des intérêts de race objectifs communs. C'est pourquoi il est nécessaire d'abolir la race ; avant même d'imaginer pouvoir abolir la classe. Dans une perspective révolutionnaire, la lutte contre le racisme est absolument prioritaire.
Une Décroissance Écosocialiste ?
Le Rejet de l’Opulence pour l’Abondance Communiste
En opposition à la perspective écomoderniste, il s’agira ici de développer la nouvelle occurrence écologique de la critique de l’économie politique, contre l’économie politique critique qui ne comprend le socialisme que comme la continuation du capitalisme par d’autres moyens. Il nous faut renouer, d’un point de vue écologique, avec “la critique impitoyable de tout l’ordre établi”.
Du métal sans Mittal
Nationaliser pour rompre, pas pour éponger
« Du métal sans Mittal » : à Dunkerque, la formule n’a rien d’un refrain mélancolique. Elle dit une nécessité politique immédiate, celle de la reprise en main, par l'Etat et les travailleurs, du contrôle sur leur outil de production. L’État intervient déjà massivement et structurellement dans la sidérurgie. La question est celle de son sens social : intervention pour qui, contre qui, et au profit de quel horizon productif.
Discussion au sujet de l'épistémologie marxiste – Retour sur les débats engagés par Norman Ajari
Trois choses peuvent être contestées à Ajari. La première est sa lecture de l’épistémologie marxiste. La deuxième est son attachement à un certain idéalisme, hérité des pensées décoloniales latino-américaines, de son approche psychologique du fait politique. La troisième, qui est la plus importante, est sa croyance dans l’inefficacité politique du marxisme, dont nous serions les témoins actuels.
Qu'est-ce que le racisme ?
J’ai souhaité clarifier les objections qui ont suivi ma communication sur le racisme, objections qui témoignent souvent d’un malentendu sur la consubstantialité de la race et du capitalisme. J’y rappelle que le racisme n’a aucune autonomie réelle : il n’est qu’un moyen au service des fins économiques du capitalisme, à l’image de la violence selon Engels. J’explique ensuite que la lutte antiraciste est prioritaire, car sans résolution des antagonismes raciaux, aucune unité de classe n’est possible ; mais qu’en dernière instance, l’abolition de la race dépendra de l’abolition de la bourgeoisie. Enfin, je réponds à l’accusation absurde selon laquelle je « blanchirais » Trần Đức Thảo, en montrant que sa pensée, loin de rompre avec l’universalisme, en propose une version dialectique et concrète, inséparable du marxisme. Au fond, toutes ces objections se cristallisent autour d’une seule question : comment penser le racisme en tant que produit historique du capitalisme, et comment s’en défaire ?
Le marché de l’aide alimentaire
Violence et exploitation dans le cycle de circulation des déchets-denrées
Le nombre de personnes ayant recours à l'aide humanitaire en France était de 7,9 millions de personnes au lendemain de la crise Covid. L’aide alimentaire est souvent perçue comme un geste de solidarité. Mais derrière ce geste humanitaire, c’est un véritable marché qui s’est développé. Ce marché de l’aide repose sur une triple exploitation : des produits déclassés, une main-d’œuvre gratuite et des bénéficiaires relégués au rang de sous-citoyens alimentaires.
US Go Home : la guerre, éternelle solution impérialiste à la crise ?
Qu’importent les mensonges du pouvoir états-unien, la situation est limpide : pour le profit de leurs compagnies, la rentabilité de leur modèle économique et parce que le gouvernement vénézuélien a résisté à la domination états-unienne, Washington mène contre l’Etat et le peuple du Venezuela une guerre meurtrière et criminelle.
“We will coup whoever we want”
“We will coup whoever we want” : ces mots d'Elon Musk, prononcés en 2020 après la chute du Gouvernement d'Evo Morales (dans laquelle les États-Unis ne sont pas tout à fait étrangers) résonnent aujourd'hui avec la situation vénézuélienne. À quoi joue le capitalisme états-unien à La Paz, Caracas (et peut-être demain à La Havane, à Bogota ou à Nuuk ?) ?
Que signifie "abolir la monnaie" ?
Le récent débat ouvert par la Paduteam sur l'abolition de la monnaie mérite un prolongement et une explication la plus claire et la plus pédagogique sur ce qu'elle est et sur les possibilités de sortie de la loi de la valeur.
Les profs sont-ils des collabos ?
Attaquer les profs est une stratégie assez classique à gauche. Les profs incarnent l’autorité, la discipline, la conformité à l’ordre, l’obéissance. Il y a presque quelque chose de militaire à l’école. « Quoi d’étonnant si la prison ressemble aux usines, aux écoles, aux casernes, aux hôpitaux, qui tous ressemblent aux prisons ? », questionne Foucault dans Surveiller et punir. Cette ressemblance entre les modes disciplinaires de ces institutions aux finalités pourtant si différentes est troublante. Les profs ne seraient-ils pas, dans le fond, des contremaîtres, des flics, des gardiens, des petits kapos ?
L’affaire Abdallah
C’est sur Abdallah et son houleuse affaire judiciaire que porte le long métrage réalisé par Pierre Carles. Plusieurs possibilités s’offraient à lui, occidental du centre impérialiste, habitant du pays ayant emprisonné un militant arabe. Le film accomplit ce qui était peut-être le plus judicieux : dévoiler les rouages du système idéologique français, son emprise sur la « justice » et le sens commun, et le camouflage des crimes impérialistes.
Travail du sexe et travail reproductif : l’angle mort du mouvement social
Clivante après plus de 150 ans de débats dans les luttes des femmes, la question du travail du sexe continue de diviser. Versant tantôt dans la réaction, tantôt dans le libéralisme, les organisations du mouvement social abandonnent une partie des classes laborieuses. Sous couvert d’abolitionnisme, ces mêmes organisations refusent de regarder la réalité en face et privent les travailleuses du sexe de la possibilité de construire un rapport de force face à l’Etat ; et privent, de fait, le reste de notre classe d’un front supplémentaire contre les exploiteurs.
Pour un communisme vegan
De l'augmentation de la productivité agricole à la gestion collective de l'alimentation
La consommation de viande n'est pas un besoin mais une habitude construite par le capitalisme, les rapports de classe et le patriarcat, doublée d'une impasse sanitaire (cancers, diabète, maladies cardiovasculaires). Contre le véganisme néolibéral du choix individuel, l'auteur défend la collectivisation des moyens de production et les cantines publiques comme support matériel d'une transition alimentaire végétale.
Les décoloniaux comprennent-ils quelque chose au communisme ?
Là où le décolonialisme tend à penser la modernité comme une totalité déterminante et l’universalisme comme un instrument de domination, le marxisme conçoit la totalité comme contradictoire et inachevée : une société peut être dépassée à partir de ses contradictions propres. Il distingue ainsi l’universalisme abstrait de son accomplissement concret. L’enjeu n’est donc pas de choisir entre antiracisme et communisme, mais de comprendre comment la dialectique permet de dépasser les rapports sociaux qui produisent le racisme.
« Pourquoi je ne suis plus anti-autoritaire ? »
L'antiautoritarisme, à force de refuser toute structure, empêche purement et simplement de gagner. De Saint-Imier aux cantines à prix libre, de la Gauche Prolétarienne aux ZAD désertes, la multiplication des initiatives ne suffit pas à faire système — car la quantité ne produit jamais, seule, un changement de nature. Reste alors un mouvement qui sait mobiliser mais jamais organiser, et une horizontalité de façade où le capitalisme reprend ses droits par défaut. Face à cette impasse : le centralisme des organisations communistes et marxistes.
Splendeur et misère d'une société du vide
Classes moyennes, des vies sur le fil
Ils appartiennent à la classe moyenne et consacrent la quasi entièreté de leur existence au travail. Un travail qui ne les quitte jamais et qui ne se borne pas aux heures notées sur leur contrat. Ce fardeau, il le transporte avec eux, jusque dans leur famille, leur assiette, et leurs rêves – quand ils arrivent à dormir. Ils sont les esclaves modernes d’un système économique qui ronge la majorité au profit d’une extrême minorité.
Un pays qui se tient sage
David Dufresne, revient, après son excellent roman Dernière sommation, avec un documentaire ébouriffant intitulé Un pays qui se tient sage. Ici, il n’est plus question de s’intéresser uniquement aux Gilets jaunes, mais davantage d’interroger ce que cette séquence historique révèle de notre société concernant une thématique chère à David Dufresne : le maintien de l’ordre. Alternant vidéos capturées lors des manifestations et retours critiques par différents intervenants (témoins, historiens, sociologues, policiers…), ce documentaire est une formidable occasion d’interroger à la fois la société dans laquelle nous évoluons, et celle vers laquelle nous nous dirigeons.
Dé-BAC-le
Ce film, en tant qu’objet de culture, doit, pour ne pas être nocif et un renfort au discours d’extrême-droite, nous servir de matière pour autopsier la vision qu’il porte. Pour se faire, nous construirons notre contre-discours analytique par un dialogue fictif avec Cédric Jimenez que nous interrogerons et auquel nous prêterons des réponses servant de contre-points aux nôtres.
"Une fois que tu sais"… que feras-tu ?
« Mon père m’a dit regarde. Ma mère m’a dit écoute. ». Emmanuel Cappelin a retenu la leçon et revient à travers son documentaire sur plusieurs décennies d’aveuglement et de surdité.
La fracture
La Fracture est un film de Catherine Corsini. Asphyxiant. Comme un nuage de lacrymogène. Comme un climat social éruptif. Comme une souffrance si grande qu’aucune gorge ne saurait l’avaler.
Kobanê, quand la défaite de Daesh crève l'écran
Si ce long métrage relate une bataille ayant eu lieu il y a 9 ans, le scénario reste encore d’actualité. Les territoires conquis face à l'Etat Islamique nécessitent toujours une vigilance particulière pour les YPG car des cellules dormantes de Daesh commettent toujours des attentats dans la région.
Aya, ou l'effacement d'un monde.
En ces confins du globe dont la distance n’est pas tant géographique qu’historique, les habitants constatent désespérés le changement de leur monde, victimes des conséquences d'un mode de production suicidaire et inique.
Athena, ou le fantasme d'une Cité en guerre
Pour Romain Gavras, comme pour Eric Zemmour, la guerre a déjà commencé. Une guerre de civilisation, prélude à une guerre civile que le second appelle de ses vœux quand le premier feint de le redouter d’une main tout en la mettant en scène de l’autre. Athena est la mise en scène d’un fantasme. Celui d'une Cité en guerre.
Allons enfants
Ils sont des morceaux. De vies, d’origines, de milieux, de douleurs. Tous recousus du fil vibrant de la danse.
Guerre de pauvres, guerre de rue.
Quand les Misérables se rencontrent
Après un court-métrage plusieurs fois récompensé, Ladj Ly revient avec un film étourdissant sur le quartier du Bosquet à Montfermeil : les Misérables. Suivant une équipe de la BAC, Ladj Ly nous transporte au milieu d’un univers muet et invisible parce qu’invisibilisé. Et pourtant, c’est un véritable torrent de vie qui déborde de l’écran trop petit de sa caméra pour nous envahir.
Fanon
Pour la première fois, le cinéma rend hommage sous la forme d’un biopic à celui qui fut l’un des penseurs anticoloniaux les plus célèbres de son temps : Frantz Fanon. C’est dans une petite salle de quartier surchauffée, entouré d’un public très largement blanc, que nous avons pu assister à sa projection. Retour critique.
Le rire et le couteau
"Le rire et le couteau" est un choc du cinéma contemporain. Par son courage et sa radicalité formelle, il porte à lui seul l’idée de nombreuses œuvres : échapper aux conventions narratives et filmiques de la fiction, pour saisir la richesse d'une réalité qui n’aurait pu être aussi finement auscultée autrement. C’est ainsi qu’en déconstruisant nos habitudes de regard, il réinvente le film décolonial.
Muganga - Celui qui soigne, Un peuple marginalisé au profit d’un biopic occidentaliste
La distribution en France d’un film au sujet aussi tabou est une précieuse avancée. Muganga - Celui qui soigne avait tout pour devenir un bon film au sujet rare et précieux. Cependant, c'est une déception, voire un échec ; une œuvre balbutiante de bonnes intentions mais dont les limites esthétiques affaiblissent la dimension politique et morale souhaitées.
Sariri, ou l'aridité du patriarcat
Au cœur du désert chilien vit un petit village minier isolé : La Làgrima. Emmurés par des montagnes de sable, ses habitants vivent de l’extraction et du petit marché. Là où les structures patriarcales traditionnelles conditionnent le monde, deux jeunes filles s’y conforment et se questionnent.
ABEL, ou quand la « libération » est un crime
En clair, Abel bouscule l’imaginaire occidentale en matérialisant une cruelle réalité : la chute de l’URSS racontée comme une libération des peuples, un souffle après un étouffement, fut en réalité une grande violence pour des communautés entières.
Mémoires du sous-développement
Cuba, 1959. Fulgencio Batista et sa dictature pro-américaine tombent face à l’offensive castriste. Au lendemain de la révolution socialiste, des afro-cubains chantent et dansent pendant que les blancs bourgeois rejoignent au plus vite l’aéroport pour se réfugier dans les bras du capitalisme étasunien. Mais il y a un vilain petit canard dans cette fuite : Sergio. Un intellectuel écrivain qui, lui, choisit de rester dans ce nouveau Cuba. Tomas Gutiérrez Alea interroge dans son film le devenir d’un intellectuel progressiste dans la révolution communiste.
Palestine 36
Dès la rentrée 2026, l’offre cinématographique illustre l’urgence politique de notre époque. Le besoin de bousculer, d’ouvrir les sens et les chemins de la conscientisation, se retrouve dans un film actuellement au cinéma, Palestine 36, réalisé par Annemarie Jacir. Drame historique se situant dans la Palestine sous mandat britannique, le film remonte aux sources de la Grande révolte arabe de 1936 et de l’expropriation des terres arabes au profit des colons juifs européens.
# Une vie d'étudiante en médecine
J’ai débuté des études de médecine car je voulais faire un métier alliant l’utilité sociale, les sciences, et le contact humain. Je n’avais pas de médecins dans mon entourage proche et j’avais une vision assez idéalisée des études et du métier.
# Chroniques de l'exploitation : présentation
Les chroniques de l’exploitation ont pour objectif de rendre à toutes celles et tous ceux qui se sont trouvés un jour, ou se trouvent toujours, exploités et dégradés, la dignité qui leur a été ôtée.
# Une vie d’assistant opérateur
Il y a toujours cette idée selon laquelle on fait un film toutes et tous ensemble. Et donc qu’on est un peu dans le même bateau. Cette philosophie explique et justifie les conditions difficiles de travail. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai entendu la phrase : “On doit chacun y mettre du sien” dès lors que je dénonçais un laxisme de la part de la production et des conditions de travail impossibles.
# Une vie d'animatrice de quartier
Toute jeune diplômée d’un master en “communication et développement des territoires”, après avoir enchaîné stage et service civique doublé d’un contrat d’assistante d’éducation en collège (va vivre et te loger avec une indemnité de service civique à Paris), je trouve la perle rare : mon premier vrai boulot dans une ville du 93.
# Une vie d'employée polyvalente
J’ai 22 ans, j’ai eu mon Bac en 2020 en contrôle continu, en plein Covid. A ce moment-là, je vivais une situation familiale compliquée et je n’avais aucune idée de ce que je voulais faire de ma vie. Après un an à chercher sans trouver, je décide donc de m’inscrire dans une agence d’intérim, histoire de me faire un peu d’argent en attendant de trouver ma voie.
# Une vie de paysan
Tué par les gendarmes le 20 mai 2017, Jérôme Laronze était éleveur bovin en Saône-et-Loire. Dans ce texte qu’il a écrit et envoyé à la presse, pendant qu’il était seul et traqué par les gendarmes et donc peu de temps avant son assassinat, il relatait l’acharnement administratif qu’il a subi et ses combats contre la traçabilité, un des outils de l’écrasement planifié des paysans.
# Une vie de professeure des écoles
Septembre 2015. Première rentrée, j'ai 23 ans. "les professeurs stagiaires ne seront pas placés sur des écoles difficiles ou dans des classes à double niveau pour leur faciliter l'entrée dans le métier" : je suis nommée en classe de CE1-CE2 dans une "école à aider", la classe est difficile avec un enfant autiste. Je travaille jusqu'à 21h30, le week end et les vacances pour préparer ma classe. En janvier je veux déjà démissionner.
# Une vie d'agent de tri polyvalent
Si le récit de ma première expérience professionnelle s’achève en mars 2022, il pèse encore de tout son poids sur ma vie personnelle. Cette expérience débute au mois d’avril 2017 et va durer 4 ans et demi, emportant mes études et une partie de ma santé physique et psychique.
# Une vie de prof
Je suis prof d’histoire-géo, dans un petit collège rural au sein d’une région viticole. J’enseigne sur trois niveaux. C’est un collège sympathique, on est une quarantaine de profs, dont certains sont à cheval sur deux voire trois établissements, les gamins sont issus de familles de classes moyennes ou populaires. Ce sont des enfants plutôt respectueux, encore imprégnés d’une forme de respect traditionnel dans le monde rural pour l’institution scolaire...
# Une vie de livreur chez Domino's pizza
Je suis étudiant aux Beaux-Arts. J'avais déjà fait un master en Direction Artistique, mais je m'ennuyais trop, beaucoup trop de com', de travaux peu qualitatifs. Je m'étais juré que si je rentrais dans ce milieu, ce serait avant tout pour faire des choses dont je suis fier, pas pour recopier bêtement la dernière tendance Instagram.
