# Une vie d'étudiante en médecine
J’ai débuté des études de médecine car je voulais faire un métier alliant l’utilité sociale, les sciences, et le contact humain. Je n’avais pas de médecins dans mon entourage proche et j’avais une vision assez idéalisée des études et du métier.
# Chroniques de l'exploitation : présentation
Les chroniques de l’exploitation ont pour objectif de rendre à toutes celles et tous ceux qui se sont trouvés un jour, ou se trouvent toujours, exploités et dégradés, la dignité qui leur a été ôtée.
# Une vie d’assistant opérateur
Il y a toujours cette idée selon laquelle on fait un film toutes et tous ensemble. Et donc qu’on est un peu dans le même bateau. Cette philosophie explique et justifie les conditions difficiles de travail. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai entendu la phrase : “On doit chacun y mettre du sien” dès lors que je dénonçais un laxisme de la part de la production et des conditions de travail impossibles.
# Une vie d'animatrice de quartier
Toute jeune diplômée d’un master en “communication et développement des territoires”, après avoir enchaîné stage et service civique doublé d’un contrat d’assistante d’éducation en collège (va vivre et te loger avec une indemnité de service civique à Paris), je trouve la perle rare : mon premier vrai boulot dans une ville du 93.
# Une vie d'employée polyvalente
J’ai 22 ans, j’ai eu mon Bac en 2020 en contrôle continu, en plein Covid. A ce moment-là, je vivais une situation familiale compliquée et je n’avais aucune idée de ce que je voulais faire de ma vie. Après un an à chercher sans trouver, je décide donc de m’inscrire dans une agence d’intérim, histoire de me faire un peu d’argent en attendant de trouver ma voie.
# Une vie de paysan
Tué par les gendarmes le 20 mai 2017, Jérôme Laronze était éleveur bovin en Saône-et-Loire. Dans ce texte qu’il a écrit et envoyé à la presse, pendant qu’il était seul et traqué par les gendarmes et donc peu de temps avant son assassinat, il relatait l’acharnement administratif qu’il a subi et ses combats contre la traçabilité, un des outils de l’écrasement planifié des paysans.
# Une vie de professeure des écoles
Septembre 2015. Première rentrée, j'ai 23 ans. "les professeurs stagiaires ne seront pas placés sur des écoles difficiles ou dans des classes à double niveau pour leur faciliter l'entrée dans le métier" : je suis nommée en classe de CE1-CE2 dans une "école à aider", la classe est difficile avec un enfant autiste. Je travaille jusqu'à 21h30, le week end et les vacances pour préparer ma classe. En janvier je veux déjà démissionner.
# Une vie d'agent de tri polyvalent
Si le récit de ma première expérience professionnelle s’achève en mars 2022, il pèse encore de tout son poids sur ma vie personnelle. Cette expérience débute au mois d’avril 2017 et va durer 4 ans et demi, emportant mes études et une partie de ma santé physique et psychique.
# Une vie de prof
Je suis prof d’histoire-géo, dans un petit collège rural au sein d’une région viticole. J’enseigne sur trois niveaux. C’est un collège sympathique, on est une quarantaine de profs, dont certains sont à cheval sur deux voire trois établissements, les gamins sont issus de familles de classes moyennes ou populaires. Ce sont des enfants plutôt respectueux, encore imprégnés d’une forme de respect traditionnel dans le monde rural pour l’institution scolaire...
# Une vie de livreur chez Domino's pizza
Je suis étudiant aux Beaux-Arts. J'avais déjà fait un master en Direction Artistique, mais je m'ennuyais trop, beaucoup trop de com', de travaux peu qualitatifs. Je m'étais juré que si je rentrais dans ce milieu, ce serait avant tout pour faire des choses dont je suis fier, pas pour recopier bêtement la dernière tendance Instagram.
# Une vie de modérateur
C’est dimanche et il faut que j’aille au boulot. Je ne sais pas encore que c’est ce dimanche que je vais regarder un homme habillé d’une combinaison orange être brûlé vif dans une cage. Je ne sais pas encore, à 8 heures du matin, que je vais regarder cette vidéo en entier, et ensuite fixer le vide pendant une dizaine de minutes et recommencer à travailler.
