Dans Dernière sommation, un roman haletant et fascinant, David Dufresne revient sous une forme semi-fictionnelle sur son expérience du mouvement Gilet jaune sous les traits d’Etienne Dardel, ex-journaliste écœuré par un univers médiatique corrompu et un monde politique en déliquescence.
Dernière sommation
Pour certains chefs de files modernes de courants dits « populistes », il y a déjà une provocation à parler, dans une même phrase (a fortiori dans un seul titre) de gilets jaunes et de lutte de classe. Pour ces « penseurs », le concept de classe serait dépassé. Non pas qu’il n’ait pas été pertinent, autrefois, mais il ne l’est plus. Ce raisonnement sous-entend que le capitalisme a résolu de lui-même ses antagonismes de classe (une révolution mondiale a-t-elle eu lieu sans que nous n’ayons été mis au courant ?).
Gilets jaunes et lutte de classe
Voici un an que le mouvement des Gilets jaunes a démarré, ouvrant la voie au plus spectaculaire mouvement social de la Ve République. Si celui-ci n’a pas su muter de la révolte à la révolution, nous postulons que cela tient en sa trop grande division. Ainsi, nous avons vu s’ériger, à mesure des semaines, une séparation de plus en plus marquée entre les Gilets jaunes des ronds-points et ceux présents en manifestation qui ont largement contribué à déplacer le combat sur le terrain virtuel des réseaux sociaux.
Du réel au virtuel, des ronds-points à Facebook, sociologie des Gilets jaunes.
"Qu'est-ce qu'un mouvement révolutionnaire ? Un mouvement incompatible avec l'ordre qui l'a vu naître. Le mouvement des gilets jaunes n’a rien à voir avec un mouvement syndical encadré et légitimiste. Il s’agit bien au contraire d’une lutte pour la légitimité politique."
Gilets jaunes : la révolution ne se fera pas en un an
Le soulèvement des Gilets Jaunes est la conséquence directe de décennies de libéralisme et d'austérité. Alors que tous nos présidents, y compris Macron, s'étaient engagés à lutter contre le chômage et la baisse du niveau de vie, force est de constater qu'ils n'ont même pas été en mesure de mettre en œuvre leurs timides promesses. Mais une question de fond reste posée : pourquoi tous les présidents n'ont-ils même pas pu mettre en œuvre leurs propres engagements ?
Les Gilets Jaunes, l'Europe et la nation
Que l’on se souvienne un instant du XIXème siècle. En 1891, Ravachol, inaugure en France une vague d’attentats anarchistes qui perdura jusqu’en 1905, avec la tentative d’assassinat du roi d’Espagne et du président de la République. L’Etat prend peur, les inégalités sont au plus haut (les 10% les plus riches touchent alors en France 45% des revenus du pays), la population est mécontente, il faut agir, il faut obtenir la paix sociale, par la force, afin de protéger les biens de ceux qui « enrichissent » la France.
La répression n’éblouit pas les yeux des citoyens
David Dufresne est un ancien journaliste institutionnel (Libération, i-télé, Médiapart) qui a choisi de raccrocher les gants en soie du petit monde médiatique parisien pour enfiler ceux plus râpeux du ring politique. Durant le mouvement des Gilets jaunes, il passe derrière le clavier et se rend célèbre via son compte Twitter grâce à ses fameux « Allô place Beauvau ? » où il interroge directement le politique sur les multiples violences policières que tout le monde semble chercher à ignorer. Nous l’avons rencontré à cette occasion afin d’évoquer avec lui le thème des violences policières.
« Quelque chose est pulvérisé. »
Il y a un an, les milieux populaires ont surgi spontanément dans l’espace public, avec des modalités de luttes et une endurance sans précédent dans l’histoire récente.Dans la mesure où les revendications et les valeurs implicites des « Gilets jaunes » ont heurté de solides intérêts et toute une conception néolibérale de la vie en société, on peut dire qu’on est en présence d’un mouvement autant social que politique, et plus précisément d’un « troisième tour social » qui signifie à la majorité actuelle qu’elle dispose de peu de légitimité auprès de la majorité de la population.
Panorama sociologique d'un « troisième tour social »
53 actes. 53 semaines de colères, de solidarité, d’espoir mais également de déception et de rancœur. Nous avons changé. Nous sommes désormais dans l’ère des crises et des révoltes. Même si nous ne l’avons pas vu venir, les « gilets jaunes » avaient été annoncés, promus même par les médias, et par beaucoup de politiciens. Le 17 novembre n’a surpris personne, c’est la suite qui elle fut complètement imprévisible. Du 17 novembre au 10 décembre 2018, le pays fut plongé dans un état de flottement proche du basculement.