# Une vie de modérateur
C’est dimanche et il faut que j’aille au boulot. Je ne sais pas encore que c’est ce dimanche que je vais regarder un homme habillé d’une combinaison orange être brûlé vif dans une cage. Je ne sais pas encore, à 8 heures du matin, que je vais regarder cette vidéo en entier, et ensuite fixer le vide pendant une dizaine de minutes et recommencer à travailler.
# Une vie de magasinier au CROUS
J’ai été embauché en septembre 2023 en tant que magasinier dans un restaurant universitaire du Crous, pour un CDD de 2 mois renouvelable. Je connaissais déjà la réputation du Crous, je savais que je mettais les pieds dans un bordel sans nom, et je ne comptais pas y rester toute ma vie mais cela s’avéra pire que ce que je pensais…
# Une vie de pigiste
Dans le journalisme, il y a ce mode de rémunération ingrat que l’on nomme « la pige », où l’on est payé à la tâche. Qu’elle soit subie ou voulue, cette condition rime généralement avec précarité, et la variabilité des revenus selon les mois pousse souvent celles et ceux qui pratiquent la pige à rester inscrits à France Travail afin de pouvoir cumuler activité et droits au chômage.
# Une vie de serveuse en restauration
2018, je suis en seconde, je vais avoir 16 ans en avril et je pense déjà à travailler durant l’été pour me faire un peu d’argent. Mon frère, plus âgé, a déjà travaillé dans un restaurant pas loin de chez moi. Je me rends donc là-bas et on me dit que je peux venir faire un essai quelques semaines/jours avant mon anniversaire. J’ai donc encore 15 ans, mais ça m’arrange bien, je me dis que je vais me faire de l’argent.
# Une vie de commis de cuisine
Dans ma tête, devenir cuisinier, ça se justifiait comme ça : « J’ai toujours été naze à l’école, je serai incapable de faire des études dites supérieures, l’école me l’a fait comprendre, mes proches me l’ont fait comprendre ; je m’en suis aussi beaucoup persuadé. Alors, la cuisine ça ira sûrement, je serai en alternance, j’aurai un salaire, je trouverai une forme d’indépendance, ça ira, j’en suis sûr. ».
# Une vie de bergère
Hier, j'ai passé un « entretien d'embauche », et tant que c’est frais, je me suis dit qu’il fallait que ce soit relaté.
# Une vie d'ouvrier du bâtiment et de mécanicien
J'ai 33 ans, je vois le jour dans le 79 dans un bled trop gros pour être considéré à la campagne et trop petit pour être une ville. Mon père est cheminot et syndicaliste de la CGT et au conseil des prud’hommes tandis que ma mère est au foyer et fait quelques boulots d'intérim pour palier quand c'est la galère ou quand les grèves sont trop longues et qu'il n’y a plus d'argent. Voici mon récit.
#Une vie de technicien dans l’archéologie préventive
Ça fait une douzaine d’années que j’écume le milieu de l’archéologie préventive. De façon anecdotique, je dirais que je me suis retrouvé dans ce milieu parce que j’ai vu de la lumière et que je suis rentré. Au départ, j’ai suivi une formation professionnelle industrielle, un CAP et un bac pro. C’était il y a 20 ans.
# Une vie de développeur informatique
Voilà bientôt un an que j’ai fini ma reconversion pour devenir développeur web et j’ai la gnaque. Alors, quand il me propose de venir l'aider sur des projets, en complément de mon travail, j'accepte. Ça paraissait être un bon deal.
# Une vie de saisonnière
Il est cinq heures, Paris s’éveille. Il est sept heures, je m’éveille. Je m’éveille dans une caravane pourrie, qui sent le chaud et la moisissure. J’ai 17 ans, on est début août, je dors sur un matelas en mousse, et je prends une grande inspiration pour profiter des quelques heures de fraîcheur avant la fournaise.
# Une vie en intérim dans un parc d'attraction
Pendant environ 2 ans, j’ai travaillé dans la restauration dans un parc d’attraction. Je n’étais pas formé à la cuisine, j’avais une licence et un master en sciences sociales. En parallèle de tout ça, j’étais en début de transition, avec les galères administratives et les errances médicales que ça impliquait.
# Une vie de technicien de l'audiovisuel
Ces 6 derniers mois j’ai travaillé au sein d'une Université, mon établissement de formation jadis, en tant que technicien audiovisuel. J’ai rejoint l’équipe des BIATSS (Personnels des bibliothèques, Ingénieurs, Administratifs, Techniques, pédagogiques, Sociaux et de Santé) de la faculté de droit en mai 2025.
# Une vie dans l’associatif
Après une L1 réussie de peu, deux L2 ratées en plein confinement, je lâche tout sur un coup de tête et je me lance dans un service civique dans un café associatif. J’y découvre un monde nouveau : le monde de l’associatif et avec, le burn-out.
# Une vie de doctorant
J'ai vu des collègues se noyer dans le travail et arrêter leur thèse. J'ai vu des collègues méprisés par leur directeur de recherche. J'ai vu des doctorants s'isoler en silence jusqu'à ce qu'on apprenne leur départ. J'ai vu des doctorants tomber lourdement malades. J'ai vu des doctorants vriller en plein vol par crainte de ne jamais pouvoir avoir d'enfant. J'ai vu, entre autres causes, des doctorants arrêter faute de débouchés. Perdu entre l’espoir futur de devenir Maître de conférences et le surmenage institutionnalisé, le docteur survit mais ne vit jamais.
# Une vie d'ingénieure dans le bâtiment
En 2014, je réalise mon stage de fin d’année dans un bureau d’études Fluide qui me propose un poste en CDI directement après l’obtention de mon diplôme d’Ingénieure, que j’accepte avec d’autant plus de plaisir que tout s’était très bien passé et qu’il y avait une bonne ambiance dans l’entreprise. Tout le monde est disponible pour me former et pour m’apporter son expérience, j’apprends vite et passe rapidement sur un poste de Chargée d’Etudes sur un projet défini.
# Une vie de caissière en librairie
En 2017, j'obtiens ma licence LLCER espagnol. J'avais dans l'idée de faire de la traduction littéraire et il fallait poursuivre en master. Sauf que ça me demandait d'aller dans une autre ville et je commençais à saturer des villes. En 2018, j'ai réussi à être embauchée dans une librairie qui me plaisait et l'environnement littéraire me permettait de rester proche de ma licence et de mes aspirations. La chute n'en a été que plus violente.
# Une vie d'opératrice dans un centre d’appels
Je cherche un taf que je peux oublier dès que j’ai posé le pied en dehors de l’entreprise. « Banco ! » me dit le chef. Eloxal ça s’appelle. Ils prennent des rendez-vous téléphoniques pour des cabinets médicaux. On ne doit pas mentir mais on ne doit quand même pas dire aux patients qu’on n’est pas des vrais secrétaires et que le toubib on ne l’a jamais vu de nos yeux. Numéro d’équilibriste. Scripts. Chronométrage.
# Une vie de mathématicien itinérant
Je suis contractuel dans la recherche en mathématiques appliquées depuis une dizaine d’années maintenant. Je fais partie de cette multitude de petites mains plus ou moins invisibles qui font tourner la recherche publique et qu’on range sous les fiches de postes « ingénieur d’étude », « ingénieur de recherche » et beaucoup plus rarement sous des postes ouverts aux post-doctorants.
# Une vie de travailleuse sociale
J’ai bientôt trente ans et voilà neuf ans que je suis travailleuse sociale. Les institutions tiennent parce que les professionnels absorbent ce qui déborde : la violence, l’urgence, les manques, et parfois les contradictions mêmes du système. Dans ce cadre, le travail social ne fonctionne pas malgré ses défaillances : il fonctionne à travers elles. La DRESS souligne qu’un éducateur sur deux se reconvertit au bout de 9 ans d’exercice. La question qui m’habite est : vais-je dépasser cette date de péremption ?
# Une vie dans la recherche française
Partout où je suis passé, j’ai travaillé dur pour étoffer des dossiers et monter des projets, et à chaque fois, on m’a évincé, en gardant mes recherches et mes idées, et en les poursuivant sans moi. Ce témoignage est le récit de mon expérience au sein de l'Université française.
# Une vie de réceptionniste
Je pensais faire ça quelques mois, mettre de l'argent de côté, puis reprendre mes études. On est en 2026. Ça fait six piges. C’est un travail mécanique, avec peu de marge de manœuvre. Soit il ne se passe rien et on attend seul derrière un comptoir, soit tout arrive en même temps et on encaisse les problèmes des autres. On travaille la nuit, les weekends, les jours fériés, pour un salaire qui ne correspond pas à ce que ces horaires coûtent réellement. On peut faire ce métier dignement. On peut même l’aimer. Mais je ne vais pas mentir : moi, cette place me pèse.
# Une vie dans un studio de jeux vidéo
J'ai été embauché dans un studio de jeux vidéo indépendant français qui avait pour objectif de produire un jeu AA (jeu à budget moyen). Une des pires expériences de travail de ma vie.
« C'est d'un changement radical dont nous avons besoin. »
entretien avec François Boulo
François Boulo, avocat au barreau de Reims, devient lors du mouvement des Gilets jaunes l’une des principales figures médiatiques. Le 3 octobre 2019 est sorti son manifeste La ligne jaune aux éditions Indigènes. Nous l’avons interviewé pour établir un panorama de la situation politique actuelle et à venir.
« C’est ça la gauche, à mes yeux : c’est ne perdre personne. »
entretien avec Kaoutar Harchi
Kaoutar Harchi est écrivaine et chercheuse en sociologie, associée au Cerlis (Centre de recherche sur les liens sociaux). Elle a publié plusieurs essais et romans, dont le dernier, Comme nous existons, a paru chez Actes sud en août 2022. Nous l’avons interviewée sur sa vision de la « gauche » et du projet qu’elle doit porter.
« On a besoin d'un discours qui valorise les victimes du capitalisme et leur donne fierté et unité. »
entretien avec Nicolas Framont
Nicolas Framont est un des fondateurs du magazine en ligne Frustration. Nous l'avons interrogé sur son analyse des forces politiques en place, et plus particulièrement, sur les perspectives possibles pour la « gauche ».
« S'il existe encore un barrage pseudo-républicain en France, c'est désormais contre la gauche antilibérale »
entretien avec Stefano Palombarini
Stefano Palombarini est économiste et maître de conférences à l'Université Paris VIII. Avec Bruno Amable, il est le premier à avoir saisi le bloc bourgeois qui se constituait en 2017 autour d’Emmanuel Macron, nous avons été l’interviewer pour savoir si cette lecture était encore valable aujourd’hui, ou s’il fallait réanalyser les rapports de force politiques.
« Plutôt qu'un Etat qui revendique le monopole de la violence, on devrait avoir un Etat qui revendique le monopole de la justice. »
entretien avec David Dufresne
David Dufresne est un ancien journaliste (Libération, i-télé, Médiapart) qui a choisi de raccrocher les gants en soie du petit monde médiatique parisien pour enfiler ceux plus râpeux du ring politique. Depuis, il a multiplié les enquêtes au long-court, derrière la caméra (Quand la France s’embrase, Prison Valley) ou derrière la plume (Maintien de l’ordre : Enquête,Tarnac, Magasin général, On ne vit qu’une heure, Une virée avec Jacques Brel…). Durant le mouvement des Gilets jaunes, il passe derrière le clavier et se rend célèbre via son compte Twitter grâce à ses fameux « Allô place Beauvau ? » où il interroge directement le politique sur les multiples violences policières que tout le monde semble chercher à ignorer. En octobre 2019, il revient avec Dernière sommation, un roman haletant sur son expérience de ces derniers mois. A l’occasion de la sortie de son film Un pays qui se tient sage, nous l’avons interrogé pour comprendre la genèse de ce film et ses objectifs politiques.
« L’histoire humaine nous apprend que les différenciations de genre sont des constructions politiques, sociales, économiques et culturelles »
entretien avec Francis Dupuis-Deri
Francis Dupuis-Deri est professeur de science politique à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Il a récemment publié Les hommes et le féminisme (éditions Textuel, 2023). A l’occasion de ce numéro, nous avons cherché à comprendre avec lui ce que « la crise de la masculinité » recouvrait véritablement
« La question de l’incarcération n’est pas celle du mieux enfermer ou moins enfermer, mais c’est celle de ne plus enfermer. »
entretien avec Gwenola Ricordeau
Gwenola Ricordeau est professeure associée en justice criminelle à la California State University, Chico. Elle a publié Pour elles toutes. Femmes contre la prison (Lux éditeur, 2019) et récemment 1312 raison d’abolir la police (Lux éditeur 2023) et, en collaboration avec Joël Charbit et Shaïn Morisse brique par brique, mur par mur (Lux éditeur, 2024).
« Quand on meurt à Raqqa on est des héros, mais quand on revient ici on est considérés comme des terroristes.»
entretien avec Berivan Firat
Paris est (aussi) une ville kurde. Elle accueille en son sein une partie de la diaspora kurde et de son histoire, y compris les parties les plus douloureuses. 11 ans après l’assassinat de militantes kurdes à Gare du Nord et 1 an après celui de 3 autres militants rue d’Enghien, Positions Revue a pu s’entretenir, grâce à Thermidor, avec Berivan Firat, porte parole du Centre Démocratique Kurde en France.
« Face à l’urgence climatique, la seule réponse est l’urgence révolutionnaire. »
entretien avec Anasse Kazib
Anasse Kazib est un cheminot, syndicaliste, membre du parti Révolution permanente et candidat à la présidentielle. Nous l'avons interviewé pour l'interroger sur son parcours, les raisons de son engagement politique, et sa conception des dynamiques et rapports de force actuels dans un contexte de crise organique du capitalisme.
« L’hégémonie néolibérale ne se défait pas dans l’espace d’une élection. »
entretien avec Stefano Palombarini, saison 2
Stefano Palombarini est économiste et maître de conférences à l’Université Paris VIII. Il a publié La Rupture du compromis social italien (éditions du CNRS, 2001) et, avec Bruno Amable, L’Économie politique n’est pas une science morale (Raisons d’Agir, 2005) et L’illusion du bloc bourgeois (Raisons d’agir, 2017). Ayant été, avec Bruno Amable, le premier à avoir saisi le bloc bourgeois qui se constituait en 2017 autour d’Emmanuel Macron, nous l’avons interviewé pour savoir si cette lecture était encore valable aujourd’hui, ou s’il fallait réanalyser les rapports de force politiques. Seconde partie.
« Contrairement à ce qu’aiment répéter les directions syndicales françaises […] il existe bien un bouton permettant de mettre la production à l’arrêt. »
entretien avec Politicoboy
Alors que les Etats-Unis ont connu une grève retentissante dans le secteur automobile, il nous a semblé opportun d’interroger Christophe (Politicoboy sur X) sur la situation états-unienne. Christophe est spécialiste des Etats-Unis et co-auteur avec Christophe Le Boucher et Clément Pairot du livre Les illusions perdues de l’Amérique démocrate (Vendémiaire, 2021).
« Sans rapport de force avec la bourgeoisie, pas de rééquilibrage possible […] On le sait désormais très bien : c’est ça ou la fin du monde. »
entretien avec Nicolas Framont
Nicolas Framont est le cofondateur du magazine en ligne Frustration Magazine. Sociologue, ex attaché parlementaire, il a publié avec Selim Derkoui La guerre des mots (Le passager clandestin, 2020) et vient de sortir cette année Parasites (La Fabrique). Nous l’avons questionné sur l’analyse qu’il porte de la situation et sur les perspectives possibles pour notre camp.
« L'interdisciplinarité n'est pas une option, mais une nécessité absolue »
entretien avec Bernard Lahire
Bernard Lahire, sociologue et directeur de recherche au CNRS, vient de publier Les structures fondamentales des sociétés humaines (La Découverte, 2023). Cet essai est un tournant dans la manière de concevoir la recherche en sciences sociales. Suite à ce livre majeur et nécessaire, nous avons décidé de l'interroger sur les thèmes d'interdisciplinarité, de refus du constructivisme absolu et de retour au matérialisme.
« Sortir de la naturalisation de la souffrance au travail, c’est, contre cette classe dirigeante, engager le fer sur le contenu même du travail »
entretien avec Bernard Friot
Bernard Friot est un marxiste iconoclaste. Dans son œuvre il n'hésite pas à prendre des écarts avec le marxisme orthodoxe, notamment sur la valeur ou sur le travail. En parallèle il réactive la vision fondamentale marxiste du mouvement communiste et de l'activité des classes sociales, de toutes les classes sociales dans le processus historique. Nous lui devons le fait que communiste peut encore est un projet concret et attractif. Son dernier ouvrage Prenons le pouvoir sur nos retraites(La Dispute, 5 février 2023) donne un aperçu lisible de ce projet pensé par Bernard Friot. Une œuvre indispensable.
« Le contrôle ouvrier peut prendre une multitude de formes, du contrôle sur les cadences, à la « socialisation de l’entreprise », il contribue à redonner un sens politique au travail. »
entretien avec Juan Sebastian Carbonell
Juan Sebastian Carbonell est chercheur en sciences sociales du travail, dans son dernier essai Le futur du travail, aux éditions Amsterdam, il détail les évolutions du monde du travail, sur le plan technique mais également sur le plan des rapports sociaux et de l'accroissement de l'exploitation.
« Ce film doit défoncer des portes »
entretien avec Ladj Ly
Dans cet entretien sans langue de bois, nous revenons aux côtés de Ladj Ly sur la situation de ces Misérables. Plus qu’un entretien, une prise de Positions.