# Une vie de magasinier au CROUS
J’ai été embauché en septembre 2023 en tant que magasinier dans un restaurant universitaire du Crous, pour un CDD de 2 mois renouvelable. Je connaissais déjà la réputation du Crous, je savais que je mettais les pieds dans un bordel sans nom, et je ne comptais pas y rester toute ma vie mais cela s’avéra pire que ce que je pensais…
# Une vie de pigiste
Dans le journalisme, il y a ce mode de rémunération ingrat que l’on nomme « la pige », où l’on est payé à la tâche. Qu’elle soit subie ou voulue, cette condition rime généralement avec précarité, et la variabilité des revenus selon les mois pousse souvent celles et ceux qui pratiquent la pige à rester inscrits à France Travail afin de pouvoir cumuler activité et droits au chômage.
# Une vie de serveuse en restauration
2018, je suis en seconde, je vais avoir 16 ans en avril et je pense déjà à travailler durant l’été pour me faire un peu d’argent. Mon frère, plus âgé, a déjà travaillé dans un restaurant pas loin de chez moi. Je me rends donc là-bas et on me dit que je peux venir faire un essai quelques semaines/jours avant mon anniversaire. J’ai donc encore 15 ans, mais ça m’arrange bien, je me dis que je vais me faire de l’argent.
# Une vie de commis de cuisine
Dans ma tête, devenir cuisinier, ça se justifiait comme ça : « J’ai toujours été naze à l’école, je serai incapable de faire des études dites supérieures, l’école me l’a fait comprendre, mes proches me l’ont fait comprendre ; je m’en suis aussi beaucoup persuadé. Alors, la cuisine ça ira sûrement, je serai en alternance, j’aurai un salaire, je trouverai une forme d’indépendance, ça ira, j’en suis sûr. ».
# Une vie de bergère
Hier, j'ai passé un « entretien d'embauche », et tant que c’est frais, je me suis dit qu’il fallait que ce soit relaté.
# Une vie d'ouvrier du bâtiment et de mécanicien
J'ai 33 ans, je vois le jour dans le 79 dans un bled trop gros pour être considéré à la campagne et trop petit pour être une ville. Mon père est cheminot et syndicaliste de la CGT et au conseil des prud’hommes tandis que ma mère est au foyer et fait quelques boulots d'intérim pour palier quand c'est la galère ou quand les grèves sont trop longues et qu'il n’y a plus d'argent. Voici mon récit.
#Une vie de technicien dans l’archéologie préventive
Ça fait une douzaine d’années que j’écume le milieu de l’archéologie préventive. De façon anecdotique, je dirais que je me suis retrouvé dans ce milieu parce que j’ai vu de la lumière et que je suis rentré. Au départ, j’ai suivi une formation professionnelle industrielle, un CAP et un bac pro. C’était il y a 20 ans.
# Une vie de développeur informatique
Voilà bientôt un an que j’ai fini ma reconversion pour devenir développeur web et j’ai la gnaque. Alors, quand il me propose de venir l'aider sur des projets, en complément de mon travail, j'accepte. Ça paraissait être un bon deal.
# Une vie de saisonnière
Il est cinq heures, Paris s’éveille. Il est sept heures, je m’éveille. Je m’éveille dans une caravane pourrie, qui sent le chaud et la moisissure. J’ai 17 ans, on est début août, je dors sur un matelas en mousse, et je prends une grande inspiration pour profiter des quelques heures de fraîcheur avant la fournaise.
# Une vie en intérim dans un parc d'attraction
Pendant environ 2 ans, j’ai travaillé dans la restauration dans un parc d’attraction. Je n’étais pas formé à la cuisine, j’avais une licence et un master en sciences sociales. En parallèle de tout ça, j’étais en début de transition, avec les galères administratives et les errances médicales que ça impliquait.
# Une vie de technicien de l'audiovisuel
Ces 6 derniers mois j’ai travaillé au sein d'une Université, mon établissement de formation jadis, en tant que technicien audiovisuel. J’ai rejoint l’équipe des BIATSS (Personnels des bibliothèques, Ingénieurs, Administratifs, Techniques, pédagogiques, Sociaux et de Santé) de la faculté de droit en mai 2025.
# Une vie dans l’associatif
Après une L1 réussie de peu, deux L2 ratées en plein confinement, je lâche tout sur un coup de tête et je me lance dans un service civique dans un café associatif. J’y découvre un monde nouveau : le monde de l’associatif et avec, le burn-out.