« Quelque chose est pulvérisé. »
entretien avec David Dufresne
David Dufresne est un ancien journaliste institutionnel (Libération, i-télé, Médiapart) qui a choisi de raccrocher les gants en soie du petit monde médiatique parisien pour enfiler ceux plus râpeux du ring politique. Depuis, il a multiplié les enquêtes au long-court, derrière la caméra (Quand la France s’embrase, Prison Valley) ou derrière la plume (Maintien de l’ordre : Enquête,Tarnac, Magasin général, On ne vit qu’une heure, Une virée avec Jacques Brel…). Durant le mouvement des Gilets jaunes, il passe derrière le clavier et se rend célèbre via son compte Twitter grâce à ses fameux « Allô place Beauvau ? » où il interroge directement le politique sur les multiples violences policières que tout le monde semble chercher à ignorer. En octobre 2019, il revient avec Dernière sommation, un roman haletant sur son expérience de ces derniers mois, sous les traits d’Etienne Dardel, ex-journaliste écœuré par un univers médiatique corrompu et un monde politique en déliquescence. Nous l’avons rencontré à cette occasion afin d’évoquer avec lui le thème des violences policières.
« L’histoire de la Sécurité sociale est aussi une histoire de lutte de classes. A nous de continuer à tirer le fil rouge. »
entretien avec Nicolas Da Silva.
Nicolas DA SILVA est maître de conférences en sciences économiques à l’université Sorbonne Paris Nord et spécialiste de l’histoire économique de la protection sociale. Par cet entretien, nous espérons nous donner des clés de compréhension et des armes pour la lutte : savoir ce qui nous a amené à la catastrophe que nous vivons dans le soin et dessiner un projet politique pour un système de soin public qui soigne tout le monde le mieux possible.
« Il n’y a plus aucune promesse de progrès social compatible avec les réformes néolibérales »
entretien avec Bruno Amable et Stefano Palombarini
Bruno Amable et Stefano Palombarini sont économistes, l'un est professeur à l'université de Genève et l'autre maître de conférences à l’Université Paris VIII. Il ont récemment coécrit Blocs sociaux, conflits et domination : Pour une économie politique néoréaliste (Raison d'agir, 2024). A cette occasion, nous les avons interrogé sur leur lecture des dynamiques politiques actuelles à la lueur de la crise que rencontre le néolibéralisme.
« Un programme de gauche ne mobilisera que des gens qui estiment qu'ils respireront mieux dans un monde plus égalitairement libre. »
entretien avec Michel Feher
Michel Feher est un philosophe qui a notamment travaillé sur la politique migratoire sous le mandat de Nicolas Sarkozy, sur l'avènement du capitalisme financier et en 2024, est paru son dernier livre : Producteurs et parasites. L'imaginaire si désirable du Rassemblement national dans lequel il développe la notion de producérisme et l'imaginaire politique que celle-ci sous-tend. A l'occasion de cet entretien, nous l'avons interrogé sur les possibilités de combattre cette imaginaire et de lui opposer un autre imaginaire, cette fois-ci égalitaire.
« Il faut s’interroger sur les modalités par lesquelles les mutations récentes du capitalisme participent à la solidification de l’extrême droite. »
entretien avec Félicien Faury
Félicien Faury est sociologue et politiste et vient de sortir Des électeurs ordinaires: Enquête sur la normalisation de l'extrême droite au Seuil (2024). Nous l'avons interrogé pour comprendre les ressorts du vote RN et pour déterminer quel contre-projet opposer à celui proposé par l'extrême-droite.
« Une chose est sûre : l’avenir de l’écologie ne passe pas par l’environnementalisme, mais par la lutte des classes. »
entretien avec Clément Sénéchal
Clément Sénéchal est diplômé de philosophie et de sociologie et aujourd'hui chroniqueur chez Frustration magazine. Ancien porte-parole de Greepeace et spécialiste des questions environnementales, il a récemment publié au Seuil "Pourquoi l'écologie perd toujours ?". A l'occasion de la sortie de son ouvrage, nous avons interrogé avec lui les raisons de cet échec.
Désembourgeoiser l'école maternelle
entretien avec Fabienne Montmasson-Michel
Fabienne Montmasson-Michel est sociologue à l'université de Poitiers, enseignante à l'Inspé et chercheuse au Gresco. Elle vient de sortir Petite histoire de la maternelle (La Dispute (2025), ouvrage dans lequel elle fait la généalogie historique et politique de cette institution. A cette occasion, nous l'avons interrogée pour comprendre quels enjeux traversent l'institutionnalisation de l'éducation des jeunes enfants et quels sont les sujets collectifs derrière.
« L'Iran a fait évoluer le rapport de force stragégique en sa faveur dans ce conflit »
entretien avec Thierry Coville
Thierry Coville est chercheur à l’IRIS, spécialiste de l’Iran. Docteur en sciences économiques, il effectue depuis près de vingt ans des recherches sur l’Iran contemporain. Il a notamment publié, en 2022, L'Iran, une puissance en mouvement, aux éditions Eyrolles. Pour analyser les dynamiques de la guerre opposant l’Iran à Israël et les Etats-Unis, nous l’avons interrogé pour déterminer quels enseignements nous pouvions en tirer. Entretien réalisé en juillet 2026.
Les fonctionnaires : des salauds ?
Le mot « fonctionnaire » amalgame et dissimule cent métiers. Mais les fonctionnaires sont d’abord et très largement des travailleuses et travailleurs populaires, mal payé·es, exposé·es aux risques chimiques et biologiques, ou aux gestes douloureux. Leur travail échappe au marché et aux marchands et s’emploie à corriger la marchandisation et les inégalités croissantes que celui-ci produit.
La possibilité Mélenchon, entretien avec Stathis Kouvélakis
Stathis Kouvélakis a été membre de l’aile gauche du parti grec Syriza jusqu’en 2015, puis s’est opposé à Alexis Tsipras après que celui-ci ait trahi le résultat du référendum du 5 juillet 2015. Son expérience est donc très précieuse pour préparer ce que serait une victoire de Mélenchon à la présidentielle.
MMT#1 : comprendre la création de monnaie
La revue Positions s’associe à l’association MMT France pour une série d’émissions sur la Théorie Monétaire Moderne.
Enregistrée le samedi 15 janvier 2022, la première émission visait à présenter les bases de la Théorie Monétaire Moderne (MMT), en décrivant le processus de création monétaire dans un Etat monopoliste de sa devise. L’émission a été réalisée en partenariat avec l’association MMT France, représentée par Robert Cauneau et Ivan Invernizzi, et animée par Ramzi Kebaïli étudiant en économie et membre du collectif Citoyens Souverains.
MMT#2 : L'économie internationale et ses rapports de force
Enregistrée le samedi 29 janvier 2022, la deuxième émission s’est concentrée sur l’analyse MMT de l’économie internationale et ses rapports de force, avec la participation de l’économiste sénégalais et champion de scrabble N’Dongo Samba Sylla.
MMT#3 : la souveraineté monétaire dans le sud global, entretien avec Fadhel Kaboub
Ce samedi 26 février 2022, nous avons reçu Fadhel Kaboub, professeur associé d’économie à l’université de Denison dans l’Ohio et président du think tank Global Institute for Sustainable Prosperity aux Etats-Unis. Les travaux de Kaboub visent à appliquer la MMT aux pays du Sud.
Connaissances, lutte des classes, et stratégie politique : un éclairage par Lucien Goldmann
Chez Goldmann, la conscience possible devient l’instrument d’analyse privilégié de la vie sociale elle-même, car elle permet de saisir l’écart entre ce que les hommes pensent effectivement et ce qu’ils pourraient penser à partir de leur position dans le monde. Cet écart, loin d’être pure illusion, est le lieu même où se joue la transformation de la réalité.
Dans le capitalisme, il ne peut être d’égalité véritable
Samuel Paty est mort, atrocement, et depuis le concert médiatique n’a de cesse de tambouriner sa mélodie républicaine à toutes les oreilles.
Convoquez la nation ! Aux Etats généraux !
Les politiques conduites en France depuis de trop nombreuses années ont plongé notre pays dans une série de crises desquelles il ne parvient pas à sortir. Crises sociale, économique, écologique, démocratique, et dorénavant sanitaire. Ces crises ont toute une origine : l’échec de nos gouvernants à penser en dehors du carcan austéritaire.
Résister ou mourir
Il n’est plus possible de se taire. Il n’est plus possible de rester dans la demi-mesure, de chercher la nuance, de vouloir tempérer. Indéniablement, il faut qualifier les choses telles qu’elles sont : la France sombre chaque jour un peu plus dans la dictature, et cela est rendu possible par le concours zélé d’une police immonde. Immonde par ce à quoi elle participe, et davantage, par le plaisir incontestable qu’elle en retire.
Policiers, quel ordre défendez-vous ?
Nous assistons à une transition. Le passage d'un Etat libéral à un Etat sécuritaire et policier. Les forces de l'ordre accompagnent ce changement avec une délectation qui inquiète et qu'il faut interroger. En tant que gardiennes de l'ordre social, il devient plus que nécessaire de se demander quel ordre elles souhaitent.
Dé-BAC-le
Ce film, en tant qu’objet de culture, doit, pour ne pas être nocif et un renfort au discours d’extrême-droite, nous servir de matière pour autopsier la vision qu’il porte. Pour se faire, nous construirons notre contre-discours analytique par un dialogue fictif avec Cédric Jimenez que nous interrogerons et auquel nous prêterons des réponses servant de contre-points aux nôtres.
La fracture
La Fracture est un film de Catherine Corsini. Asphyxiant. Comme un nuage de lacrymogène. Comme un climat social éruptif. Comme une souffrance si grande qu’aucune gorge ne saurait l’avaler.
« Plutôt qu'un Etat qui revendique le monopole de la violence, on devrait avoir un Etat qui revendique le monopole de la justice. »
entretien avec David Dufresne
David Dufresne est un ancien journaliste (Libération, i-télé, Médiapart) qui a choisi de raccrocher les gants en soie du petit monde médiatique parisien pour enfiler ceux plus râpeux du ring politique. Depuis, il a multiplié les enquêtes au long-court, derrière la caméra (Quand la France s’embrase, Prison Valley) ou derrière la plume (Maintien de l’ordre : Enquête,Tarnac, Magasin général, On ne vit qu’une heure, Une virée avec Jacques Brel…). Durant le mouvement des Gilets jaunes, il passe derrière le clavier et se rend célèbre via son compte Twitter grâce à ses fameux « Allô place Beauvau ? » où il interroge directement le politique sur les multiples violences policières que tout le monde semble chercher à ignorer. En octobre 2019, il revient avec Dernière sommation, un roman haletant sur son expérience de ces derniers mois. A l’occasion de la sortie de son film Un pays qui se tient sage, nous l’avons interrogé pour comprendre la genèse de ce film et ses objectifs politiques.
« L’histoire humaine nous apprend que les différenciations de genre sont des constructions politiques, sociales, économiques et culturelles »
entretien avec Francis Dupuis-Deri
Francis Dupuis-Deri est professeur de science politique à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Il a récemment publié Les hommes et le féminisme (éditions Textuel, 2023). A l’occasion de ce numéro, nous avons cherché à comprendre avec lui ce que « la crise de la masculinité » recouvrait véritablement
Macron est mort, que meure la Ve !
Le sujet principal ne doit plus être de s’entendre sur un hypothétique premier ministre dont on sait par avance qu’il ne sera capable de rien, sauf à avoir renoncé à tout, mais de réfléchir aux moyens de sortir de la Ve république.
Sur l’arc réactionnaire : quelques thèses à propos de la crise politique en 2024
L'année 2023, s'achève dans la crise politique pour la gauche : divisions, désaccords et échecs à contrer concrètement le pouvoir macronien. Parallèlement le bloc bourgeois, incapable de régler les crises qu'il provoque, se barricade dans ses certitudes néolibérales tout en se confondant de plus en plus avec le bloc néofasciste. Paul Elek tente ici de mettre en avant les principaux thèmes et défis que la gauche radicale doit prendre en compte et relever en 2024.
Maid, ou l’illustration du cycle des violences conjugales
Au 6 décembre 2024, 128 féminicides ont eu lieu dont 90 féminicides par un conjoint ou ex-conjoint. Cet article a pour objectif, à partir de la série Maid sortie en 2021 et qui servira d’illustration, de comprendre comment le cycle des violences s'installe dans un couple, comment il fonctionne, et comment il tue. Les violences conjugales sont des violences patriarcales.
« La question de l’incarcération n’est pas celle du mieux enfermer ou moins enfermer, mais c’est celle de ne plus enfermer. »
entretien avec Gwenola Ricordeau
Gwenola Ricordeau est professeure associée en justice criminelle à la California State University, Chico. Elle a publié Pour elles toutes. Femmes contre la prison (Lux éditeur, 2019) et récemment 1312 raison d’abolir la police (Lux éditeur 2023) et, en collaboration avec Joël Charbit et Shaïn Morisse brique par brique, mur par mur (Lux éditeur, 2024).
Editorial : à l'assaut de l'empire masculin
Le procès Mazan pose celui de toute une organisation sociale : celle d'une société patriarcale ou la distribution des genres et des pouvoirs assujettit un sexe à la volonté d'un autre. Une sujétion genrée, économiquement récupérée et pénalement encadrée. Ce numéro interroge l'empire masculin fondé sur le patriarcat, la domination masculine et les violences sexistes et sexuelles.
#MeToo : en faire une lutte politique révolutionnaire
La portée politique de #MeToo réside dans le fait qu’il ne s’agit pas seulement de lever le voile. Il s’agit de saisir la société entière par le col, de lui maintenir les paupières ouvertes, et de lui tendre un miroir sous une lumière crue : c’est de toi qu’on parle, vois ce que tu es et ce que tu produis. Ces violences sont politiques, et nous voulons y apporter des solutions politiques.
Masculinisme et radicalisation d’extrême droite
Le 6 décembre 1989, Marc Lépine entre dans l’école Polytechnique de Montréal, et y assassine 14 femmes. Marc Lépine est celui qui a poussé l'idéologie masculiniste dans ses derniers retranchements. Celui qui a pris une revanche définitive sur les féministes rejetant les injonctions patriarcales. Anatomie d'une porosité entre masculinisme, extrême-droite et violence.
D'un barrage l'autre
À l'impasse politique et institutionnelle issue du 7 juillet, s'ajoute maintenant une impasse culturelle. Ces deux impasses maintiennent en vie Macron et son monde, empêchant ainsi aux forces progressistes d'accéder au contrôle de la société. Cette impasse sera résolue lorsque la vision progressiste sortira d'une simple vision abstraite, esthétique et passagère, pour devenir concrète et permanente.
Pourquoi le capitalisme n’a-t-il pas socialisé le travail ménager ?
La forme moderne du travail ménager résulte non pas d’une impossibilité de socialiser cette forme de travail, mais plutôt de choix politiques et de stratégies capitalistes destinés à individualiser les logements et les équipements.
De Gaza à Nouméa : l'arc colonial se tend
Entre Gaza et Nouméa séparés par un continent et des spécificités uniques, un continuum s'étire : l'arc colonial. Celui-ci est en train de se briser et, dans cette crise qui ne vient plus mais qui est chaque jour un peu plus intense, il tire ses dernières flèches.
Au cœur du contrôle du corps des femmes : la norme gynécologique
Naturalisée et invisibilisée, articulée à la médicalisation plus globale des corps des femmes d’une part, et à la délégation plus vaste à ces dernières des tâches de santé de l’autre, la norme gynécologique n’est pas perçue par les femmes comme une dépossession du contrôle sur leur corps. Il s’agit d’un moment qui est présenté comme à la fois nécessaire et banal dans la vie, si bien qu’il suscite peu de questionnements.
La tentation fasciste
En 1933, le nazisme est venu répondre à la crise que traversait la bourgeoisie allemande. Il a constitué un débouché aux contradictions de celle-ci. La bourgeoisie en crise, menacée par un mouvement ouvrier fort, a choisi Hitler et le nazisme, à la révolution et au communisme.
La société civile face aux VSS, deux siècles d’histoire
Depuis 2017, l’affaire Weinstein, #Metoo, #balancetonporc, #Metooinceste, les dénonciations de VSS dans le cinéma, tous ces mouvements incluent la saisie des violences sexuelles comme autant d’expressions ou de symptômes de la domination masculine, du sexisme et des abus de pouvoir du patriarcat. Après des siècles de déni et de refus, la société civile fait, enfin, face aux VSS.
Pour un premier mai unitaire, populaire et progressiste : le pain, la paix, la liberté !
La situation devient critique. Chaque jour un peu plus le mode de production capitaliste montre les effets de sa crise. Chaque jour il détruit un peu plus les conditions d'existence de ceux qu'il exploite. Chaque jour il se déploie dans la guerre et l'impérialisme.
Abolition des prisons. Histoire de l'abolitionnisme pénal.
Le terme « abolitionnisme » est utilisé depuis longtemps. Il englobait, par exemple, la résistance et la lutte contre l'esclavage avant d'incarner la lutte contre le système carcéral. Trois auteur·es français, Joël Charbit, Shaïn Morisse et Gwenola Ricordeau, ont écrit sur cette lutte un livre intitulé Brique par brique, mur par mur. Une histoire de l'abolitionnisme pénal. Recension par Thom Holterman.
Suicidée d’un cri, pour accoucher d’un silence
On crève d'enseigner. On crève de travailler. Au sein de l'éducation nationale, il existe une omerta terrible sur la souffrance au travail sous-estimant amplement les dépressions et les suicides. Christine Renon s'est donnée la mort, épuisée d'avoir donnée sa vie à une institution qui ne reconnut jamais son existence.
Pour la fondation d’un parti de masse
La NUPES, dans toutes ses imperfections, offre une possibilité historique de fondation d’un parti de masse anticapitaliste et démocratique à même de joindre et de rejoindre, une vision idéologique avec une action directe, réelle et quotidienne.
L'Ukraine, prise au piège de l'impérialisme.
Il s’agira de poser un regard froid sur les tendances économiques, politiques et militaires de la période récente et les éclairer à la lumière de la poursuite par les acteurs de leurs intérêts.
Aya, ou l'effacement d'un monde.
En ces confins du globe dont la distance n’est pas tant géographique qu’historique, les habitants constatent désespérés le changement de leur monde, victimes des conséquences d'un mode de production suicidaire et inique.
Tribune : Mélenchon, candidat de la souveraineté nationale et populaire
La revue Positions publie un appel du collectif Citoyens souverains, qui rassemble des électeurs LFI de 2017 s'étant abstenus aux élections européennes. Il s’adresse aux ex-insoumis, aux gilets jaunes et aux souverainistes réfugiés dans l'abstention, pour soutenir Mélenchon.
Tenir la situation, de la nécessité de comprendre le moment politique
Non par efficacité, non par utilité, mais par cohérence et nécessité, à Positions nous voterons L’Union populaire.
L’après Mélenchon : le temps de la refondation
Aujourd'hui, les divisions au sein de la FI révèlent qu'il est temps de passer la main et d’appeler à la naissance d’une nouvelle organisation révolutionnaire en capacité de mener la lutte pour un renversement du capitalisme. Remercions Mélenchon pour ce qu'il a fait et tenons-nous en à son testament : faire mieux.
Orthodoxie contre dogmatisme : Lukács contre le post-marxisme universitaire
En 1923, dans Qu’est-ce que le marxisme orthodoxe ?, Georg Lukács pose les bases d’une lecture rigoureuse du matérialisme historique, insistant sur le fait que l’orthodoxie marxiste ne se définit pas par l’adhésion à un corpus dogmatique de thèses, mais par la fidélité à un cadre théorique et épistémologique : la dialectique matérialiste. Cette position, loin d’être une simple querelle théorique, garde une actualité brûlante face aux dérives contemporaines du post-marxisme universitaire, qui fragmente l’analyse sociale et dilue le projet révolutionnaire dans un éclectisme stérile.
L’impasse Viktorovitch : une rhétorique creuse pour une crise béante
Star de l’analyse politique sur les réseaux, Clément Viktorovitch entend s’imposer dans le débat intellectuel. Sous des airs de pamphlet anti-Macron, son livre "Logocratie" recycle un vieux fantasme centriste : celui d’une démocratie harmonieuse et rationnelle, subitement trahie par des démagogues venus fausser les règles du jeu.
La nature : opposer une analyse matérialiste à l’écofascisme grandissant
Si l’écologie en France anime surtout les petits bourgeois, l'enragement de ces derniers est à la fois la cause et la conséquence de la fascisation générale de la société. Nous devons urgemment porter un discours et une analyse clairs sur l’écologie pour éviter que celle-ci soit récupérée par les franges réactionnaires et conservatrices de la société.
Au coeur de la lutte : les marges racisées entre asymétrie raciale, symétrie réactionnaire
Le véritable enjeu est de repenser le matérialisme, en restant fidèle à sa rigueur tout en l’ouvrant aux expériences situées, afin de sortir l’antiracisme à la fois de l’impasse de la reconnaissance institutionnelle et du risque de dissolution dans une reconnaissance purement populaire. À partir de ce constat, ce texte se propose d’explorer quelques moments historiques où les trajectoires des catégories racisées ont été prises en étau entre ces deux formes de reconnaissance, afin de mieux comprendre les stratégies déployées, leurs contradictions, mais aussi les horizons qu’elles dessinent
Dissoudre l'extrême droite : un piège pour la gauche ?
De la campagne de soutien aux Soulèvements de la Terre à la dissolution de la Jeune Garde, la procédure de dissolution revient sur le devant de la scène. Associée tantôt à la « trempette de Roger Rabbit », tantôt à la clandestinité de la résistance, elle inquiète celles et ceux qui s’organisent dans les luttes. Alors que des collectifs camarades en font les frais, certain·es à gauche continuent d’en réclamer contre l’extrême droite. Mais peut-on demander à l’État de dissoudre ces groupes quand la même arme vise les antifascistes qui les combattent ? Cet article propose une critique politique et historique de cet outil répressif et avance des pistes pour renforcer la solidarité et relancer le débat.
François Bégaudeau, Nietzsche et la morale de ressentiment
La thèse défendue ici est que Bégaudeau s'approprie les théories nietzschéennes écrites contre la morale chrétienne pour les réduire à un système qui fait des mécanismes singuliers de cette morale les soubassements de toute espèce de morale. Cela lui permet d'opposer systématiquement la morale aux faits, dans une démarche positiviste assez naïve.
Face à la crise du capitalisme : la militarisation de l’enseignement
Dans un contexte de crise avancée du capitalisme, la militarisation de l'enseignement devient un enjeu central. La création des Classes de défense et de sécurité globale répond à un triple objectif : rappeler le pouvoir de la force et de l’ordre à des publics considérés comme problématiques ; recruter des effectifs pour l’armée en offrant un débouché dans des zones géographiques frappées par le chômage ; préparer les esprits et les corps à la guerre. Elles annoncent à la fois un retour à la conscription et au conditionnement imposé des forces vives et un tournant économique et idéologique.
Privatisation et militarisation : l’aide humanitaire à Gaza comme nouvel outil colonial
Cet article aborde l'actualité et les répercussions des actions menées par les nouvelles structures (in)humanitaires privées récemment mises en place à Gaza. Ce type de structure a causé la mort directe de plusieurs centaines d’habitants venus chercher de l’aide. Les paradigmes humanitaires sont en plein renouvellement dans un système-monde maintenu par un capitalisme globalisé, révélant un aggiornamento de l’impérialisme parasitaire.
Reconstruire le mouvement communiste au delà du PCF et du MJCF
Un regard critique sur ce que nous avons vécu, et sur ce qu’il reste à faire.
Syrie : ‘‘Une opportunité historique’’
La Syrie d’Assad n’est plus, les révolutionnaires ont gagné. Mais le plus dur n’était peut-être pas seulement de faire tomber un régime assez largement haï par sa population, il faut désormais construire un futur désiré par le grand nombre.
Une Décroissance Écosocialiste ?
Le Rejet de l’Opulence pour l’Abondance Communiste
En opposition à la perspective écomoderniste, il s’agira ici de développer la nouvelle occurrence écologique de la critique de l’économie politique, contre l’économie politique critique qui ne comprend le socialisme que comme la continuation du capitalisme par d’autres moyens. Il nous faut renouer, d’un point de vue écologique, avec “la critique impitoyable de tout l’ordre établi”.
Philippe Aghion, prix Nobel de la bourgeoisie
Philippe Aghion est le nouveau prix Nobel d'économie. Il constitue la figure archétypale de la science économique, elle-même l'instrument scientifique de l'idéologie capitaliste. Elle est l'ennemie de la société amputée de la classe bourgeoise. Elle travaille contre elle dans l'intérêt de la bourgeoisie. Pour nous, elle est un adversaire redoutable, l'instrument mystificateur de justification de toutes les violences néolibérales. Voilà ce que récompense le prix Nobel d'économie.
Connaissances, lutte des classes, et stratégie politique : un éclairage par Lucien Goldmann
Chez Goldmann, la conscience possible devient l’instrument d’analyse privilégié de la vie sociale elle-même, car elle permet de saisir l’écart entre ce que les hommes pensent effectivement et ce qu’ils pourraient penser à partir de leur position dans le monde. Cet écart, loin d’être pure illusion, est le lieu même où se joue la transformation de la réalité.
Du métal sans Mittal
Nationaliser pour rompre, pas pour éponger
« Du métal sans Mittal » : à Dunkerque, la formule n’a rien d’un refrain mélancolique. Elle dit une nécessité politique immédiate, celle de la reprise en main, par l'Etat et les travailleurs, du contrôle sur leur outil de production. L’État intervient déjà massivement et structurellement dans la sidérurgie. La question est celle de son sens social : intervention pour qui, contre qui, et au profit de quel horizon productif.
Discussion au sujet de l'épistémologie marxiste – Retour sur les débats engagés par Norman Ajari
Trois choses peuvent être contestées à Ajari. La première est sa lecture de l’épistémologie marxiste. La deuxième est son attachement à un certain idéalisme, hérité des pensées décoloniales latino-américaines, de son approche psychologique du fait politique. La troisième, qui est la plus importante, est sa croyance dans l’inefficacité politique du marxisme, dont nous serions les témoins actuels.
Qu'est-ce que le racisme ?
J’ai souhaité clarifier les objections qui ont suivi ma communication sur le racisme, objections qui témoignent souvent d’un malentendu sur la consubstantialité de la race et du capitalisme. J’y rappelle que le racisme n’a aucune autonomie réelle : il n’est qu’un moyen au service des fins économiques du capitalisme, à l’image de la violence selon Engels. J’explique ensuite que la lutte antiraciste est prioritaire, car sans résolution des antagonismes raciaux, aucune unité de classe n’est possible ; mais qu’en dernière instance, l’abolition de la race dépendra de l’abolition de la bourgeoisie. Enfin, je réponds à l’accusation absurde selon laquelle je « blanchirais » Trần Đức Thảo, en montrant que sa pensée, loin de rompre avec l’universalisme, en propose une version dialectique et concrète, inséparable du marxisme. Au fond, toutes ces objections se cristallisent autour d’une seule question : comment penser le racisme en tant que produit historique du capitalisme, et comment s’en défaire ?
La gauche morale refuse de compter les noirs : nos sincères excuses à François Bégaudeau
Est apparue une stratégie nouvelle, chez une certaine gauche, qui consiste à qualifier de « gauche morale » toute critique interne à la gauche qui dénonce des agissements a minima problématiques, quand ils ne sont pas directement dangereux et contraires aux principes, valeurs et idées de la gauche. Retour critique sur un faux concept et ce qu'il recouvre.
“We will coup whoever we want”
“We will coup whoever we want” : ces mots d'Elon Musk, prononcés en 2020 après la chute du Gouvernement d'Evo Morales (dans laquelle les États-Unis ne sont pas tout à fait étrangers) résonnent aujourd'hui avec la situation vénézuélienne. À quoi joue le capitalisme états-unien à La Paz, Caracas (et peut-être demain à La Havane, à Bogota ou à Nuuk ?) ?
Que signifie "abolir la monnaie" ?
Le récent débat ouvert par la Paduteam sur l'abolition de la monnaie mérite un prolongement et une explication la plus claire et la plus pédagogique sur ce qu'elle est et sur les possibilités de sortie de la loi de la valeur.
Les profs sont-ils des collabos ?
Attaquer les profs est une stratégie assez classique à gauche. Les profs incarnent l’autorité, la discipline, la conformité à l’ordre, l’obéissance. Il y a presque quelque chose de militaire à l’école. « Quoi d’étonnant si la prison ressemble aux usines, aux écoles, aux casernes, aux hôpitaux, qui tous ressemblent aux prisons ? », questionne Foucault dans Surveiller et punir. Cette ressemblance entre les modes disciplinaires de ces institutions aux finalités pourtant si différentes est troublante. Les profs ne seraient-ils pas, dans le fond, des contremaîtres, des flics, des gardiens, des petits kapos ?
Travail du sexe et travail reproductif : l’angle mort du mouvement social
Clivante après plus de 150 ans de débats dans les luttes des femmes, la question du travail du sexe continue de diviser. Versant tantôt dans la réaction, tantôt dans le libéralisme, les organisations du mouvement social abandonnent une partie des classes laborieuses. Sous couvert d’abolitionnisme, ces mêmes organisations refusent de regarder la réalité en face et privent les travailleuses du sexe de la possibilité de construire un rapport de force face à l’Etat ; et privent, de fait, le reste de notre classe d’un front supplémentaire contre les exploiteurs.
Les Gilets Jaunes, l'Europe et la nation
Le soulèvement des Gilets Jaunes est la conséquence directe de décennies de libéralisme et d'austérité. Alors que tous nos présidents, y compris Macron, s'étaient engagés à lutter contre le chômage et la baisse du niveau de vie, force est de constater qu'ils n'ont même pas été en mesure de mettre en œuvre leurs timides promesses. Mais une question de fond reste posée : pourquoi tous les présidents n'ont-ils même pas pu mettre en œuvre leurs propres engagements ?
Panorama sociologique d'un « troisième tour social »
Il y a un an, les milieux populaires ont surgi spontanément dans l’espace public, avec des modalités de luttes et une endurance sans précédent dans l’histoire récente.Dans la mesure où les revendications et les valeurs implicites des « Gilets jaunes » ont heurté de solides intérêts et toute une conception néolibérale de la vie en société, on peut dire qu’on est en présence d’un mouvement autant social que politique, et plus précisément d’un « troisième tour social » qui signifie à la majorité actuelle qu’elle dispose de peu de légitimité auprès de la majorité de la population.
Du réel au virtuel, des ronds-points à Facebook, sociologie des Gilets jaunes.
Voici un an que le mouvement des Gilets jaunes a démarré, ouvrant la voie au plus spectaculaire mouvement social de la Ve République. Si celui-ci n’a pas su muter de la révolte à la révolution, nous postulons que cela tient en sa trop grande division. Ainsi, nous avons vu s’ériger, à mesure des semaines, une séparation de plus en plus marquée entre les Gilets jaunes des ronds-points et ceux présents en manifestation qui ont largement contribué à déplacer le combat sur le terrain virtuel des réseaux sociaux.
La répression n’éblouit pas les yeux des citoyens
Que l’on se souvienne un instant du XIXème siècle. En 1891, Ravachol, inaugure en France une vague d’attentats anarchistes qui perdura jusqu’en 1905, avec la tentative d’assassinat du roi d’Espagne et du président de la République. L’Etat prend peur, les inégalités sont au plus haut (les 10 % les plus riches touchent alors en France 45 % des revenus du pays), la population est mécontente, il faut agir, il faut obtenir la paix sociale, par la force, afin de protéger les biens de ceux qui « enrichissent » la France.
Gilets jaunes et lutte de classe
Pour certains chefs de files modernes de courants dits « populistes », il y a déjà une provocation à parler, dans une même phrase (a fortiori dans un seul titre) de gilets jaunes et de lutte de classe. Pour ces « penseurs », le concept de classe serait dépassé. Non pas qu’il n’ait pas été pertinent, autrefois, mais il ne l’est plus. Ce raisonnement sous-entend que le capitalisme a résolu de lui-même ses antagonismes de classe (une révolution mondiale a-t-elle eu lieu sans que nous n’ayons été mis au courant ?).
Editorial : Gilets Jaunes, un arrêt d'urgence
53 actes. 53 semaines de colères, de solidarité, d’espoir mais également de déception et de rancœur. Nous avons changé. Nous sommes désormais dans l’ère des crises et des révoltes. Même si nous ne l’avons pas vu venir, les « gilets jaunes » avaient été annoncés, promus même par les médias, et par beaucoup de politiciens. Le 17 novembre n’a surpris personne, c’est la suite qui elle fut complètement imprévisible. Du 17 novembre au 10 décembre 2018, le pays fut plongé dans un état de flottement proche du basculement.
Gilets jaunes : la révolution ne se fera pas en un an
"Qu'est-ce qu'un mouvement révolutionnaire ? Un mouvement incompatible avec l'ordre qui l'a vu naître. Le mouvement des gilets jaunes n’a rien à voir avec un mouvement syndical encadré et légitimiste. Il s’agit bien au contraire d’une lutte pour la légitimité politique."
Editorial : Pénurie d'Etat, état de pénurie
Depuis plusieurs décennies, le capitalisme s’est engagé dans une dynamique qui pourrait sembler contradictoire. D’un côté, il a méthodiquement détruit l’État social, fruit de luttes populaires et outil de régulation indispensable à la stabilité des sociétés industrielles avancées. D’un autre côté, cette « pénurie d’État » n’a pas conduit à l’abondance promise par les idéologues néolibéraux : elle a engendré un véritable « état de pénurie » généralisée.
L'Etat capitaliste
marasme économique, crise du capital, et revanche de la propriété étatique
La dynamique contemporaine du capitalisme mondialisé nous emmène dans des directions étonnantes. Qui aurait pu prédire qu’après quarante ans de néolibéralisme forcené, la propriété étatique ferait un retour fracassant sur la scène de l’économie mondiale et retrouverait une place centrale dans l’accumulation du capital ? C’est pourtant bien ce qu’il se passe.
Un autre monde, un autre chemin : le zapatisme
Le zapatisme n’est pas une nouvelle idéologie politique, ni un réchauffé de vieilles idéologies. Le zapatisme n’est pas, n’existe pas. Il se contente de servir, comme servent les ponts, pour traverser d’un côté à l’autre. C’est pourquoi, dans le zapatisme, tous ont leur place, tous ceux qui veulent traverser d’un côté à l’autre… Il n’y a ni recettes, ni lignes, ni stratégies, ni tactiques, ni lois, ni règlements, ni consignes universelles. Il y a seulement une aspiration : construire un monde meilleur, c’est-à-dire neuf. En résumé : le zapatisme n’appartient à personne, et pour cela, il est à tout le monde.
L'héritage politique de la Commune
On mesure l'importance d'un mouvement social en combinant le plus souvent plusieurs critères : sa durée, son ampleur, les idées nouvelles dont il est porteur, les transformations qu’il impacte, etc. Mais quels que soient les critères que l’on utilise, un mouvement social ne peut totalement s’y réduire. Il laisse dans la conscience collective une trace qui va au-delà des faits et qui l’apparente à une forme de mythe. Il en va ainsi pour la Révolution française, mais aussi pour la Commune, Mai 68, et sans doute à l’avenir pour le mouvement des Gilets jaunes.
D’une révolution à l’autre
A l’automne 2019, nous assistons au phénomène de surgissement simultané de mouvements insurrectionnels en différents points du globe. Partout s’exprime surtout la colère des classes moyennes et populaires contre leur dépossession économique et démocratique, ainsi que leurs désirs de justice sociale, de justice fiscale et de souveraineté réelle
Editorial : l'ère des crises
Dans son œuvre magistrale, l’historien John Eric Hobsbawm nomme la séquence historique 1789-1848 : l’ère des révolutions. C’est de cette analogie que ce numéro 2 de Positions est né.