# Une vie de doctorant
J'ai vu des collègues se noyer dans le travail et arrêter leur thèse. J'ai vu des collègues méprisés par leur directeur de recherche. J'ai vu des doctorants s'isoler en silence jusqu'à ce qu'on apprenne leur départ. J'ai vu des doctorants tomber lourdement malades. J'ai vu des doctorants vriller en plein vol par crainte de ne jamais pouvoir avoir d'enfant. J'ai vu, entre autres causes, des doctorants arrêter faute de débouchés. Perdu entre l’espoir futur de devenir Maître de conférences et le surmenage institutionnalisé, le docteur survit mais ne vit jamais.
# Une vie d'ingénieure dans le bâtiment
En 2014, je réalise mon stage de fin d’année dans un bureau d’études Fluide qui me propose un poste en CDI directement après l’obtention de mon diplôme d’Ingénieure, que j’accepte avec d’autant plus de plaisir que tout s’était très bien passé et qu’il y avait une bonne ambiance dans l’entreprise. Tout le monde est disponible pour me former et pour m’apporter son expérience, j’apprends vite et passe rapidement sur un poste de Chargée d’Etudes sur un projet défini.
# Une vie de caissière en librairie
En 2017, j'obtiens ma licence LLCER espagnol. J'avais dans l'idée de faire de la traduction littéraire et il fallait poursuivre en master. Sauf que ça me demandait d'aller dans une autre ville et je commençais à saturer des villes. En 2018, j'ai réussi à être embauchée dans une librairie qui me plaisait et l'environnement littéraire me permettait de rester proche de ma licence et de mes aspirations. La chute n'en a été que plus violente.
# Une vie d'opératrice dans un centre d’appels
Je cherche un taf que je peux oublier dès que j’ai posé le pied en dehors de l’entreprise. « Banco ! » me dit le chef. Eloxal ça s’appelle. Ils prennent des rendez-vous téléphoniques pour des cabinets médicaux. On ne doit pas mentir mais on ne doit quand même pas dire aux patients qu’on n’est pas des vrais secrétaires et que le toubib on ne l’a jamais vu de nos yeux. Numéro d’équilibriste. Scripts. Chronométrage.
# Une vie de mathématicien itinérant
Je suis contractuel dans la recherche en mathématiques appliquées depuis une dizaine d’années maintenant. Je fais partie de cette multitude de petites mains plus ou moins invisibles qui font tourner la recherche publique et qu’on range sous les fiches de postes « ingénieur d’étude », « ingénieur de recherche » et beaucoup plus rarement sous des postes ouverts aux post-doctorants.
# Une vie de travailleuse sociale
J’ai bientôt trente ans et voilà neuf ans que je suis travailleuse sociale. Les institutions tiennent parce que les professionnels absorbent ce qui déborde : la violence, l’urgence, les manques, et parfois les contradictions mêmes du système. Dans ce cadre, le travail social ne fonctionne pas malgré ses défaillances : il fonctionne à travers elles. La DRESS souligne qu’un éducateur sur deux se reconvertit au bout de 9 ans d’exercice. La question qui m’habite est : vais-je dépasser cette date de péremption ?
# Une vie dans la recherche française
Partout où je suis passé, j’ai travaillé dur pour étoffer des dossiers et monter des projets, et à chaque fois, on m’a évincé, en gardant mes recherches et mes idées, et en les poursuivant sans moi. Ce témoignage est le récit de mon expérience au sein de l'Université française.
# Une vie de réceptionniste
Je pensais faire ça quelques mois, mettre de l'argent de côté, puis reprendre mes études. On est en 2026. Ça fait six piges. C’est un travail mécanique, avec peu de marge de manœuvre. Soit il ne se passe rien et on attend seul derrière un comptoir, soit tout arrive en même temps et on encaisse les problèmes des autres. On travaille la nuit, les weekends, les jours fériés, pour un salaire qui ne correspond pas à ce que ces horaires coûtent réellement. On peut faire ce métier dignement. On peut même l’aimer. Mais je ne vais pas mentir : moi, cette place me pèse.
# Une vie dans un studio de jeux vidéo
J'ai été embauché dans un studio de jeux vidéo indépendant français qui avait pour objectif de produire un jeu AA (jeu à budget moyen). Une des pires expériences de travail de ma vie.