« Nous voulons une révolution, ne nous obligez pas à la faire »
Lire de l’histoire c’est toujours un peu se doter d’une rêverie, d’un point d’appui, d’un imaginaire qui n’est pas exactement un mythe mais fait office de mythe, de récit qui nous aide à vivre et à savoir comment vivre et réfléchir, non pour répéter mais pour s’orienter, avancer, savoir ouvrir un chemin de traverse. L’histoire raconte des choses vraies mais malgré tout sélectionnées, construites dans un récit savant, des choses fictionnées par ce récit. Quels chemins de traverse peut offrir l’histoire des années qui ont précédé la Révolution française ?
Révolution : ne pas énerver
La révolution n’est pas un beau rêve que l’on réalise dans une nuit sacrée, elle est un combat de longue haleine qui se prépare mentalement, physiquement et politiquement. La révolution n’est pas seulement une irruption, elle n’est pas qu’un grand soir. Elle suppose une subversion radicale de nos manières de penser et d’agir, une sorte de révolution anthropologique qui bouleverse les mesures et les critères.
L’effet de grève
Poussé par une bourgeoisie dans l’impasse, consciente de ses difficultés et incapable d’appliquer la moindre régulation au capital, l’État macronien détruit la démocratie sociale. Une destruction facilitée par le recul de l'influence des organisations révolutionnaires [...] Il nous semble que l’enjeu pour les organisations progressistes est de se donner les moyens de construire des propositions et des actions visant à affirmer la souveraineté des travailleurs sur la production.
Les grèves de 1936 et leurs suites
11 mai 1936. En France, le temps semble en suspens. Au second tour des élections législatives qui a eu lieu la semaine précédente, le Front populaire [...] l’a emporté assez largement, avec près de 58 % des voix. C’est alors qu’éclatent d’importantes grèves. Retours sur les événéments.
1968, essai d'historiographie subjective
A partir d’une réflexion de départ sur le rapport entre mémoire et histoire autour du moment 1968 en France, il s'agit ici d'élaborer une histoire sociale de l’événement en s’appuyant sur l’usage des sources écrites et audiovisuelles et en passant par un examen attentif des textes, des paroles et des actes des protagonistes de tous bords.
Les Gilets jaunes, une « jacquerie moderne » ?
La Jacquerie porte avec elle un imaginaire puissant, celui d'un soulèvement populaire spontané, éruptif, que l'on a pu réinvoquer lors du mouvement des Gilets jaunes à propos d'un mouvement social unique depuis 1968. Mais derrière le mythe orientant le débat public, Isabelle d'Artagnan, docteur en histoire médiévale, rappelle quels étaient les véritables enjeux historiques de ce qui se joua entre 1356 et 1358.
Editorial : Que vive la grève !
Dans ce numéro, nous avons cherché à comprendre à travers divers exemples historiques, ce en quoi consiste une grève, réussie ou défaite. Ses conditions de production, de naissance et de mort, doivent nous servir à éclairer notre actualité et à tracer les sillons de notre futur.
Quelles perspectives pour un parti de masse ?
Quelques pistes de réflexion
L’ambition d’un parti de masse devra être de s’inscrire dans les classes populaires et de vivre de leur vitalité propre afin de pouvoir construire une organisation véritablement révolutionnaire.
L'amour, François Bégaudeau
Tout l’enjeu du roman peut se résumer à cette phrase : comment rendre compte d’une histoire d’amour sur le long terme en moins de 100 pages ? A une époque où la durée moyenne d’un mariage est d’environ 15 ans, ce livre a le mérite d’éveiller la curiosité.
« La Guerre sociale en France. Aux sources économiques de la démocratie autoritaire » de Romaric Godin
Romaric Godin, journaliste économique à Médiapart, vient de publier un ouvrage de combat contre le néolibéralisme macronien.
Le syndrome de Pierre l’Ermite, Critique de "Rester barbare" de Louisa Yousfi
“Rester barbare” de Louisa Yousfi est un livre original, tout à la fois essai de théorie politique, commentaire culturel et œuvre poétique, il propose aux descendants de l’immigration postcoloniale un “récit stratégique” ayant pour ambition de guider la lutte antiraciste. Construire un récit d’identification « indigène » dans une perspective de lutte antiraciste a donc sa pertinence dépendamment des potentialités qu’il ouvre. C'est ce que nous allons juger ici.
Dernière sommation
Dans Dernière sommation, un roman haletant et fascinant, David Dufresne revient sous une forme semi-fictionnelle sur son expérience du mouvement Gilet jaune sous les traits d’Etienne Dardel, ex-journaliste écœuré par un univers médiatique corrompu et un monde politique en déliquescence.
La louve noire
Elle est louve dans notre regard. Elle est noire dans le leur. Nous voyons son combat. Ils ne voient que ses origines. Ethniques, géographiques, sociales, tribales. Arrachons le masque noir pour démasquer le regard blanc.
Un dîner presque parfait
Suicidée d’un cri, pour accoucher d’un silence
On crève d'enseigner. On crève de travailler. Au sein de l'éducation nationale, il existe une omerta terrible sur la souffrance au travail sous-estimant amplement les dépressions et les suicides. Christine Renon s'est donnée la mort, épuisée d'avoir donnée sa vie à une institution qui ne reconnut jamais son existence.
Unir les leurs, briser les nôtres
La politique c’est aussi unir les siens et diviser les autres. Cette mesure raciste n’est pas une diversion. Elle a pour effet politique de réunir la droite et de diviser la gauche à partir du racisme.
Tribune : Que brûle la colère
Il est du devoir de la gauche, et de toutes celles et ceux qui s’en revendiquent, sans fausse conscience, sans racisme sous oripeaux souverainistes, de se tenir aux côtés de tous les Nahel de France qui brûlent de l’oubli qu’il leur a été fait, de ce qu’ils sont et de ce qu’ils vivent.
La Grande peur
Ce système s’essouffle. Le bloc bourgeois, pourtant unifié et immensément puissant, est en décrépitude. Il ne survit qu’à la faveur de forces de l’ordre dont la servilité et la déconnexion psychologique avec la population étonne. Cela ne durera pas.
L’impasse Viktorovitch : une rhétorique creuse pour une crise béante
Star de l’analyse politique sur les réseaux, Clément Viktorovitch entend s’imposer dans le débat intellectuel. Sous des airs de pamphlet anti-Macron, son livre "Logocratie" recycle un vieux fantasme centriste : celui d’une démocratie harmonieuse et rationnelle, subitement trahie par des démagogues venus fausser les règles du jeu.
Face à la crise du capitalisme : la militarisation de l’enseignement
Dans un contexte de crise avancée du capitalisme, la militarisation de l'enseignement devient un enjeu central. La création des Classes de défense et de sécurité globale répond à un triple objectif : rappeler le pouvoir de la force et de l’ordre à des publics considérés comme problématiques ; recruter des effectifs pour l’armée en offrant un débouché dans des zones géographiques frappées par le chômage ; préparer les esprits et les corps à la guerre. Elles annoncent à la fois un retour à la conscription et au conditionnement imposé des forces vives et un tournant économique et idéologique.
Nous défendons la grève générale
Nous ne renverserons ni n'affaiblirons le capitalisme par la mollesse. Nous ne le renverserons pas non plus par la lutte désorganisée. Nous ne le renverserons que par la pratique concrète du mouvement social, par la mise en pratique concrète des idéaux formels que la bourgeoisie ne voudra, ni ne pourra, jamais réaliser. C'est pourquoi, le 10 septembre et les jours qui suivront, nous défendons la grève générale.
Fausse redistribution, vraie pacification : critique marxiste de la taxe Zucman
Il est une constante dans l’histoire récente de la gauche : sa tendance maladive à se chercher des prophètes de substitution, des oracles économiques censés délivrer enfin la recette de la justice dans le cadre du capitalisme. Tous nous assurent qu’il suffira d’un impôt progressif, d’une taxe mondiale, d’une ponction sur les milliardaires pour que l’égalité redevienne possible.
Philippe Aghion, prix Nobel de la bourgeoisie
Philippe Aghion est le nouveau prix Nobel d'économie. Il constitue la figure archétypale de la science économique, elle-même l'instrument scientifique de l'idéologie capitaliste. Elle est l'ennemie de la société amputée de la classe bourgeoise. Elle travaille contre elle dans l'intérêt de la bourgeoisie. Pour nous, elle est un adversaire redoutable, l'instrument mystificateur de justification de toutes les violences néolibérales. Voilà ce que récompense le prix Nobel d'économie.
La gauche morale refuse de compter les noirs : nos sincères excuses à François Bégaudeau
Est apparue une stratégie nouvelle, chez une certaine gauche, qui consiste à qualifier de « gauche morale » toute critique interne à la gauche qui dénonce des agissements a minima problématiques, quand ils ne sont pas directement dangereux et contraires aux principes, valeurs et idées de la gauche. Retour critique sur un faux concept et ce qu'il recouvre.
Marx et l'individu : contre les pièges du structuralisme et de la psychanalyse
C’est un lieu commun de l’antimarxisme que de dénoncer son mépris théorique pour l’individualité. Si les adversaires du marxisme reconnaissent sa capacité à produire des analyses critiques des phénomènes sociaux, il est critiqué pour ce qui serait un manque criant de son système de pensée : l’individu. Pour comprendre à la fois l’individualité et le développement historique, il faut saisir l’unité concrète entre histoire et individus, entre structures et sujets.
Fausse redistribution, vraie pacification : critique marxiste de la taxe Zucman
Il est une constante dans l’histoire récente de la gauche : sa tendance maladive à se chercher des prophètes de substitution, des oracles économiques censés délivrer enfin la recette de la justice dans le cadre du capitalisme. Tous nous assurent qu’il suffira d’un impôt progressif, d’une taxe mondiale, d’une ponction sur les milliardaires pour que l’égalité redevienne possible.
Non, les chars russes ne sont toujours pas à Paris !
Depuis 2022 et l’invasion de l’Ukraine par la Russie, on entend régulièrement des voix s’élever s’inquiétant de la menace d’une attaque du Kremlin contre le reste de l’Europe. Face à la terrible armée Russe, les Européens seraient démunis et devraient multiplier leurs dépenses militaires pour faire à ce défi. Seule une menace concrète et réelle pourrait éventuellement justifier une telle militarisation de la société et il convient donc de se demander si l’ours Russe ne serait pas un tigre de papier.
US Go Home : la guerre, éternelle solution impérialiste à la crise ?
Qu’importent les mensonges du pouvoir états-unien, la situation est limpide : pour le profit de leurs compagnies, la rentabilité de leur modèle économique et parce que le gouvernement vénézuélien a résisté à la domination états-unienne, Washington mène contre l’Etat et le peuple du Venezuela une guerre meurtrière et criminelle.
D'un barrage l'autre
À l'impasse politique et institutionnelle issue du 7 juillet, s'ajoute maintenant une impasse culturelle. Ces deux impasses maintiennent en vie Macron et son monde, empêchant ainsi aux forces progressistes d'accéder au contrôle de la société. Cette impasse sera résolue lorsque la vision progressiste sortira d'une simple vision abstraite, esthétique et passagère, pour devenir concrète et permanente.
« Le contrôle ouvrier peut prendre une multitude de formes, du contrôle sur les cadences, à la « socialisation de l’entreprise », il contribue à redonner un sens politique au travail. »
entretien avec Juan Sebastian Carbonell
Juan Sebastian Carbonell est chercheur en sciences sociales du travail, dans son dernier essai Le futur du travail, aux éditions Amsterdam, il détail les évolutions du monde du travail, sur le plan technique mais également sur le plan des rapports sociaux et de l'accroissement de l'exploitation.
Orthodoxie contre dogmatisme : Lukács contre le post-marxisme universitaire
En 1923, dans Qu’est-ce que le marxisme orthodoxe ?, Georg Lukács pose les bases d’une lecture rigoureuse du matérialisme historique, insistant sur le fait que l’orthodoxie marxiste ne se définit pas par l’adhésion à un corpus dogmatique de thèses, mais par la fidélité à un cadre théorique et épistémologique : la dialectique matérialiste. Cette position, loin d’être une simple querelle théorique, garde une actualité brûlante face aux dérives contemporaines du post-marxisme universitaire, qui fragmente l’analyse sociale et dilue le projet révolutionnaire dans un éclectisme stérile.
Connaissances, lutte des classes, et stratégie politique : un éclairage par Lucien Goldmann
Chez Goldmann, la conscience possible devient l’instrument d’analyse privilégié de la vie sociale elle-même, car elle permet de saisir l’écart entre ce que les hommes pensent effectivement et ce qu’ils pourraient penser à partir de leur position dans le monde. Cet écart, loin d’être pure illusion, est le lieu même où se joue la transformation de la réalité.
Désembourgeoiser l'école maternelle
entretien avec Fabienne Montmasson-Michel
Fabienne Montmasson-Michel est sociologue à l'université de Poitiers, enseignante à l'Inspé et chercheuse au Gresco. Elle vient de sortir Petite histoire de la maternelle (La Dispute (2025), ouvrage dans lequel elle fait la généalogie historique et politique de cette institution. A cette occasion, nous l'avons interrogée pour comprendre quels enjeux traversent l'institutionnalisation de l'éducation des jeunes enfants et quels sont les sujets collectifs derrière.
Editorial : Gilets Jaunes, un arrêt d'urgence
53 actes. 53 semaines de colères, de solidarité, d’espoir mais également de déception et de rancœur. Nous avons changé. Nous sommes désormais dans l’ère des crises et des révoltes. Même si nous ne l’avons pas vu venir, les « gilets jaunes » avaient été annoncés, promus même par les médias, et par beaucoup de politiciens. Le 17 novembre n’a surpris personne, c’est la suite qui elle fut complètement imprévisible. Du 17 novembre au 10 décembre 2018, le pays fut plongé dans un état de flottement proche du basculement.
Editorial : Pénurie d'Etat, état de pénurie
Depuis plusieurs décennies, le capitalisme s’est engagé dans une dynamique qui pourrait sembler contradictoire. D’un côté, il a méthodiquement détruit l’État social, fruit de luttes populaires et outil de régulation indispensable à la stabilité des sociétés industrielles avancées. D’un autre côté, cette « pénurie d’État » n’a pas conduit à l’abondance promise par les idéologues néolibéraux : elle a engendré un véritable « état de pénurie » généralisée.
Editorial : l'ère des crises
Dans son œuvre magistrale, l’historien John Eric Hobsbawm nomme la séquence historique 1789-1848 : l’ère des révolutions. C’est de cette analogie que ce numéro 2 de Positions est né.
« C’est ça la gauche, à mes yeux : c’est ne perdre personne. »
entretien avec Kaoutar Harchi
Kaoutar Harchi est écrivaine et chercheuse en sociologie, associée au Cerlis (Centre de recherche sur les liens sociaux). Elle a publié plusieurs essais et romans, dont le dernier, Comme nous existons, a paru chez Actes sud en août 2022. Nous l’avons interviewée sur sa vision de la « gauche » et du projet qu’elle doit porter.
« On a besoin d'un discours qui valorise les victimes du capitalisme et leur donne fierté et unité. »
entretien avec Nicolas Framont
Nicolas Framont est un des fondateurs du magazine en ligne Frustration. Nous l'avons interrogé sur son analyse des forces politiques en place, et plus particulièrement, sur les perspectives possibles pour la « gauche ».
« S'il existe encore un barrage pseudo-républicain en France, c'est désormais contre la gauche antilibérale »
entretien avec Stefano Palombarini
Stefano Palombarini est économiste et maître de conférences à l'Université Paris VIII. Avec Bruno Amable, il est le premier à avoir saisi le bloc bourgeois qui se constituait en 2017 autour d’Emmanuel Macron, nous avons été l’interviewer pour savoir si cette lecture était encore valable aujourd’hui, ou s’il fallait réanalyser les rapports de force politiques.
# Une vie d'étudiante en médecine
J’ai débuté des études de médecine car je voulais faire un métier alliant l’utilité sociale, les sciences, et le contact humain. Je n’avais pas de médecins dans mon entourage proche et j’avais une vision assez idéalisée des études et du métier.
« La question de l’incarcération n’est pas celle du mieux enfermer ou moins enfermer, mais c’est celle de ne plus enfermer. »
entretien avec Gwenola Ricordeau
Gwenola Ricordeau est professeure associée en justice criminelle à la California State University, Chico. Elle a publié Pour elles toutes. Femmes contre la prison (Lux éditeur, 2019) et récemment 1312 raison d’abolir la police (Lux éditeur 2023) et, en collaboration avec Joël Charbit et Shaïn Morisse brique par brique, mur par mur (Lux éditeur, 2024).
# Une vie d’assistant opérateur
Il y a toujours cette idée selon laquelle on fait un film toutes et tous ensemble. Et donc qu’on est un peu dans le même bateau. Cette philosophie explique et justifie les conditions difficiles de travail. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai entendu la phrase : “On doit chacun y mettre du sien” dès lors que je dénonçais un laxisme de la part de la production et des conditions de travail impossibles.
# Une vie d'animatrice de quartier
Toute jeune diplômée d’un master en “communication et développement des territoires”, après avoir enchaîné stage et service civique doublé d’un contrat d’assistante d’éducation en collège (va vivre et te loger avec une indemnité de service civique à Paris), je trouve la perle rare : mon premier vrai boulot dans une ville du 93.
# Une vie d'employée polyvalente
J’ai 22 ans, j’ai eu mon Bac en 2020 en contrôle continu, en plein Covid. A ce moment-là, je vivais une situation familiale compliquée et je n’avais aucune idée de ce que je voulais faire de ma vie. Après un an à chercher sans trouver, je décide donc de m’inscrire dans une agence d’intérim, histoire de me faire un peu d’argent en attendant de trouver ma voie.
# Une vie de paysan
Tué par les gendarmes le 20 mai 2017, Jérôme Laronze était éleveur bovin en Saône-et-Loire. Dans ce texte qu’il a écrit et envoyé à la presse, pendant qu’il était seul et traqué par les gendarmes et donc peu de temps avant son assassinat, il relatait l’acharnement administratif qu’il a subi et ses combats contre la traçabilité, un des outils de l’écrasement planifié des paysans.
# Une vie de professeure des écoles
Septembre 2015. Première rentrée, j'ai 23 ans. "les professeurs stagiaires ne seront pas placés sur des écoles difficiles ou dans des classes à double niveau pour leur faciliter l'entrée dans le métier" : je suis nommée en classe de CE1-CE2 dans une "école à aider", la classe est difficile avec un enfant autiste. Je travaille jusqu'à 21h30, le week end et les vacances pour préparer ma classe. En janvier je veux déjà démissionner.
# Une vie d'agent de tri polyvalent
Si le récit de ma première expérience professionnelle s’achève en mars 2022, il pèse encore de tout son poids sur ma vie personnelle. Cette expérience débute au mois d’avril 2017 et va durer 4 ans et demi, emportant mes études et une partie de ma santé physique et psychique.
À propos du 9 juin. Des jours d’avant et des jours d’après
Une tribune d'Olivier Mateu
Pour un premier mai unitaire, populaire et progressiste : le pain, la paix, la liberté !
La situation devient critique. Chaque jour un peu plus le mode de production capitaliste montre les effets de sa crise. Chaque jour il détruit un peu plus les conditions d'existence de ceux qu'il exploite. Chaque jour il se déploie dans la guerre et l'impérialisme.
# Une vie de prof
Je suis prof d’histoire-géo, dans un petit collège rural au sein d’une région viticole. J’enseigne sur trois niveaux. C’est un collège sympathique, on est une quarantaine de profs, dont certains sont à cheval sur deux voire trois établissements, les gamins sont issus de familles de classes moyennes ou populaires. Ce sont des enfants plutôt respectueux, encore imprégnés d’une forme de respect traditionnel dans le monde rural pour l’institution scolaire...
# Une vie de livreur chez Domino's pizza
Je suis étudiant aux Beaux-Arts. J'avais déjà fait un master en Direction Artistique, mais je m'ennuyais trop, beaucoup trop de com', de travaux peu qualitatifs. Je m'étais juré que si je rentrais dans ce milieu, ce serait avant tout pour faire des choses dont je suis fier, pas pour recopier bêtement la dernière tendance Instagram.
« L’hégémonie néolibérale ne se défait pas dans l’espace d’une élection. »
entretien avec Stefano Palombarini, saison 2
Stefano Palombarini est économiste et maître de conférences à l’Université Paris VIII. Il a publié La Rupture du compromis social italien (éditions du CNRS, 2001) et, avec Bruno Amable, L’Économie politique n’est pas une science morale (Raisons d’Agir, 2005) et L’illusion du bloc bourgeois (Raisons d’agir, 2017). Ayant été, avec Bruno Amable, le premier à avoir saisi le bloc bourgeois qui se constituait en 2017 autour d’Emmanuel Macron, nous l’avons interviewé pour savoir si cette lecture était encore valable aujourd’hui, ou s’il fallait réanalyser les rapports de force politiques. Seconde partie.
Tenir la situation, de la nécessité de comprendre le moment politique
Non par efficacité, non par utilité, mais par cohérence et nécessité, à Positions nous voterons L’Union populaire.
« L'interdisciplinarité n'est pas une option, mais une nécessité absolue »
entretien avec Bernard Lahire
Bernard Lahire, sociologue et directeur de recherche au CNRS, vient de publier Les structures fondamentales des sociétés humaines (La Découverte, 2023). Cet essai est un tournant dans la manière de concevoir la recherche en sciences sociales. Suite à ce livre majeur et nécessaire, nous avons décidé de l'interroger sur les thèmes d'interdisciplinarité, de refus du constructivisme absolu et de retour au matérialisme.
« Sortir de la naturalisation de la souffrance au travail, c’est, contre cette classe dirigeante, engager le fer sur le contenu même du travail »
entretien avec Bernard Friot
Bernard Friot est un marxiste iconoclaste. Dans son œuvre il n'hésite pas à prendre des écarts avec le marxisme orthodoxe, notamment sur la valeur ou sur le travail. En parallèle il réactive la vision fondamentale marxiste du mouvement communiste et de l'activité des classes sociales, de toutes les classes sociales dans le processus historique. Nous lui devons le fait que communiste peut encore est un projet concret et attractif. Son dernier ouvrage Prenons le pouvoir sur nos retraites(La Dispute, 5 février 2023) donne un aperçu lisible de ce projet pensé par Bernard Friot. Une œuvre indispensable.
# Une vie de modérateur
C’est dimanche et il faut que j’aille au boulot. Je ne sais pas encore que c’est ce dimanche que je vais regarder un homme habillé d’une combinaison orange être brûlé vif dans une cage. Je ne sais pas encore, à 8 heures du matin, que je vais regarder cette vidéo en entier, et ensuite fixer le vide pendant une dizaine de minutes et recommencer à travailler.
# Une vie de magasinier au CROUS
J’ai été embauché en septembre 2023 en tant que magasinier dans un restaurant universitaire du Crous, pour un CDD de 2 mois renouvelable. Je connaissais déjà la réputation du Crous, je savais que je mettais les pieds dans un bordel sans nom, et je ne comptais pas y rester toute ma vie mais cela s’avéra pire que ce que je pensais…
# Une vie de pigiste
Dans le journalisme, il y a ce mode de rémunération ingrat que l’on nomme « la pige », où l’on est payé à la tâche. Qu’elle soit subie ou voulue, cette condition rime généralement avec précarité, et la variabilité des revenus selon les mois pousse souvent celles et ceux qui pratiquent la pige à rester inscrits à France Travail afin de pouvoir cumuler activité et droits au chômage.
# Une vie de serveuse en restauration
2018, je suis en seconde, je vais avoir 16 ans en avril et je pense déjà à travailler durant l’été pour me faire un peu d’argent. Mon frère, plus âgé, a déjà travaillé dans un restaurant pas loin de chez moi. Je me rends donc là-bas et on me dit que je peux venir faire un essai quelques semaines/jours avant mon anniversaire. J’ai donc encore 15 ans, mais ça m’arrange bien, je me dis que je vais me faire de l’argent.
« Il n’y a plus aucune promesse de progrès social compatible avec les réformes néolibérales »
entretien avec Bruno Amable et Stefano Palombarini
Bruno Amable et Stefano Palombarini sont économistes, l'un est professeur à l'université de Genève et l'autre maître de conférences à l’Université Paris VIII. Il ont récemment coécrit Blocs sociaux, conflits et domination : Pour une économie politique néoréaliste (Raison d'agir, 2024). A cette occasion, nous les avons interrogé sur leur lecture des dynamiques politiques actuelles à la lueur de la crise que rencontre le néolibéralisme.
# Une vie de commis de cuisine
Dans ma tête, devenir cuisinier, ça se justifiait comme ça : « J’ai toujours été naze à l’école, je serai incapable de faire des études dites supérieures, l’école me l’a fait comprendre, mes proches me l’ont fait comprendre ; je m’en suis aussi beaucoup persuadé. Alors, la cuisine ça ira sûrement, je serai en alternance, j’aurai un salaire, je trouverai une forme d’indépendance, ça ira, j’en suis sûr. ».
« Un programme de gauche ne mobilisera que des gens qui estiment qu'ils respireront mieux dans un monde plus égalitairement libre. »
entretien avec Michel Feher
Michel Feher est un philosophe qui a notamment travaillé sur la politique migratoire sous le mandat de Nicolas Sarkozy, sur l'avènement du capitalisme financier et en 2024, est paru son dernier livre : Producteurs et parasites. L'imaginaire si désirable du Rassemblement national dans lequel il développe la notion de producérisme et l'imaginaire politique que celle-ci sous-tend. A l'occasion de cet entretien, nous l'avons interrogé sur les possibilités de combattre cette imaginaire et de lui opposer un autre imaginaire, cette fois-ci égalitaire.
# Une vie de bergère
Hier, j'ai passé un « entretien d'embauche », et tant que c’est frais, je me suis dit qu’il fallait que ce soit relaté.
# Une vie d'ouvrier du bâtiment et de mécanicien
J'ai 33 ans, je vois le jour dans le 79 dans un bled trop gros pour être considéré à la campagne et trop petit pour être une ville. Mon père est cheminot et syndicaliste de la CGT et au conseil des prud’hommes tandis que ma mère est au foyer et fait quelques boulots d'intérim pour palier quand c'est la galère ou quand les grèves sont trop longues et qu'il n’y a plus d'argent. Voici mon récit.
Reconstruire le mouvement communiste au delà du PCF et du MJCF
Un regard critique sur ce que nous avons vécu, et sur ce qu’il reste à faire.
#Une vie de technicien dans l’archéologie préventive
Ça fait une douzaine d’années que j’écume le milieu de l’archéologie préventive. De façon anecdotique, je dirais que je me suis retrouvé dans ce milieu parce que j’ai vu de la lumière et que je suis rentré. Au départ, j’ai suivi une formation professionnelle industrielle, un CAP et un bac pro. C’était il y a 20 ans.
# Une vie de développeur informatique
Voilà bientôt un an que j’ai fini ma reconversion pour devenir développeur web et j’ai la gnaque. Alors, quand il me propose de venir l'aider sur des projets, en complément de mon travail, j'accepte. Ça paraissait être un bon deal.
# Une vie de saisonnière
Il est cinq heures, Paris s’éveille. Il est sept heures, je m’éveille. Je m’éveille dans une caravane pourrie, qui sent le chaud et la moisissure. J’ai 17 ans, on est début août, je dors sur un matelas en mousse, et je prends une grande inspiration pour profiter des quelques heures de fraîcheur avant la fournaise.
# Une vie en intérim dans un parc d'attraction
Pendant environ 2 ans, j’ai travaillé dans la restauration dans un parc d’attraction. Je n’étais pas formé à la cuisine, j’avais une licence et un master en sciences sociales. En parallèle de tout ça, j’étais en début de transition, avec les galères administratives et les errances médicales que ça impliquait.
« Il faut s’interroger sur les modalités par lesquelles les mutations récentes du capitalisme participent à la solidification de l’extrême droite. »
entretien avec Félicien Faury
Félicien Faury est sociologue et politiste et vient de sortir Des électeurs ordinaires: Enquête sur la normalisation de l'extrême droite au Seuil (2024). Nous l'avons interrogé pour comprendre les ressorts du vote RN et pour déterminer quel contre-projet opposer à celui proposé par l'extrême-droite.
# Une vie de technicien de l'audiovisuel
Ces 6 derniers mois j’ai travaillé au sein d'une Université, mon établissement de formation jadis, en tant que technicien audiovisuel. J’ai rejoint l’équipe des BIATSS (Personnels des bibliothèques, Ingénieurs, Administratifs, Techniques, pédagogiques, Sociaux et de Santé) de la faculté de droit en mai 2025.
# Une vie dans l’associatif
Après une L1 réussie de peu, deux L2 ratées en plein confinement, je lâche tout sur un coup de tête et je me lance dans un service civique dans un café associatif. J’y découvre un monde nouveau : le monde de l’associatif et avec, le burn-out.
# Une vie de doctorant
J'ai vu des collègues se noyer dans le travail et arrêter leur thèse. J'ai vu des collègues méprisés par leur directeur de recherche. J'ai vu des doctorants s'isoler en silence jusqu'à ce qu'on apprenne leur départ. J'ai vu des doctorants tomber lourdement malades. J'ai vu des doctorants vriller en plein vol par crainte de ne jamais pouvoir avoir d'enfant. J'ai vu, entre autres causes, des doctorants arrêter faute de débouchés. Perdu entre l’espoir futur de devenir Maître de conférences et le surmenage institutionnalisé, le docteur survit mais ne vit jamais.
# Une vie d'ingénieure dans le bâtiment
En 2014, je réalise mon stage de fin d’année dans un bureau d’études Fluide qui me propose un poste en CDI directement après l’obtention de mon diplôme d’Ingénieure, que j’accepte avec d’autant plus de plaisir que tout s’était très bien passé et qu’il y avait une bonne ambiance dans l’entreprise. Tout le monde est disponible pour me former et pour m’apporter son expérience, j’apprends vite et passe rapidement sur un poste de Chargée d’Etudes sur un projet défini.
# Une vie de caissière en librairie
En 2017, j'obtiens ma licence LLCER espagnol. J'avais dans l'idée de faire de la traduction littéraire et il fallait poursuivre en master. Sauf que ça me demandait d'aller dans une autre ville et je commençais à saturer des villes. En 2018, j'ai réussi à être embauchée dans une librairie qui me plaisait et l'environnement littéraire me permettait de rester proche de ma licence et de mes aspirations. La chute n'en a été que plus violente.
# Une vie d'opératrice dans un centre d’appels
Je cherche un taf que je peux oublier dès que j’ai posé le pied en dehors de l’entreprise. « Banco ! » me dit le chef. Eloxal ça s’appelle. Ils prennent des rendez-vous téléphoniques pour des cabinets médicaux. On ne doit pas mentir mais on ne doit quand même pas dire aux patients qu’on n’est pas des vrais secrétaires et que le toubib on ne l’a jamais vu de nos yeux. Numéro d’équilibriste. Scripts. Chronométrage.
# Une vie de mathématicien itinérant
Je suis contractuel dans la recherche en mathématiques appliquées depuis une dizaine d’années maintenant. Je fais partie de cette multitude de petites mains plus ou moins invisibles qui font tourner la recherche publique et qu’on range sous les fiches de postes « ingénieur d’étude », « ingénieur de recherche » et beaucoup plus rarement sous des postes ouverts aux post-doctorants.
# Une vie de travailleuse sociale
J’ai bientôt trente ans et voilà neuf ans que je suis travailleuse sociale. Les institutions tiennent parce que les professionnels absorbent ce qui déborde : la violence, l’urgence, les manques, et parfois les contradictions mêmes du système. Dans ce cadre, le travail social ne fonctionne pas malgré ses défaillances : il fonctionne à travers elles. La DRESS souligne qu’un éducateur sur deux se reconvertit au bout de 9 ans d’exercice. La question qui m’habite est : vais-je dépasser cette date de péremption ?
# Une vie dans la recherche française
Partout où je suis passé, j’ai travaillé dur pour étoffer des dossiers et monter des projets, et à chaque fois, on m’a évincé, en gardant mes recherches et mes idées, et en les poursuivant sans moi. Ce témoignage est le récit de mon expérience au sein de l'Université française.
# Une vie de réceptionniste
Je pensais faire ça quelques mois, mettre de l'argent de côté, puis reprendre mes études. On est en 2026. Ça fait six piges. C’est un travail mécanique, avec peu de marge de manœuvre. Soit il ne se passe rien et on attend seul derrière un comptoir, soit tout arrive en même temps et on encaisse les problèmes des autres. On travaille la nuit, les weekends, les jours fériés, pour un salaire qui ne correspond pas à ce que ces horaires coûtent réellement. On peut faire ce métier dignement. On peut même l’aimer. Mais je ne vais pas mentir : moi, cette place me pèse.
# Une vie d'ouvrier agricole
Il fallait absolument que je me barre de chez mes parents, je ne voulais plus habiter là-bas, l'idée de retourner morner chez eux, coincé dans cette petite ville, me glaçait le sang. J'y avais déjà passé trop de temps, et l'expérience de vivre loin était grisante, aucun membre de la famille n'ayant jamais travaillé dans une autre région. Quand je leur ai dit que j'avais un entretien à 500 kilomètres, ils n'étaient pas très contents et trouvaient ça discutable de partir aussi loin juste pour trouver un poste. Moi je voulais partir à l'aventure, alors j'ai pris la route.
# Une vie dans un studio de jeux vidéo
J'ai été embauché dans un studio de jeux vidéo indépendant français qui avait pour objectif de produire un jeu AA (jeu à budget moyen). Une des pires expériences de travail de ma vie.
« L'Iran a fait évoluer le rapport de force stragégique en sa faveur dans ce conflit »
entretien avec Thierry Coville
Thierry Coville est chercheur à l’IRIS, spécialiste de l’Iran. Docteur en sciences économiques, il effectue depuis près de vingt ans des recherches sur l’Iran contemporain. Il a notamment publié, en 2022, L'Iran, une puissance en mouvement, aux éditions Eyrolles. Pour analyser les dynamiques de la guerre opposant l’Iran à Israël et les Etats-Unis, nous l’avons interrogé pour déterminer quels enseignements nous pouvions en tirer. Entretien réalisé en juillet 2026.
Comment les enseignants aux Etats-Unis s’organisent et font grève pour le bien commun
Depuis 2018, d’abord à Chicago, puis dans les Etats pourtant très marqués droite et enfin à Los Angeles, le monde enseignant a réussi à mener des batailles victorieuses, tant au niveau de la revalorisation salariale que sur le plan des conditions de travail, la taille des classes, les modalités de contrôle tout en remettant en cause le modèle scolaire élitiste et entrepreneurial.
« La Guerre sociale en France. Aux sources économiques de la démocratie autoritaire » de Romaric Godin
Romaric Godin, journaliste économique à Médiapart, vient de publier un ouvrage de combat contre le néolibéralisme macronien.
Panorama sociologique d'un « troisième tour social »
Il y a un an, les milieux populaires ont surgi spontanément dans l’espace public, avec des modalités de luttes et une endurance sans précédent dans l’histoire récente.Dans la mesure où les revendications et les valeurs implicites des « Gilets jaunes » ont heurté de solides intérêts et toute une conception néolibérale de la vie en société, on peut dire qu’on est en présence d’un mouvement autant social que politique, et plus précisément d’un « troisième tour social » qui signifie à la majorité actuelle qu’elle dispose de peu de légitimité auprès de la majorité de la population.
François Bégaudeau, Nietzsche et la morale de ressentiment
La thèse défendue ici est que Bégaudeau s'approprie les théories nietzschéennes écrites contre la morale chrétienne pour les réduire à un système qui fait des mécanismes singuliers de cette morale les soubassements de toute espèce de morale. Cela lui permet d'opposer systématiquement la morale aux faits, dans une démarche positiviste assez naïve.
Trần Đức Thảo et l'union des Beaufs et des barbares
Prolétaires blancs et racisés partagent des intérêts de classe objectifs communs. Mais prolétaires blancs et bourgeois blancs partagent des intérêts de race objectifs communs. C'est pourquoi il est nécessaire d'abolir la race ; avant même d'imaginer pouvoir abolir la classe. Dans une perspective révolutionnaire, la lutte contre le racisme est absolument prioritaire.
Nous défendons la grève générale
Nous ne renverserons ni n'affaiblirons le capitalisme par la mollesse. Nous ne le renverserons pas non plus par la lutte désorganisée. Nous ne le renverserons que par la pratique concrète du mouvement social, par la mise en pratique concrète des idéaux formels que la bourgeoisie ne voudra, ni ne pourra, jamais réaliser. C'est pourquoi, le 10 septembre et les jours qui suivront, nous défendons la grève générale.
Philippe Aghion, prix Nobel de la bourgeoisie
Philippe Aghion est le nouveau prix Nobel d'économie. Il constitue la figure archétypale de la science économique, elle-même l'instrument scientifique de l'idéologie capitaliste. Elle est l'ennemie de la société amputée de la classe bourgeoise. Elle travaille contre elle dans l'intérêt de la bourgeoisie. Pour nous, elle est un adversaire redoutable, l'instrument mystificateur de justification de toutes les violences néolibérales. Voilà ce que récompense le prix Nobel d'économie.
Discussion au sujet de l'épistémologie marxiste – Retour sur les débats engagés par Norman Ajari
Trois choses peuvent être contestées à Ajari. La première est sa lecture de l’épistémologie marxiste. La deuxième est son attachement à un certain idéalisme, hérité des pensées décoloniales latino-américaines, de son approche psychologique du fait politique. La troisième, qui est la plus importante, est sa croyance dans l’inefficacité politique du marxisme, dont nous serions les témoins actuels.
Qu'est-ce que le racisme ?
J’ai souhaité clarifier les objections qui ont suivi ma communication sur le racisme, objections qui témoignent souvent d’un malentendu sur la consubstantialité de la race et du capitalisme. J’y rappelle que le racisme n’a aucune autonomie réelle : il n’est qu’un moyen au service des fins économiques du capitalisme, à l’image de la violence selon Engels. J’explique ensuite que la lutte antiraciste est prioritaire, car sans résolution des antagonismes raciaux, aucune unité de classe n’est possible ; mais qu’en dernière instance, l’abolition de la race dépendra de l’abolition de la bourgeoisie. Enfin, je réponds à l’accusation absurde selon laquelle je « blanchirais » Trần Đức Thảo, en montrant que sa pensée, loin de rompre avec l’universalisme, en propose une version dialectique et concrète, inséparable du marxisme. Au fond, toutes ces objections se cristallisent autour d’une seule question : comment penser le racisme en tant que produit historique du capitalisme, et comment s’en défaire ?
La gauche morale refuse de compter les noirs : nos sincères excuses à François Bégaudeau
Est apparue une stratégie nouvelle, chez une certaine gauche, qui consiste à qualifier de « gauche morale » toute critique interne à la gauche qui dénonce des agissements a minima problématiques, quand ils ne sont pas directement dangereux et contraires aux principes, valeurs et idées de la gauche. Retour critique sur un faux concept et ce qu'il recouvre.
Les profs sont-ils des collabos ?
Attaquer les profs est une stratégie assez classique à gauche. Les profs incarnent l’autorité, la discipline, la conformité à l’ordre, l’obéissance. Il y a presque quelque chose de militaire à l’école. « Quoi d’étonnant si la prison ressemble aux usines, aux écoles, aux casernes, aux hôpitaux, qui tous ressemblent aux prisons ? », questionne Foucault dans Surveiller et punir. Cette ressemblance entre les modes disciplinaires de ces institutions aux finalités pourtant si différentes est troublante. Les profs ne seraient-ils pas, dans le fond, des contremaîtres, des flics, des gardiens, des petits kapos ?
Les décoloniaux comprennent-ils quelque chose au communisme ?
Là où le décolonialisme tend à penser la modernité comme une totalité déterminante et l’universalisme comme un instrument de domination, le marxisme conçoit la totalité comme contradictoire et inachevée : une société peut être dépassée à partir de ses contradictions propres. Il distingue ainsi l’universalisme abstrait de son accomplissement concret. L’enjeu n’est donc pas de choisir entre antiracisme et communisme, mais de comprendre comment la dialectique permet de dépasser les rapports sociaux qui produisent le racisme.
Editorial : à l'assaut de l'empire masculin
Le procès Mazan pose celui de toute une organisation sociale : celle d'une société patriarcale ou la distribution des genres et des pouvoirs assujettit un sexe à la volonté d'un autre. Une sujétion genrée, économiquement récupérée et pénalement encadrée. Ce numéro interroge l'empire masculin fondé sur le patriarcat, la domination masculine et les violences sexistes et sexuelles.
#MeToo : en faire une lutte politique révolutionnaire
La portée politique de #MeToo réside dans le fait qu’il ne s’agit pas seulement de lever le voile. Il s’agit de saisir la société entière par le col, de lui maintenir les paupières ouvertes, et de lui tendre un miroir sous une lumière crue : c’est de toi qu’on parle, vois ce que tu es et ce que tu produis. Ces violences sont politiques, et nous voulons y apporter des solutions politiques.
« L’histoire de la Sécurité sociale est aussi une histoire de lutte de classes. A nous de continuer à tirer le fil rouge. »
entretien avec Nicolas Da Silva.
Nicolas DA SILVA est maître de conférences en sciences économiques à l’université Sorbonne Paris Nord et spécialiste de l’histoire économique de la protection sociale. Par cet entretien, nous espérons nous donner des clés de compréhension et des armes pour la lutte : savoir ce qui nous a amené à la catastrophe que nous vivons dans le soin et dessiner un projet politique pour un système de soin public qui soigne tout le monde le mieux possible.
Le rire et le couteau
"Le rire et le couteau" est un choc du cinéma contemporain. Par son courage et sa radicalité formelle, il porte à lui seul l’idée de nombreuses œuvres : échapper aux conventions narratives et filmiques de la fiction, pour saisir la richesse d'une réalité qui n’aurait pu être aussi finement auscultée autrement. C’est ainsi qu’en déconstruisant nos habitudes de regard, il réinvente le film décolonial.
Muganga - Celui qui soigne, Un peuple marginalisé au profit d’un biopic occidentaliste
La distribution en France d’un film au sujet aussi tabou est une précieuse avancée. Muganga - Celui qui soigne avait tout pour devenir un bon film au sujet rare et précieux. Cependant, c'est une déception, voire un échec ; une œuvre balbutiante de bonnes intentions mais dont les limites esthétiques affaiblissent la dimension politique et morale souhaitées.
Sariri, ou l'aridité du patriarcat
Au cœur du désert chilien vit un petit village minier isolé : La Làgrima. Emmurés par des montagnes de sable, ses habitants vivent de l’extraction et du petit marché. Là où les structures patriarcales traditionnelles conditionnent le monde, deux jeunes filles s’y conforment et se questionnent.
ABEL, ou quand la « libération » est un crime
En clair, Abel bouscule l’imaginaire occidentale en matérialisant une cruelle réalité : la chute de l’URSS racontée comme une libération des peuples, un souffle après un étouffement, fut en réalité une grande violence pour des communautés entières.
Mémoires du sous-développement
Cuba, 1959. Fulgencio Batista et sa dictature pro-américaine tombent face à l’offensive castriste. Au lendemain de la révolution socialiste, des afro-cubains chantent et dansent pendant que les blancs bourgeois rejoignent au plus vite l’aéroport pour se réfugier dans les bras du capitalisme étasunien. Mais il y a un vilain petit canard dans cette fuite : Sergio. Un intellectuel écrivain qui, lui, choisit de rester dans ce nouveau Cuba. Tomas Gutiérrez Alea interroge dans son film le devenir d’un intellectuel progressiste dans la révolution communiste.
Palestine 36
Dès la rentrée 2026, l’offre cinématographique illustre l’urgence politique de notre époque. Le besoin de bousculer, d’ouvrir les sens et les chemins de la conscientisation, se retrouve dans un film actuellement au cinéma, Palestine 36, réalisé par Annemarie Jacir. Drame historique se situant dans la Palestine sous mandat britannique, le film remonte aux sources de la Grande révolte arabe de 1936 et de l’expropriation des terres arabes au profit des colons juifs européens.
L’affaire Abdallah
C’est sur Abdallah et son houleuse affaire judiciaire que porte le long métrage réalisé par Pierre Carles. Plusieurs possibilités s’offraient à lui, occidental du centre impérialiste, habitant du pays ayant emprisonné un militant arabe. Le film accomplit ce qui était peut-être le plus judicieux : dévoiler les rouages du système idéologique français, son emprise sur la « justice » et le sens commun, et le camouflage des crimes impérialistes.
La nature : opposer une analyse matérialiste à l’écofascisme grandissant
Si l’écologie en France anime surtout les petits bourgeois, l'enragement de ces derniers est à la fois la cause et la conséquence de la fascisation générale de la société. Nous devons urgemment porter un discours et une analyse clairs sur l’écologie pour éviter que celle-ci soit récupérée par les franges réactionnaires et conservatrices de la société.
Trans rights are workers rights
Pour une lutte trans de classe
« Trans rights are human rights » est un mauvais slogan. Nous aurons beau le mettre sur nos plus belles pancartes, l’humanité comme état de fait nous est inaccessible. Ce slogan est à l’image du libéralisme lorsqu’il se saisit de nos luttes, de nos identités et de nos existences : inutile, passif, moral et maniant des concepts qu’il ne maîtrise pas au point de basculer bien rapidement dans une proto-réaction. Comparons le prisme réactionnaire et libéral, et voyons quelle alternative à cette dualité, qui n’en n’est pas une, nous avons.
Travail du sexe et travail reproductif : l’angle mort du mouvement social
Clivante après plus de 150 ans de débats dans les luttes des femmes, la question du travail du sexe continue de diviser. Versant tantôt dans la réaction, tantôt dans le libéralisme, les organisations du mouvement social abandonnent une partie des classes laborieuses. Sous couvert d’abolitionnisme, ces mêmes organisations refusent de regarder la réalité en face et privent les travailleuses du sexe de la possibilité de construire un rapport de force face à l’Etat ; et privent, de fait, le reste de notre classe d’un front supplémentaire contre les exploiteurs.
« Pourquoi je ne suis plus anti-autoritaire ? »
L'antiautoritarisme, à force de refuser toute structure, empêche purement et simplement de gagner. De Saint-Imier aux cantines à prix libre, de la Gauche Prolétarienne aux ZAD désertes, la multiplication des initiatives ne suffit pas à faire système — car la quantité ne produit jamais, seule, un changement de nature. Reste alors un mouvement qui sait mobiliser mais jamais organiser, et une horizontalité de façade où le capitalisme reprend ses droits par défaut. Face à cette impasse : le centralisme des organisations communistes et marxistes.
Au coeur de la lutte : les marges racisées entre asymétrie raciale, symétrie réactionnaire
Le véritable enjeu est de repenser le matérialisme, en restant fidèle à sa rigueur tout en l’ouvrant aux expériences situées, afin de sortir l’antiracisme à la fois de l’impasse de la reconnaissance institutionnelle et du risque de dissolution dans une reconnaissance purement populaire. À partir de ce constat, ce texte se propose d’explorer quelques moments historiques où les trajectoires des catégories racisées ont été prises en étau entre ces deux formes de reconnaissance, afin de mieux comprendre les stratégies déployées, leurs contradictions, mais aussi les horizons qu’elles dessinent
Décolonial mais linéaire : une nouvelle impasse
On ne sort pas des impasses du marxisme occidental en se réclamant simplement des théories décoloniales. Trop souvent, une critique légitime de l’universalisme se retourne en miroir, reconduisant malgré elle les schémas qu’elle prétend dépasser. Ce texte part d’un autre point de vue. Il cherche à penser l’articulation entre marxisme et pensée décoloniale depuis les luttes concrètes et les contradictions réelles qui traversent les racisé·es en France
Révolution : ne pas énerver
La révolution n’est pas un beau rêve que l’on réalise dans une nuit sacrée, elle est un combat de longue haleine qui se prépare mentalement, physiquement et politiquement. La révolution n’est pas seulement une irruption, elle n’est pas qu’un grand soir. Elle suppose une subversion radicale de nos manières de penser et d’agir, une sorte de révolution anthropologique qui bouleverse les mesures et les critères.
Les grèves de 1936 et leurs suites
11 mai 1936. En France, le temps semble en suspens. Au second tour des élections législatives qui a eu lieu la semaine précédente, le Front populaire [...] l’a emporté assez largement, avec près de 58 % des voix. C’est alors qu’éclatent d’importantes grèves. Retours sur les événéments.
« C'est d'un changement radical dont nous avons besoin. »
entretien avec François Boulo
François Boulo, avocat au barreau de Reims, devient lors du mouvement des Gilets jaunes l’une des principales figures médiatiques. Le 3 octobre 2019 est sorti son manifeste La ligne jaune aux éditions Indigènes. Nous l’avons interviewé pour établir un panorama de la situation politique actuelle et à venir.
Splendeur et misère d'une société du vide
Classes moyennes, des vies sur le fil
Ils appartiennent à la classe moyenne et consacrent la quasi entièreté de leur existence au travail. Un travail qui ne les quitte jamais et qui ne se borne pas aux heures notées sur leur contrat. Ce fardeau, il le transporte avec eux, jusque dans leur famille, leur assiette, et leurs rêves – quand ils arrivent à dormir. Ils sont les esclaves modernes d’un système économique qui ronge la majorité au profit d’une extrême minorité.
Convoquez la nation ! Aux Etats généraux !
Les politiques conduites en France depuis de trop nombreuses années ont plongé notre pays dans une série de crises desquelles il ne parvient pas à sortir. Crises sociale, économique, écologique, démocratique, et dorénavant sanitaire. Ces crises ont toute une origine : l’échec de nos gouvernants à penser en dehors du carcan austéritaire.
Résister ou mourir
Il n’est plus possible de se taire. Il n’est plus possible de rester dans la demi-mesure, de chercher la nuance, de vouloir tempérer. Indéniablement, il faut qualifier les choses telles qu’elles sont : la France sombre chaque jour un peu plus dans la dictature, et cela est rendu possible par le concours zélé d’une police immonde. Immonde par ce à quoi elle participe, et davantage, par le plaisir incontestable qu’elle en retire.
Un pays qui se tient sage
David Dufresne, revient, après son excellent roman Dernière sommation, avec un documentaire ébouriffant intitulé Un pays qui se tient sage. Ici, il n’est plus question de s’intéresser uniquement aux Gilets jaunes, mais davantage d’interroger ce que cette séquence historique révèle de notre société concernant une thématique chère à David Dufresne : le maintien de l’ordre. Alternant vidéos capturées lors des manifestations et retours critiques par différents intervenants (témoins, historiens, sociologues, policiers…), ce documentaire est une formidable occasion d’interroger à la fois la société dans laquelle nous évoluons, et celle vers laquelle nous nous dirigeons.
Policiers, quel ordre défendez-vous ?
Nous assistons à une transition. Le passage d'un Etat libéral à un Etat sécuritaire et policier. Les forces de l'ordre accompagnent ce changement avec une délectation qui inquiète et qu'il faut interroger. En tant que gardiennes de l'ordre social, il devient plus que nécessaire de se demander quel ordre elles souhaitent.
Dé-BAC-le
Ce film, en tant qu’objet de culture, doit, pour ne pas être nocif et un renfort au discours d’extrême-droite, nous servir de matière pour autopsier la vision qu’il porte. Pour se faire, nous construirons notre contre-discours analytique par un dialogue fictif avec Cédric Jimenez que nous interrogerons et auquel nous prêterons des réponses servant de contre-points aux nôtres.
La louve noire
Elle est louve dans notre regard. Elle est noire dans le leur. Nous voyons son combat. Ils ne voient que ses origines. Ethniques, géographiques, sociales, tribales. Arrachons le masque noir pour démasquer le regard blanc.
"Une fois que tu sais"… que feras-tu ?
« Mon père m’a dit regarde. Ma mère m’a dit écoute. ». Emmanuel Cappelin a retenu la leçon et revient à travers son documentaire sur plusieurs décennies d’aveuglement et de surdité.
Un dîner presque parfait
La fracture
La Fracture est un film de Catherine Corsini. Asphyxiant. Comme un nuage de lacrymogène. Comme un climat social éruptif. Comme une souffrance si grande qu’aucune gorge ne saurait l’avaler.
« Plutôt qu'un Etat qui revendique le monopole de la violence, on devrait avoir un Etat qui revendique le monopole de la justice. »
entretien avec David Dufresne
David Dufresne est un ancien journaliste (Libération, i-télé, Médiapart) qui a choisi de raccrocher les gants en soie du petit monde médiatique parisien pour enfiler ceux plus râpeux du ring politique. Depuis, il a multiplié les enquêtes au long-court, derrière la caméra (Quand la France s’embrase, Prison Valley) ou derrière la plume (Maintien de l’ordre : Enquête,Tarnac, Magasin général, On ne vit qu’une heure, Une virée avec Jacques Brel…). Durant le mouvement des Gilets jaunes, il passe derrière le clavier et se rend célèbre via son compte Twitter grâce à ses fameux « Allô place Beauvau ? » où il interroge directement le politique sur les multiples violences policières que tout le monde semble chercher à ignorer. En octobre 2019, il revient avec Dernière sommation, un roman haletant sur son expérience de ces derniers mois. A l’occasion de la sortie de son film Un pays qui se tient sage, nous l’avons interrogé pour comprendre la genèse de ce film et ses objectifs politiques.
« L’histoire humaine nous apprend que les différenciations de genre sont des constructions politiques, sociales, économiques et culturelles »
entretien avec Francis Dupuis-Deri
Francis Dupuis-Deri est professeur de science politique à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Il a récemment publié Les hommes et le féminisme (éditions Textuel, 2023). A l’occasion de ce numéro, nous avons cherché à comprendre avec lui ce que « la crise de la masculinité » recouvrait véritablement
Macron est mort, que meure la Ve !
Le sujet principal ne doit plus être de s’entendre sur un hypothétique premier ministre dont on sait par avance qu’il ne sera capable de rien, sauf à avoir renoncé à tout, mais de réfléchir aux moyens de sortir de la Ve république.
# Chroniques de l'exploitation : présentation
Les chroniques de l’exploitation ont pour objectif de rendre à toutes celles et tous ceux qui se sont trouvés un jour, ou se trouvent toujours, exploités et dégradés, la dignité qui leur a été ôtée.
De Gaza à Nouméa : l'arc colonial se tend
Entre Gaza et Nouméa séparés par un continent et des spécificités uniques, un continuum s'étire : l'arc colonial. Celui-ci est en train de se briser et, dans cette crise qui ne vient plus mais qui est chaque jour un peu plus intense, il tire ses dernières flèches.
Suicidée d’un cri, pour accoucher d’un silence
On crève d'enseigner. On crève de travailler. Au sein de l'éducation nationale, il existe une omerta terrible sur la souffrance au travail sous-estimant amplement les dépressions et les suicides. Christine Renon s'est donnée la mort, épuisée d'avoir donnée sa vie à une institution qui ne reconnut jamais son existence.
« Face à l’urgence climatique, la seule réponse est l’urgence révolutionnaire. »
entretien avec Anasse Kazib
Anasse Kazib est un cheminot, syndicaliste, membre du parti Révolution permanente et candidat à la présidentielle. Nous l'avons interviewé pour l'interroger sur son parcours, les raisons de son engagement politique, et sa conception des dynamiques et rapports de force actuels dans un contexte de crise organique du capitalisme.
Pour la fondation d’un parti de masse
La NUPES, dans toutes ses imperfections, offre une possibilité historique de fondation d’un parti de masse anticapitaliste et démocratique à même de joindre et de rejoindre, une vision idéologique avec une action directe, réelle et quotidienne.
Aya, ou l'effacement d'un monde.
En ces confins du globe dont la distance n’est pas tant géographique qu’historique, les habitants constatent désespérés le changement de leur monde, victimes des conséquences d'un mode de production suicidaire et inique.
Athena, ou le fantasme d'une Cité en guerre
Pour Romain Gavras, comme pour Eric Zemmour, la guerre a déjà commencé. Une guerre de civilisation, prélude à une guerre civile que le second appelle de ses vœux quand le premier feint de le redouter d’une main tout en la mettant en scène de l’autre. Athena est la mise en scène d’un fantasme. Celui d'une Cité en guerre.
Allons enfants
Ils sont des morceaux. De vies, d’origines, de milieux, de douleurs. Tous recousus du fil vibrant de la danse.
« Contrairement à ce qu’aiment répéter les directions syndicales françaises […] il existe bien un bouton permettant de mettre la production à l’arrêt. »
entretien avec Politicoboy
Alors que les Etats-Unis ont connu une grève retentissante dans le secteur automobile, il nous a semblé opportun d’interroger Christophe (Politicoboy sur X) sur la situation états-unienne. Christophe est spécialiste des Etats-Unis et co-auteur avec Christophe Le Boucher et Clément Pairot du livre Les illusions perdues de l’Amérique démocrate (Vendémiaire, 2021).
« Sans rapport de force avec la bourgeoisie, pas de rééquilibrage possible […] On le sait désormais très bien : c’est ça ou la fin du monde. »
entretien avec Nicolas Framont
Nicolas Framont est le cofondateur du magazine en ligne Frustration Magazine. Sociologue, ex attaché parlementaire, il a publié avec Selim Derkoui La guerre des mots (Le passager clandestin, 2020) et vient de sortir cette année Parasites (La Fabrique). Nous l’avons questionné sur l’analyse qu’il porte de la situation et sur les perspectives possibles pour notre camp.
Tribune : Que brûle la colère
Il est du devoir de la gauche, et de toutes celles et ceux qui s’en revendiquent, sans fausse conscience, sans racisme sous oripeaux souverainistes, de se tenir aux côtés de tous les Nahel de France qui brûlent de l’oubli qu’il leur a été fait, de ce qu’ils sont et de ce qu’ils vivent.
L’après Mélenchon : le temps de la refondation
Aujourd'hui, les divisions au sein de la FI révèlent qu'il est temps de passer la main et d’appeler à la naissance d’une nouvelle organisation révolutionnaire en capacité de mener la lutte pour un renversement du capitalisme. Remercions Mélenchon pour ce qu'il a fait et tenons-nous en à son testament : faire mieux.
« Ce film doit défoncer des portes »
entretien avec Ladj Ly
Dans cet entretien sans langue de bois, nous revenons aux côtés de Ladj Ly sur la situation de ces Misérables. Plus qu’un entretien, une prise de Positions.
« Quelque chose est pulvérisé. »
entretien avec David Dufresne
David Dufresne est un ancien journaliste institutionnel (Libération, i-télé, Médiapart) qui a choisi de raccrocher les gants en soie du petit monde médiatique parisien pour enfiler ceux plus râpeux du ring politique. Depuis, il a multiplié les enquêtes au long-court, derrière la caméra (Quand la France s’embrase, Prison Valley) ou derrière la plume (Maintien de l’ordre : Enquête,Tarnac, Magasin général, On ne vit qu’une heure, Une virée avec Jacques Brel…). Durant le mouvement des Gilets jaunes, il passe derrière le clavier et se rend célèbre via son compte Twitter grâce à ses fameux « Allô place Beauvau ? » où il interroge directement le politique sur les multiples violences policières que tout le monde semble chercher à ignorer. En octobre 2019, il revient avec Dernière sommation, un roman haletant sur son expérience de ces derniers mois, sous les traits d’Etienne Dardel, ex-journaliste écœuré par un univers médiatique corrompu et un monde politique en déliquescence. Nous l’avons rencontré à cette occasion afin d’évoquer avec lui le thème des violences policières.
Guerre de pauvres, guerre de rue.
Quand les Misérables se rencontrent
Après un court-métrage plusieurs fois récompensé, Ladj Ly revient avec un film étourdissant sur le quartier du Bosquet à Montfermeil : les Misérables. Suivant une équipe de la BAC, Ladj Ly nous transporte au milieu d’un univers muet et invisible parce qu’invisibilisé. Et pourtant, c’est un véritable torrent de vie qui déborde de l’écran trop petit de sa caméra pour nous envahir.
La Grande peur
Ce système s’essouffle. Le bloc bourgeois, pourtant unifié et immensément puissant, est en décrépitude. Il ne survit qu’à la faveur de forces de l’ordre dont la servilité et la déconnexion psychologique avec la population étonne. Cela ne durera pas.
Face à la crise du capitalisme : la militarisation de l’enseignement
Dans un contexte de crise avancée du capitalisme, la militarisation de l'enseignement devient un enjeu central. La création des Classes de défense et de sécurité globale répond à un triple objectif : rappeler le pouvoir de la force et de l’ordre à des publics considérés comme problématiques ; recruter des effectifs pour l’armée en offrant un débouché dans des zones géographiques frappées par le chômage ; préparer les esprits et les corps à la guerre. Elles annoncent à la fois un retour à la conscription et au conditionnement imposé des forces vives et un tournant économique et idéologique.
Fanon
Pour la première fois, le cinéma rend hommage sous la forme d’un biopic à celui qui fut l’un des penseurs anticoloniaux les plus célèbres de son temps : Frantz Fanon. C’est dans une petite salle de quartier surchauffée, entouré d’un public très largement blanc, que nous avons pu assister à sa projection. Retour critique.
« Une chose est sûre : l’avenir de l’écologie ne passe pas par l’environnementalisme, mais par la lutte des classes. »
entretien avec Clément Sénéchal
Clément Sénéchal est diplômé de philosophie et de sociologie et aujourd'hui chroniqueur chez Frustration magazine. Ancien porte-parole de Greepeace et spécialiste des questions environnementales, il a récemment publié au Seuil "Pourquoi l'écologie perd toujours ?". A l'occasion de la sortie de son ouvrage, nous avons interrogé avec lui les raisons de cet échec.
Du réel au virtuel, des ronds-points à Facebook, sociologie des Gilets jaunes.
Voici un an que le mouvement des Gilets jaunes a démarré, ouvrant la voie au plus spectaculaire mouvement social de la Ve République. Si celui-ci n’a pas su muter de la révolte à la révolution, nous postulons que cela tient en sa trop grande division. Ainsi, nous avons vu s’ériger, à mesure des semaines, une séparation de plus en plus marquée entre les Gilets jaunes des ronds-points et ceux présents en manifestation qui ont largement contribué à déplacer le combat sur le terrain virtuel des réseaux sociaux.
Dernière sommation
Dans Dernière sommation, un roman haletant et fascinant, David Dufresne revient sous une forme semi-fictionnelle sur son expérience du mouvement Gilet jaune sous les traits d’Etienne Dardel, ex-journaliste écœuré par un univers médiatique corrompu et un monde politique en déliquescence.
Un autre monde, un autre chemin : le zapatisme
Le zapatisme n’est pas une nouvelle idéologie politique, ni un réchauffé de vieilles idéologies. Le zapatisme n’est pas, n’existe pas. Il se contente de servir, comme servent les ponts, pour traverser d’un côté à l’autre. C’est pourquoi, dans le zapatisme, tous ont leur place, tous ceux qui veulent traverser d’un côté à l’autre… Il n’y a ni recettes, ni lignes, ni stratégies, ni tactiques, ni lois, ni règlements, ni consignes universelles. Il y a seulement une aspiration : construire un monde meilleur, c’est-à-dire neuf. En résumé : le zapatisme n’appartient à personne, et pour cela, il est à tout le monde.
Editorial : Que vive la grève !
Dans ce numéro, nous avons cherché à comprendre à travers divers exemples historiques, ce en quoi consiste une grève, réussie ou défaite. Ses conditions de production, de naissance et de mort, doivent nous servir à éclairer notre actualité et à tracer les sillons de notre futur.
Quelles perspectives pour un parti de masse ?
Quelques pistes de réflexion
L’ambition d’un parti de masse devra être de s’inscrire dans les classes populaires et de vivre de leur vitalité propre afin de pouvoir construire une organisation véritablement révolutionnaire.
Sur l’arc réactionnaire : quelques thèses à propos de la crise politique en 2024
L'année 2023, s'achève dans la crise politique pour la gauche : divisions, désaccords et échecs à contrer concrètement le pouvoir macronien. Parallèlement le bloc bourgeois, incapable de régler les crises qu'il provoque, se barricade dans ses certitudes néolibérales tout en se confondant de plus en plus avec le bloc néofasciste. Paul Elek tente ici de mettre en avant les principaux thèmes et défis que la gauche radicale doit prendre en compte et relever en 2024.
L'Ukraine, prise au piège de l'impérialisme.
Il s’agira de poser un regard froid sur les tendances économiques, politiques et militaires de la période récente et les éclairer à la lumière de la poursuite par les acteurs de leurs intérêts.
Tribune : Mélenchon, candidat de la souveraineté nationale et populaire
La revue Positions publie un appel du collectif Citoyens souverains, qui rassemble des électeurs LFI de 2017 s'étant abstenus aux élections européennes. Il s’adresse aux ex-insoumis, aux gilets jaunes et aux souverainistes réfugiés dans l'abstention, pour soutenir Mélenchon.
MMT#1 : comprendre la création de monnaie
La revue Positions s’associe à l’association MMT France pour une série d’émissions sur la Théorie Monétaire Moderne.
Enregistrée le samedi 15 janvier 2022, la première émission visait à présenter les bases de la Théorie Monétaire Moderne (MMT), en décrivant le processus de création monétaire dans un Etat monopoliste de sa devise. L’émission a été réalisée en partenariat avec l’association MMT France, représentée par Robert Cauneau et Ivan Invernizzi, et animée par Ramzi Kebaïli étudiant en économie et membre du collectif Citoyens Souverains.
MMT#2 : L'économie internationale et ses rapports de force
Enregistrée le samedi 29 janvier 2022, la deuxième émission s’est concentrée sur l’analyse MMT de l’économie internationale et ses rapports de force, avec la participation de l’économiste sénégalais et champion de scrabble N’Dongo Samba Sylla.
MMT#3 : la souveraineté monétaire dans le sud global, entretien avec Fadhel Kaboub
Ce samedi 26 février 2022, nous avons reçu Fadhel Kaboub, professeur associé d’économie à l’université de Denison dans l’Ohio et président du think tank Global Institute for Sustainable Prosperity aux Etats-Unis. Les travaux de Kaboub visent à appliquer la MMT aux pays du Sud.
Les Gilets Jaunes, l'Europe et la nation
Le soulèvement des Gilets Jaunes est la conséquence directe de décennies de libéralisme et d'austérité. Alors que tous nos présidents, y compris Macron, s'étaient engagés à lutter contre le chômage et la baisse du niveau de vie, force est de constater qu'ils n'ont même pas été en mesure de mettre en œuvre leurs timides promesses. Mais une question de fond reste posée : pourquoi tous les présidents n'ont-ils même pas pu mettre en œuvre leurs propres engagements ?
Fourest, Riss, Valls : et si une extrême-droite avait déjà pris le pouvoir ?
Ce débat salutaire sur le front républicain nécessite une clarification qui n'a pas encore été posée avec suffisamment de précision : peut-on encore considérer le RN comme étant la seule incarnation de l'extrême-droite ?
La possibilité Mélenchon, entretien avec Stathis Kouvélakis
Stathis Kouvélakis a été membre de l’aile gauche du parti grec Syriza jusqu’en 2015, puis s’est opposé à Alexis Tsipras après que celui-ci ait trahi le résultat du référendum du 5 juillet 2015. Son expérience est donc très précieuse pour préparer ce que serait une victoire de Mélenchon à la présidentielle.
La tentation fasciste
En 1933, le nazisme est venu répondre à la crise que traversait la bourgeoisie allemande. Il a constitué un débouché aux contradictions de celle-ci. La bourgeoisie en crise, menacée par un mouvement ouvrier fort, a choisi Hitler et le nazisme, à la révolution et au communisme.
Unir les leurs, briser les nôtres
La politique c’est aussi unir les siens et diviser les autres. Cette mesure raciste n’est pas une diversion. Elle a pour effet politique de réunir la droite et de diviser la gauche à partir du racisme.
Kobanê, quand la défaite de Daesh crève l'écran
Si ce long métrage relate une bataille ayant eu lieu il y a 9 ans, le scénario reste encore d’actualité. Les territoires conquis face à l'Etat Islamique nécessitent toujours une vigilance particulière pour les YPG car des cellules dormantes de Daesh commettent toujours des attentats dans la région.
« Quand on meurt à Raqqa on est des héros, mais quand on revient ici on est considérés comme des terroristes.»
entretien avec Berivan Firat
Paris est (aussi) une ville kurde. Elle accueille en son sein une partie de la diaspora kurde et de son histoire, y compris les parties les plus douloureuses. 11 ans après l’assassinat de militantes kurdes à Gare du Nord et 1 an après celui de 3 autres militants rue d’Enghien, Positions Revue a pu s’entretenir, grâce à Thermidor, avec Berivan Firat, porte parole du Centre Démocratique Kurde en France.
Comme des fourmis face à l'incendie
Cette crise de légitimité qui touche tous les partis et qui vient à la fois des résultats effectifs des appareils politiques palestiniens et à la fois d’un rejet particulier dans la jeunesse ont été parmi les éléments qui ont motivé le Hamas a lancé l’opération Déluge d’Al Aqsa.
Un Guernica en haute définition
La puissance de feu déchaînée par Israël sur une bande de terre à peine plus grande que Marseille est colossale. L’armée israélienne affirme avoir largué 6 000 bombes sur Gaza en moins d’une semaine. Il s’agit, selon les conseillers de l’ONU, de l’équivalent annuel d’un bombardement des États-Unis sur l’Afghanistan.
Ein Samiya, entre pression coloniale et pression idéologique
L’implantation de colonies israéliennes dans les territoires palestiniens réduit non seulement l’espace naturel existant mais amène aussi sur place une structuration de l’espace selon les nécessité du mode de production capitaliste.
Syrie : ‘‘Une opportunité historique’’
La Syrie d’Assad n’est plus, les révolutionnaires ont gagné. Mais le plus dur n’était peut-être pas seulement de faire tomber un régime assez largement haï par sa population, il faut désormais construire un futur désiré par le grand nombre.
“We will coup whoever we want”
“We will coup whoever we want” : ces mots d'Elon Musk, prononcés en 2020 après la chute du Gouvernement d'Evo Morales (dans laquelle les États-Unis ne sont pas tout à fait étrangers) résonnent aujourd'hui avec la situation vénézuélienne. À quoi joue le capitalisme états-unien à La Paz, Caracas (et peut-être demain à La Havane, à Bogota ou à Nuuk ?) ?